Congo Actualité n. 516

SOMMAIRE

1. L’ACCORD DE PAIX ENTRE LA RDC ET LE RWANDA (WASHINGTON)
a. La deuxième réunion du mécanisme conjoint de coordination pour la sécurité
b. Le Cadre d’Intégration Économique Régionale (CIER)
2. LES POURPARLERS DE PAIX ENTRE LE GOUVERNEMENT CONGOLAIS ET L’AFC/M23 (DOHA)
a. Le mécanisme d’échange des prisonniers
b. La création d’un mécanisme de vérification du respect du cessez-le-feu
3. DEUX ANALYSES DE LA SITUATION

1. L’ACCORD DE PAIX ENTRE LA RDC ET LE RWANDA (WASHINGTON)

a. La deuxième réunion du mécanisme conjoint de coordination pour la sécurité

Les 17 et 18 septembre, le mécanisme conjoint de coordination sécuritaire (MCCS) pour l’accord de paix signé le 27 juin à Washington a tenu sa deuxième réunion, avec la participation des représentants de la RDC et du Rwanda, ainsi que des États-Unis, de l’État du Qatar, de la République du Togo (en tant que facilitateur de l’Union africaine) et de la Commission de l’Union africaine.
Selon le communiqué du département d’État américain, les membres du MCCS ont examiné la situation sécuritaire actuelle dans l’est de la RDC et ont échangé des renseignements et informations pour établir une compréhension commune de la situation sur le terrain. Cette vision partagée a été utilisée pour développer une approche par étapes en vue de mettre en œuvre le Concept d’opérations (CONOPS) pour la neutralisation des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) et le désengagement des forces / levée des mesures défensives par le Rwanda. Au cours de la réunion, les parties ont négocié un Ordre opérationnel (OPORD) pour faire progresser le CONOPS. Les parties ont convenu de commencer la mise en œuvre de l’OPORD le 1er octobre 2025.[1]

Le chemin a été difficile. La principale difficulté a résidé dans les divergences d’interprétation de l’accord: la levée des mesures dites défensives par le Rwanda doit-elle intervenir en même temps que les opérations de neutralisation des FDLR? À qui revient la responsabilité de traquer ces combattants? Comment agir contre les FDLR présents dans les zones contrôlées par le groupe politico-militaire AFC/M23? Et surtout, quand commencera réellement la lutte contre ce groupe armé? Au cours des discussions on a ainsi remarqué des fortes divergences.
Pour la partie rwandaise, les FDLR comptent entre 2 000 et 3 000 combattants éparpillés au Nord et au Sud-Kivu et ses mesures dites défensives se trouvent en dehors du territoire congolais. Ce que Kinshasa conteste.
Pour les autorités congolaises, les FDLR seraient plutôt composées de 1 500 combattants. Puisqu’une partie des FDLR se trouve en territoire rebelle, la délégation congolaise a présenté un plan de neutralisation impliquant l’AFC/M23 et le Rwanda, mais Kigali a refusé, en affirmant que ce plan relève uniquement de la responsabilité congolaise. En retour, Kinshasa a exigé que le Rwanda présente un plan pour lever ses mesures dites défensives.
Selon l’agence Reuters, les opérations pour faciliter le retrait des mesures défensives du Rwanda devraient débuter entre le 21 et le 31 octobre. En ce qui concerne les véritables opérations contre les FDLR, elles sont encore très loin. Selon certaines sources, elle devraient débuter avant le 15 octobre. La première phase consistera, si le calendrier est respecté, en des actions de préparation: échanges de renseignements sur la localisation des FDLR, planification et coordination des opérations et sensibilisation de a population. Une nouvelle réunion du mécanisme conjoint de coordination sécuritaire est également prévue à Washington, les 21 et 22 octobre.[2]

