SOMMAIRE
1. LE « GENOCOST » CONGOLAIS: LA COMMÉMORATION DE 2025
2. LES POURPARLERS DE PAIX ENTRE LE GOUVERNEMENT CONGOLAIS ET L’AFC/M23: LE BLOQUAGE TOTAL
3. L’ACCORD DE PAIX ENTRE LA RDC ET LE RWANDA: LES PRÉMIERS PAS
1. LE « GENOCOST » CONGOLAIS: LA COMMÉMORATION DE 2025
Le 2 août, la RDC a commémoré la journée nationale du Genocost – contraction de «Geno» pour génocide et de «cost» pour coût en anglais, c’est-à-dire pour l’exploitation des richesses du Congo. Kinshasa est engagée dans une campagne pour faire reconnaître à l’international l’existence d’un «génocide économique au Congo».
C’est à Londres, en 2013, que naît ce terme Génocost sous la plume d’un activiste du CAYP, la plateforme d’action de la jeunesse congolaise dans le sillon de publication du rapport Mapping, un rapport de l’ONU, qui documente l’ampleur et l’horreur des crimes commis dans l’est congolais depuis 1996 et pointe la responsabilité de plusieurs pays voisins : Ouganda, Rwanda, Burundi.
Émerge alors l’idée d’un peuple congolais victime de l’appétit de ses voisins pour les richesses de son sous-sol, ses ressources minières donc, et d’une logique de prédation qui puise ses racines jusqu’à la colonisation. Rapidement, la société civile congolaise s’en est emparée. Une place à Kinshasa a été symboliquement rebaptisée place du Genocost et la date du 2 août, qui marque le début de la seconde guerre du Congo en 1998, a été choisie comme journée de commémoration annuelle du « Génocost » congolais. L’un des principaux objectifs de cette campagne: obtenir la mise en place d’un tribunal pénal international pour le Congo.
C’est seulement fin 2022 que les autorités congolaises s’approprient le terme Genocost dans la foulée de la résurgence du M23 fin 2021 et du conflit avec le Rwanda.
Pour Gloria Menayame, juriste chargée de projet au sein du CAYP France, la création d’une journée officielle de commémoration le 2 août et son appropriation par le pouvoir est une « victoire » mais « au gout d’inachevé »: «La récupération de la campagne du Genocost est une chose que nous souhaitons. Ce que nous ne voulons pas, c’est une récupération partielle qui ne prend que ce qui arrange le pouvoir. Parce qu’on parle beaucoup de responsabilité internationale ou de la création d’un tribunal international. Mais le pouvoir oublie de mettre en place des mécanismes qui puissent connaître des crimes au niveau interne […]. Notre gouvernement en a la possibilité, mais il lui manque la volonté». Elle ajoute que dans le gouvernement congolais, «il y a des personnes qui ont été nominalement citées dans plusieurs rapports des Nations unies, comme auteurs de certains crimes qui ont été commis en République démocratique du Congo. Il y a plusieurs généraux dans des zones à conflits».
Toutefois, le concept de Genocost ne fait pas l’unanimité et reste controversé sur le plan juridique. «Sur le plan théorique, ça demeure problématique», estime Ithiel Batumike, chercheur à Ebuteli. Pour lui, l’usage de ce concept s’enracine dans des décennies de frustration et d’impunité pour les crimes commis dans le pays.[1]
Sur son compte X, le prix Nobel de la paix 2018, le Docteur Dénis Mukwege, a adressé aux citoyens congolais le message suivant: «Nous commémorons aujourd’hui le début de la deuxième guerre du Congo (1998). Ce conflit, qui est le plus meurtrier depuis la 2e guerre mondiale, a ouvert la voie à un cycle de violences qui se poursuivent jusqu’à ce jour. Nous rendons hommage aux victimes et aux communautés martyres de trois décennies d’exploitation, d’asservissement et d’extermination planifiée.
L’actuelle guerre d’agression que subissent les Kivus s’inscrit dans la ligne droite d’une planification orchestrée depuis 1998. Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur la RDC a encore démontré que le mobile principal de la résurgence du M23 contrôlé par l’armée rwandaise réside dans l’accaparement des ressources minières congolaises, compromettant sérieusement l’intégrité de la chaine d’approvisionnement des minerais stratégiques essentiels à l’économie mondiale.
Pourtant, après des décennies de pillages et de crimes, les autorités congolaises poursuivent le bradage de nos ressources et l’abandon de notre souveraineté avec la conclusion d’accords de paix précipités, opaques et non-inclusifs. A l’instar de la présence prédatrice des Chinois opérant en RDC, les récentes initiatives diplomatiques s’inscrivent une fois de plus dans une logique extractiviste néocoloniale choquante. En effet, pour chercher à obtenir la paix, le régime de Kinshasa s’est engagé à travers les Accords de Washington et de Doha à légaliser le pillage de nos ressources et à légitimer l’occupation de nos agresseurs.