Le 10 octobre, dans un communiqué les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont appelé toutes les factions des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), à déposer les armes et à se rendre aux autorités congolaises ou à la Mission de l’ONU au Congo (MONUSCO), en vue de leur rapatriement dans leur pays d’origine, le Rwanda.
L’armée exhorte les FDLR à faciliter la tâche au processus de paix en cours et à se rendre sans violence ni effusion de sang. En cas de résistance et de refus d’obtempérer à cette recommandation, l’armée menace de procéder au désarmement par contrainte ou par usage de la force.
Les FARDC rappellent ainsi à tous leurs militaires l’interdiction de collaborer, d’une manière ou d’une autre, avec les FDLR. Toute violation de cette consigne permanente expose son auteur à des sanctions sévères. Elles demandent en outre aux populations en contact avec les FDLR de se désolidariser de ces rebelles rwandais et de les sensibiliser pour se rendre sans condition aux autorités de la RDC et/ou à la mission onusienne.
Le communiqué est signé par le porte-parole de l’armée, général-major Sylvain Ekenge, Il s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’ordre opérationnel adopté le 1er octobre 2025 par le Comité Conjoint de Supervision de l’accord de Washington signé par la RDC et le Rwanda sous la médiation des Etats-Unis d’Amérique.[3]

b. Le Cadre d’Intégration Économique Régionale (CIER)

Le 1er août, la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda signaient, sous l’égide des États-Unis, un énoncé de principes pour un Cadre d’Intégration Économique Régionale (CIER), dispositif qui doit encadrer le partenariat économique entre Kinshasa et Kigali qui vient compléter l’accord de paix conclu entre les deux pays à Washington le 27 juin dernier.
Un premier projet de texte concerne trois grands secteurs: l’énergie, les infrastructures et les mines.
En ce qui concerne l’énergie, deux projets dominent l’agenda: le bouclage du financement du barrage Ruzizi III, un projet stratégique pour toute la région, d’une part, une exploitation coopérative et durable du gaz méthane du lac Kivu pour produire de l’électricité de l’autre, dossier dans lequel le Burundi est également associé.
Une autre priorité est le développement conjoint des infrastructures de transport pour les passagers et les marchandises. Cela inclut la construction d’entrepôts, de ports, de marchés, ainsi que la mobilisation d’investissements privés pour soutenir la croissance dans la région des Grands Lacs. Un axe stratégique retient en particulier l’attention: le corridor de Lobito, plus grand investissement américain dans le transport minier de la région, qui relie jusqu’à présent la RDC, la Zambie et l’Angola, et qui a déjà bénéficié d’environ 6 milliards de dollars d’investissements.
Pour les États-Unis, l’enjeu est de créer de nouvelles voies d’évacuation pour les minerais en reliant deux grandes régions minières congolaises. Objectif? Réduire les risques pour les investisseurs et rendre les investissements miniers plus sûrs et plus rentables. L’ambition est claire : il s’agit de bâtir ici un secteur industriel de classe mondiale, de la mine jusqu’aux utilisateurs finaux, par exemple en créant des zones économiques spéciales transfrontalières pour développer l’exploitation minière et les industries qui y sont liées, avec de meilleures infrastructures et de nouveaux emplois.
Dans le secteur minier, le projet veut aussi et surtout remettre un peu d’ordre. Ainsi, toute entreprise soupçonnée de financer des groupes armés ou d’alimenter les tensions sera exclue du nouveau cadre afin de couper définitivement le lien entre minerais, conflits et violences.
Pour plus de transparence, les mécanismes régionaux actuels seront, eux, passés en revue, réformés ou remplacés, dans le but d’être crédibles, efficaces et conformes aux standards internationaux. Un processus auquel sera associé le secteur privé.
Alors que, sur le plan fiscal, Kinshasa et Kigali s’engagent à harmoniser leurs règles et leurs redevances pour mettre fin à la contrebande et éviter une concurrence fiscale dommageable, le texte prévoit aussi que les deux parties travaillent avec les États-Unis et d’autres partenaires pour sécuriser les investissements et rendre le secteur plus attractif.
Un sommet annuel de haut niveau est enfin annoncé pour suivre les avancées, ajuster la trajectoire et, si nécessaire, associer d’autres partenaires comme les pays voisins. Selon l’accord du 27 juin, tout doit être opérationnel dans deux semaines.[4]

Les délégations de la République démocratique du Congo et du Rwanda se sont retrouvées aux États-Unis pour le dernier tour des pourparlers sur le cadre d’intégration économique régionale (CIER). Ces discussions s’inscrivent dans une dynamique visant à consolider la coopération bilatérale dans plusieurs secteurs stratégiques. Massad Boulos, le conseiller principal de Donald Trump pour l’Afrique, a déclaré que «le renforcement de la coopération économique entre les deux pays dans les domaines de l’énergie, des infrastructures, des chaînes d’approvisionnement en minerais, de la santé, du tourisme et du commerce créera des opportunités de croissance, d’emplois et d’accès aux services essentiels» et il a souligné l’importance d’un partenariat gagnant-gagnant.
Pour les deux pays, ces discussions constituent une étape décisive. Elles pourraient ouvrir la voie à une meilleure circulation des biens et des services, mais aussi à une exploitation plus responsable des ressources naturelles, notamment dans le domaine minier. Les discussions abordent également la transparence dans les chaînes d’approvisionnement en minerais, une exigence devenue incontournable dans un contexte où la traçabilité et la lutte contre le financement des conflits constituent des préoccupations majeures pour la communauté internationale. Le CIER apparaît comme un outil majeur de coopération économique régionale, pensé pour dépasser les clivages politiques et militaires.[5]

La République démocratique du Congo (RDC) a refusé de parapher le CIER – Cadre d’intégration économique régionale- avec le Rwanda, invoquant la présence persistante des troupes rwandaises sur son territoire. Un haut responsable rwandais, s’exprimant sous anonymat, a confirmé que le texte du REIF avait bien été finalisé, mais que la signature n’a pas eu lieu en raison du refus congolais. Du côté congolais, la position est claire: aucune avancée économique ne peut être envisagée tant que les forces rwandaises n’auront pas quitté l’Est du pays. «La RDC ne signera pas tant que 90 % des troupes rwandaises n’auront pas été retirées», a précisé, à Reuters, une source proche du dossier. Cette exigence découle de la clause de retrait inscrite dans l’accord de paix de juin, par lequel Kigali s’était engagé à lever ses « mesures défensives » dans un délai de 90 jours. Pour Kinshasa, la présence militaire rwandaise et les activités des rebelles du M23-AFC restent incompatibles avec la paix durable et la stabilité régionale. Pour Kinshasa, la priorité demeure la souveraineté nationale et la sécurité des populations dans l’Est du pays, des conditions jugées indispensables avant toute intégration économique avec Kigali. Et un diplomate onusien s’est interrogé: «Comment parler d’intégration économique avec un pays voisin dont l’armée occupe encore une partie de votre territoire et soutient une rébellion armée qui massacre vos citoyens?». «Le gouvernement congolais a eu raison de dire non. Et il doit continuer à le faire. Car céder aujourd’hui, ce serait consacrer demain la partition du pays», a martelé un membre de la Lucha.[6]

Dans une interview exclusive accordée à Scripps News, le Président congolais Félix Tshisekedi a affirmé que la RDC est disposée à fournir aux États-Unis les minerais essentiels à la transition énergétique mondiale [cobalt, cuivre et lithium] à condition que Washington contribue à rétablir la paix dans l’Est du pays. Le chef de l’État congolais a rappelé que la RDC produit près des trois quarts du cobalt mondial et détient plus de la moitié des réserves connues. «Puisque les États-Unis, sous la conduite du Président Trump, manifestent un grand intérêt pour ces minerais stratégiques, leur premier réflexe devrait être de garantir la sécurité de ces investissements», a-t-il déclaré. Le Président congolais a également insisté sur la volonté de son pays de passer d’une économie d’extraction à une économie de transformation. «Nous ne voulons plus seulement extraire les minerais, mais aussi les transformer localement», a-t-il martelé.[7]

Le Cadre d’Intégration Économique Régionale (CIER), présenté comme une plateforme dynamique de coopération, visait notamment à formaliser l’exploitation minière artisanale, renforcer la transparence et la traçabilité des minerais, développer des infrastructures régionales (notamment dans le cadre du corridor de Lobito soutenu par les États-Unis), accroître les capacités de production et de transformation des minerais, et promouvoir des initiatives conjointes dans les secteurs de l’énergie, de la santé publique et du tourisme. Il devait constituer le volet économique du processus de paix lancé le 27 juin 2025 par Washington, aux côtés des engagements sécuritaires discutés dans le cadre du MCCS.[8]

2. LES POURPARLERS DE PAIX ENTRE LE GOUVERNEMENT CONGOLAIS ET L’AFC/M23 (DOHA)

a. Le mécanisme d’échange des prisonniers

Le 12 septembre, les États-Unis ont salué la signature, dans le cadre des négociations de Doha,  par le gouvernement congolais et le mouvement armé M23 d’un mécanisme d’échange de prisonniers, présenté comme une étape clé vers la désescalade dans l’est de la RDC. Dans le cadre de ce dispositif, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) jouera le rôle d’intermédiaire neutre pour l’identification, la vérification et la libération sécurisée des détenus des deux camps. La mise en œuvre du mécanisme implique l’établissement et la certification des listes de prisonniers, avec l’aval de toutes les parties. Le mouvement rebelle évoque environ 700 personnes arrêtées par Kinshasa. Selon des sources gouvernementales, environ 1.500 militaires congolais avaient été envoyés par le M23 en janvier et février au camp militaire de Rumangabo, près de Goma, pour un «reconditionnement». Par ailleurs, environs 1300 militaires des FARDC cantonnés au quartier général de la Monusco avaient déjà été transférés de Goma à Kinshasa en avril, grâce à la médiation du CICR. Washington a exhorté les parties à «profiter de cette dynamique pour progresser davantage vers la conclusion d’un accord de paix définitif».[9]

Deux documents ont été signés, mais séparément: un mécanisme d’échange de prisonniers entre l’AFC/M23 et le CICR d’une part, et entre le gouvernement et le CICR d’autre part. Aucune signature directe n’a eu lieu entre Kinshasa et les rebelles. Le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a exclu toute libération de prisonniers soupçonnés de crimes graves, alors que l’AFC/M23 attend la libération de plusieurs de ses cadres condamnés à mort, un point de blocage majeur.
Au-delà de ce différend, c’est surtout l’absence de confiance qui domine. Chaque camp continue de renforcer ses positions. L’AFC/M23 a présenté de nouveaux combattants, dont des anciens militaires des FARDC, ce qui a provoqué la colère de Kinshasa. Le gouvernement a appelé publiquement ces militaires à retourner leurs armes contre les rebelles. Selon plusieurs sources, les deux parties misent sur le rapport de force militaire pour arracher des concessions. C’est ce qui explique que, malgré les efforts de médiation et les accords signés, les hostilités reprennent sur le terrain.[10]

Les listes des prisonniers doivent encore être validées et transmises. Kinshasa souhaite que cet échange soit intégré dans l’accord final, tandis que l’AFC/M23 exige qu’il intervienne en amont. Autre point de blocage: le principe d’«exclusion» défendu par Kinshasa pour les auteurs de crimes graves est refusé par la rébellion, qui réclame l’inclusion de certains de ses membres condamnés à mort. Le CICR attend toujours un compromis pour intervenir.[11]

Si la question de la libération des prisonniers venait à trouver une solution, une montagne de désaccords attend encore les deux parties. Forts de leurs victoires militaires sur l’armée congolaise, les rebelles ont nettement revu leurs exigences à la hausse. L’AFC/M23 demande désormais une cogestion sécuritaire et administrative avec Kinshasa des territoires qu’elle contrôle. Ce qui constitue une nouvelle ligne rouge pour les autorités congolaises qui refusent de céder son autorité sur les territoires perdus.[12]

Le 6 octobre, Kinshasa et le M23 sont attendus à Doha pour une nouvelle phase de négociations sous la médiation du Qatar. Au menu des discussions figurent l’échange des prisonniers, l’ouverture de couloirs humanitaires dans les zones sous contrôle du M23, ainsi que la création d’un mécanisme de suivi du cessez-le-feu. Mais au-delà de ces mesures dites « de confiance », plusieurs divergences de fond continuent de dresser un mur entre les deux parties.
Kinshasa campe sur une exigence claire: le retrait intégral du M23 des territoires occupés et le respect absolu de la souveraineté nationale de la République démocratique du Congo.
En face, l’AFC/M23 réclame des garanties sécuritaires tangibles et une reconnaissance politique qu’il estime lui être déniée depuis de longues années. Ce nouveau round de négociations va également se pencher sur la question des prisonniers, un dossier sensible dont le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a la charge. Sur le papier, un mécanisme a déjà été signé: identification, vérification, puis libération des détenus de deux camps. En pratique, rien n’a encore bougé. La guerre, elle, continue de rugir.[13]

Le 7 octobre,  lors d’une conférence de presse à Doha, Majed Al Ansari, porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, a annoncé que le Qatar suspend la sixième session des négociations directes prévue cette semaine entre le gouvernement congolais et les rebelles de l’AFC-M23. Selon lui, l’attention diplomatique du Qatar est actuellement entièrement tournée vers la crise dans la bande de Gaza, où se tiennent des pourparlers en Égypte. Aucune nouvelle date n’a encore été annoncée pour la reprise des discussions. Selon des sources proches des pourparlers, ce nouveau round des discussions entre les délégués du gouvernement congolais et ceux de la rébellion de l’AFC/M23, considéré comme « Doha 6 »,  est renvoyé à la semaine prochaine et aura pour objectif de finaliser le mécanisme de cessez-le-feu et faire avancer les discussions pour la signature d’un accord de paix entre les deux parties.[14]

b. La création d’un mécanisme de vérification du respect du cessez-le-feu

Le 14 octobre, à l’issue d’un sixième round de pourparlers à Doha, les deux délégations du gouvernement congolais et de l’AFC/M23 sont parvenues à la signature d’un accord sur un mécanisme de vérification du respect du cessez-le-feu. Du côté de l’AFC/M23, c’est René Abandi, négociateur en chef, qui a signé. Du côté du gouvernement congolais, c’est Sumbu Sita, haut-représentant du président Félix Tshisekedi.
L’objectif poursuivi est avant tout de faire taire les armes, afin de garantir la sécurité des populations, permettre l’avancée des discussions vers la signature d’un accord de paix global entre les deux parties et rendre possible la mise en œuvre des différents compromis déjà obtenus.
Le mécanisme de surveillance et de vérification du respect du cessez-le-feu sera composé des représentants suivants:
– Un nombre égal de représentants du Gouvernement de la République Démocratique du Congo  et de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23 );
– Des représentants de l’Union Africaine, du Qatar et des États-Unis en tant qu’observateurs;
– Les membres du Mécanisme conjoint de vérification élargi (MCVE) de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL ).
– Des représentants de la MONUSCO, en tant que participant supplémentaire pour la coordination logistique.
La mission de ce Mécanisme de vérification du respect du cessez-le-feu (MCVE+) est d’exercer une surveillance sur la mise en œuvre du cessez-le-feu permanent, y compris l’enquête et la vérification de toute violation présumée, ainsi que de prendre les mesures nécessaires avec les parties concernées pour éviter les violations.
Pour poursuivre cette mission:
– Les Parties veillent à ce que le MCVE+ bénéficie d’un accès sûr et sans entrave aux deux côtés de la ligne de front, afin de faciliter leur participation effective à la surveillance du cessez-le-feu permanent sur le terrain;
– Le MCVE+ enquêtera et vérifiera toutes les informations, données et activités relatives aux rapports faisant état de violations présumées du cessez-le-feu permanent;
– Le MCVE+ documentera les rapports faisant état de violations présumées et fournira des bulletins hebdomadaires au Mécanisme;
– Tout membre du Mécanisme peut faire rapport au Mécanisme sur toute violation présumée du cessez-le-feu permanent. Tous les rapports de violations présumées doivent être transmis au MCVE+ sous 72 heures.[15]

3. DEUX ANALYSES DE LA SITUATION

Les opérations de mise en œuvre de l’accord de paix signé entre la RDC et  le Rwanda le 27 juin devraient débuter le 1er octobre, mais le conseiller de Donal Trump pour l’Afrique, Massad Boulos, reconnaît la complexité d’un conflit qui demande davantage de temps pour être résolu.
Si les négociations de Doha entre Kinshasa et le M23 sont en pause, alors que les affrontements se poursuivent sur le terrain, une lueur d’espoir est venu de Washington après une réunion du mécanisme conjoint de coordination dans le cadre de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda. Un calendrier a enfin été annoncé pour le lancement des opérations de neutralisation des FDLR, couplées au désengagement des forces rwandaises du sol congolais. La date a été fixée au 1er octobre. Selon des informations recueillies par Reuters, la pudique « levée des mesures défensives » par Kigali devrait débuter la dernière semaine d’octobre. En parallèle, les opérations de neutralisation des FDLR, demandées par le Rwanda, seront mises en place, dans un calendrier plus flou. Plusieurs phases sont prévues (identification, planification, coordination et sensibilisation) avant la traque effective de ce groupe armé hutu rwandais, allié aujourd’hui à Kinshasa.
Ces opérations de neutralisation des FDLR et de retrait des soldats rwandais devraient s’achever fin décembre 2025. Le hic c’est que, pour l’instant, aucun engagement et aucun calendrier n’ont été respectés depuis le lancement des processus de paix de Washington et Doha.
Reste à savoir si ce calendrier sera, pour une fois, tenu. La principale difficulté tient sans aucun doute dans la neutralisation des FDLR. Qui sera chargé de la traque? Sur ce point, les désaccords sont nombreux. Kinshasa estime que, une partie des FDLR se trouvant en territoire rebelle, l’AFC/M23 et le Rwanda doivent être engagés dans ces opérations, ce que Kigali aurait refusé. D’autre part, de nombreux experts de la région restent sceptiques sur la possibilité d’éradiquer les FDLR sur un temps aussi resserré, alors que toutes les opérations militaires passées ont échoué à faire disparaître ce groupe armé.
Par ailleurs, dans une conférence de presse organisée à New-York, Massad Boulos, conseiller spécial de Donald Trump, a rappelé le «rôle énorme du Qatar», qu’il considère comme «la dernière pièce du puzzle». Mais une pièce qui demandera sûrement plus de temps que prévu pour s’imbriquer dans le processus de paix global impulsé par les Etats-Unis et le Qatar. A Doha, la montagne semble plus imposante à gravir qu’à Washington. Il faut dire que les exigences des belligérants semblent toujours irréconciliables. Les rebelles ont revu leurs revendications à la hausse, et Kinshasa reste décidé à ne rien céder pour retrouver le contrôle de ses territoires. L’AFC/M23 demande aujourd’hui une co-gestion politique et sécuritaire des zones qu’elle administre, ce qui reste une ligne rouge pour les autorités congolaises. Autres points noirs en préalable de toute négociation: la libération des prisonniers M23 et l’intégration de rebelles dans l’armée et les institutions politiques.
À Doha, un accord d’échange de prisonniers a bien été signé entre les deux parties et le CICR. La Croix-Rouge est chargée de l’identification, de la vérification et de la libération sécurisée des détenus, mais il faudra s’entendre sur la liste des prisonniers libérables, ce qui est encore là d’être le cas. La prochaine reprise des discussions à Doha sera sans doute conditionnée à des avancées notables sur ce dossier. Mais l’élément le plus intéressant de la conférence de presse de Massad Boulos à New-York tient sans doute dans son évaluation du temps nécessaire pour ramener la paix dans la région. Le conseiller spécial américain a reconnu la complexité d’un conflit bientôt trentenaire et a insisté sur la nécessité de résoudre « les causes profondes du conflit ». Entre les lignes, on comprend que la neutralisation des FDLR et le retrait des troupes rwandaises du sol congolais ne seront sans doute pas suffisants pour faire taire les armes. Le conflit est multi-factoriel et le chemin de la paix risque d’être plus long que prévu, laisse entendre Massad Boulos.
Parmi les « causes profondes », il y a des problèmes de gouvernance, ou de décentralisation, estime le conseiller de Donald Trump, en faisant référence à certaines revendications des rebelles, notamment sur le « fédéralisme » et une « autonomie » des provinces. Il y a aussi la délicate question de l’intégration du M23 dans l’armée régulière ou les institutions. Un sujet brûlant pour Kinshasa dont les députés avaient voté une loi excluant tout « brassage » de la rébellion au sein des FARDC. Le conseiller américain soulève pour la première fois que certains de ces sujets pourraient soulever des « questions constitutionnelles »… et donc prendre du temps. Un analyse très pragmatique de Massad Boulos, qui tranche avec les sorties tonitruantes de Donald Trump, qui déclare à qui veut bien le croire qu’il y a déjà la paix au Congo.[16]

Ancien rapporteur de la commission défense et sécurité de l’Assemblée nationale, Juvénal Munubo s’inquiète du «manque de confiance» et du «dialogue de sourds» qui s’est instauré entre Kinshasa et l’AFC/M23 dans les négociations de Doha. L’ex-député de Walikale estime qu’il ne faut pas tout attendre des processus de paix de Doha et Washington et plaide pour «l’ouverture d’un dialogue interne».
Afrikarabia: Pourquoi les négociations de Doha et de Washington piétinent-elles?
Juvénal Munubo: Le gouvernement et le M23 ne se font pas confiance. Kinshasa n’est pas prêt à accéder aux exigences de la rébellion, notamment sur la question des prisonniers politiques. Les autorités hésitent à libérer ces prisonniers. Dans ces négociations, Kinshasa compte surtout sur la pression internationale des Etats-Unis sur le Rwanda. Le problème, c’est que cette pression n’arrive pas. Entre-temps, Kigali a harmonisé ses relations avec Washington, notamment sur la question des migrants que le Rwanda peut accueillir.
Afrikarabia: Pourtant, à Washington, le démarrage des opérations de neutralisation des FDLR et du retrait des troupes rwandaises du sol congolais a été annoncé pour le 1er octobre.
Juvénal Munubo: On parle de neutralisation des FDLR, mais qu’est-ce que cela veut dire vraiment? Une cartographie des FDLR existe-t-elle? Qui va prendre le lead? Est-ce que cela va se faire conjointement avec l’armée rwandaise, le M23, ou les FARDC seules? Nous n’en savons rien. La date du 1er octobre a été annoncée, mais il n’y a eu rien de concret par la suite. Et puis, il y a la fameuse levée des «mesures de défense» du Rwanda, qui veut dire pour Kinshasa le retrait des troupes rwandaises, et qui doit se faire avant toute autre chose. Kinshasa en fait un préalable avant toute discussion et signature d’accord et conditionne tout au départ des soldats rwandais. Pour Kigali et le M23, les choses sont différentes, la levée des «mesures défensives» ne signifie pas le désengagement des troupes rwandaises, et ne sera que la résultante des conclusions finales des négociations de Doha. Nous sommes donc véritablement dans un dialogue de sourds.
Afrikarabia: Que peut-on attendre de Washington?
Juvénal Munubo: Donald Trump affirme avoir mis fin à la guerre au Congo, alors que son propre conseiller Afrique, Massad Boulos, n’est évidemment pas en mesure de le confirmer. Il ne faut donc pas tout attendre de Washington, comme de Doha. C’est peut-être le moment de se tourner vers un dialogue inter-congolais, mais cela dépend du président Félix Tshisekedi. C’est peut-être aussi le moment de se tourner vers l’Union africaine, pour pousser Faure Gnassingbé et le panel de facilitateurs à s’impliquer davantage.
Afrikarabia: Les deux processus de Washington et de Doha sont intimement liés, l’un dépendant de l’autre. N’est-ce pas un problème?
Juvénal Munubo: Selon moi, il faut que le processus de Doha, entre la RDC et l’AFC/M23, réussisse d’abord. Pourquoi ? Parce que la zone dans laquelle doivent être neutralisés les FDLR est contrôlée par le M23. Il faut donc trouver d’abord un accord avec le M23 pour rendre effectifs les accords de Washington. Si Doha piétine, Washington n’avancera pas.
Afrikarabia: A Doha, on a vraiment l’impression que les exigences des deux parties sont irréconciliables. L’AFC/M23 demande une co-gestion des zones sous son contrôle, alors que Kinshasa exige le retour de l’autorité de l’Etat dans les territoires perdus. On ne voit pas comment débloquer la situation.
Juvénal Munubo: Le premier draft qui a circulé sur un projet d’accord entre la RDC et les rebelles présentait en effet ce type d’éléments, comme la co-gestion de 5 ans des territoires sous contrôle rebelle. Ce qui paraît inimaginable. Pour l’instant, à Doha, nous sommes dans une posture de négociation, et donc on place la barre très haute. C’est classique. Les deux parties sont actuellement dans une posture de pression. Ce qui pourrait amener le M23 à fléchir sa position, ce serait un geste fort qui viendrait de Kinshasa, comme la libération de certains prisonniers politiques.
Afrikarabia: Une autre question est de savoir ce que l’on fait des Wazalendos, ces groupes armés alliés à l’armée régulière pour combattre le M23, qui ne sont intégrés ni dans le processus de Washington, ni dans celui de Doha.
Juvénal Munubo: La question des Wazalendos est importante, car si elle n’est pas bien gérée, elle peut se transformer en bombe à retardement pour Kinshasa. Ces groupes armés ont aujourd’hui des factures à présenter à l’Etat congolais, qui leur doit beaucoup. Sans leur présence, le M23 aurait davantage avancé vers l’intérieur du territoire. Beaucoup de ces miliciens pensent que la loi sur la Réserve armée de la défense (RAD) était une porte d’entrée pour leur intégration dans l’armée. Pourtant, la loi sur la RAD ne prévoit pas de les intégrer dans leur totalité. Leurs attentes risquent donc d’être déçues. On peut également noter que, à part Doha avec le M23, il n’y a pas de processus spécifique sur ces groupes armés internes. Cela aurait dû être traité à l’époque de l’initiative de Nairobi, qui prévoyait des négociations entre Kinshasa et les groupes armés internes. Je pense qu’il serait intéressant, après avoir résolu Doha, d’ouvrir un cadre de discussions avec ces groupes armés internes. Il faudrait commencer à y réfléchir maintenant.
Afrikarabia: Cela fait maintenant 9 mois que la ville de Goma est sous contrôle rebelle. On a l’impression que plus le temps passe, plus il sera difficile à Kinshasa de reprendre la main sur les territoires perdus.
Juvénal Munubo: Oui, il y a maintenant une administration parallèle mise en place par le M23, qui a nommé ses gouverneurs, ses bourgmestres, ses magistrats… On voit des parades militaires avec de nouvelles recrues. Tout cela n’est pas anodin. Nous sommes revenus dans la situation de la deuxième guerre du Congo de 1998, où l’Est du pays était resté coupé de Kinshasa pendant 5 ans. Plus cette situation se prolonge, plus il y a crainte de la fameuse « balkanisation » de la RDC. C’est vraiment dans l’intérêt de Kinshasa d’accélérer les choses et de montrer toute la bonne foi possible pour éviter d’être pris dans le piège de la balkanisation. Il vaut mieux aller le plus vite possible vers la solution, qui est politique.
Afrikarabia: Cela veut donc dire qu’il y a bien un problème congolo-congolais à résoudre?
Juvénal Munubo: Absolument, et c’est cela qui fait le bien-fondé d’un dialogue interne, qui ne pourra pas être résolu à Doha, ni à Washington. Même si on trouvait une solution à Doha, ce que nous espérons tous, on aura que partiellement résolu le problème. Après Doha, il sera nécessaire d’ouvrir un dialogue interne et trouver la réponse à la question des groupes armés locaux. Il reste ces deux questions à résoudre: que fait-on avec les opposants politiques, dont certains sont en exil, et que fait-on avec tous ces groupes armés? Tout ne sera pas résolu à Washington et à Doha. Il faudra aller vers une cohésion interne. Il y a un vrai malaise entre la majorité présidentielle et l’opposition non-armée. Sans cela, il n’y aura qu’une paix précaire.[17]

[1] Cf Clément Muamba – Actualité.cd, 25.09.’25
[2] Cf RFI. fr, 25.09.’25
[3] Cf Radio Okapi, 11.10.’25
[4] Cf RFI.fr, 15.09.’25
[5] Cf Christpain Bamwisamba – Ouragan / MCP, via mediacongo.net, 01.10.’25
[6] Cf Prosper Buhuru – Opinion Info / MCP, via mediacongo.net, 04.10.’25; Chrioni Kibungu – Ouragan / MCP , via mediacongo.net,07.10.’25
[7] Cf Prosper Buhuru – Opinion Info / MCP, via mediacongo.net, 04.10.’25
[8] Cf Clément Muamba – Actualité.cd, 09.10.’25
[9] Cf Actualité.cd, 12.09.’25
[10] Cf Actualité.cd, 25.09.’25
[11] Cf RFI.fr, 06.10.’25
[12] Cf Christophe Rigaud – Afrikarabia.com, 24.09.’25
[13] Cf Chrioni Kibungu – Ouragan / MCP , via mediacongo.net,07.10.’25
[14] Cf Josue Lelo – Afrik-Info.cd / MCP , via mediacongo.net, 08.10.’2; Clément Muamba – Actualité.cd, 08.10.’25
[15] Cf Clément Muamba – Actualité.cd, 15.10.’25
[16] Cf Christophe Rigaud – Afrikarabia.com, 28.09.25   https://afrikarabia.com/wordpress/processus-de-paix-en-rdc-optimisme-et-prudence-a-washington/
[17] Cf Christophe Rigaud – Afrikarabia,com, 08.10.’25   http://afrikarabia.com/wordpress/conflit-en-rdc-tout-ne-sera-pas-resolu-a-doha-et-washington/