La diplomatie congolaise se distinguerait davantage en exigeant un Tribunal Pénal international pour la RDC, en déployant des efforts continus pour réclamer des sanctions internationales à l’encontre des agresseurs et en réclamant la mise en œuvre de la résolution 2773 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Dans l’intervalle, il est révoltant de constater que le plan de balkanisation de la RDC poursuit inexorablement son cours. Après l’invasion des zones minières et l’installation d’administrations parallèles, les rebelles de l’AFC/M23 s’appuient sur le climat de terreur qu’ils ont instillé dans les territoires qu’ils occupent pour promouvoir un fédéralisme qui préfigurera l’éclatement du pays, alors que toutes les structures de la République sont en faillite. Ces revendications s’inscrivent clairement dans un plan bien huilé des acteurs de la déstabilisation de la Nation congolaise de concourir à la naissance d’un nouvel État dans l’Est de notre pays. Malheureusement, si notre population ne se réveille pas aujourd’hui, nous risquons d’être la dernière génération à avoir grandi dans les frontières actuelles de la RDC.
En cette journée du GENOCOST , qui signifie « le génocide pour des gains économiques », nous réaffirmons que la justice pour les millions de victimes congolaises est non négociable et qu’aucun accord ne pourra mener à une paix durable en sacrifiant la justice et le droit international.
Personne ne viendra sauver le Congo à notre place. Après trente ans de violences inouïes, il est évident qu’aucun dirigeant du monde ne placera notre souffrance au rang de ses priorités, en lieu et place de servir les intérêts du peuple qui l’a élu. C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, nous comptons sur votre vigilance, votre prise de conscience et votre détermination pour insuffler une nouvelle trajectoire à notre Nation, et tourner une fois pour toutes cette page sombre de l’histoire de la RDC, de l’Afrique et de l’humanité».[2]
2. LES POURPARLERS DE PAIX ENTRE LE GOUVERNEMENT CONGOLAIS ET L’AFC/M23: LE BLOQUAGE TOTAL
Malgré la signature, le 19 juillet à Doha (Qatar), de la Déclaration de principes par le Gouvernement congolais et l’Alliance du Fleuve Congo / Mouvement du 23 mars (AFC/M23) sous la médiation du Qatar, le gouvernement congolais et l’AFC/M23 semblent ne pas être prêts à parler le même discours censé conduire à la résolution de la crise sécuritaire dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC).[3]
Le 25 juillet, au cours d’une conférence de presse organisée à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, Benjamin Mbonimpa, Secrétaire exécutif de l’AFC/M23, a insisté sur l’application de la déclaration de principes avant d’envisager des nouvelles étapes. «A l’alinéa 2 de la Déclaration de principes, c’est écrit que « les parties gouvernement congolais et AFC/M23 ont convenu de mettre d’abord en oeuvre cette déclaration de principes ». C’est pour dire que, avant de rentrer à Doha dans le cadre de l’Accord de paix, nous allons d’abord commencer à mettre en oeuvre cette déclaration de principes, avant d’entamer des négociations directes, donc finir avec l’étape une avant d’entamer l’étape suivante», a-t-il indiqué, en poursuivant: «Dans la déclaration de principes, nous avons signifié que nous allons signer un accord de paix. Lorsque nous rentrerons à Doha, il sera question de traiter toutes les causes profondes du conflit, partant de la gouvernance, de la justice sociale, de l’autorité de l’État, du retour des réfugiés, du développement durable, du nouvel ordre politique: c’est ça ce qui est inclus dans cet accord que nous allons discuter».
Le texte de la Déclaration de Principes vise à encadrer les prochaines étapes du processus de paix. Selon le document, les Parties s’engagent à mettre en œuvre les dispositions de la présente déclaration de principes immédiatement après sa signature, et au plus tard le 29 Juillet 2025. Les parties conviennent d’ouvrir des négociations directes immédiatement après la mise en œuvre des engagements contenus dans la présente déclaration de principes, en vue de lancer les discussions sur un accord de paix au plus tard le 8 Août 2025.[4]
Au cours de la même conférence de presse organisée à Goma, Benjamin Mbonimpa, secrétaire exécutif de l’AFC/M23 a explicité les différents points de la déclaration de principes signée à Doha sous la médiation du Qatar. Concernant la restauration de l’autorité gouvernementale dans les zones occupées par la rébellion, M. Mbonimpa a souligné qu’il s’agit d’un nouvel ordre politique et que l’accord qui sera signé définira qu’est-ce qu’on appelle autorité de l’État et qui sont les animateurs. «Au point 4 de la Déclaration, il est dit que la restauration de l’autorité de l’État concerne toute l’étendue du territoire national, pas seulement les zones contrôlées par l’AFC/M23. Quand on aura signé un accord concernant toutes les causes profondes du conflit et lorsqu’on commencera à le mettre en œuvre, à la fin viendra ce qu’on appelle la restauration de l’autorité de l’État, où l’AFC/M23 sera acteur majeur», a expliqué Benjamin Mbonimpa.
Pour lui, la restauration de l’autorité de l’État ne se fera pas avec l’actuel gouvernement: «L’accord qui sera signé définira les modalités, les étapes et le calendrier de la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national. Il ne s’agira pas seulement des territoires, des espaces et des zones que notre organisation contrôle actuellement, mais de toute l’étendue du territoire national. La restauration de l’autorité de l’État ne se fera pas avec le gouvernement actuel. D’autres acteurs seront les personnes, les acteurs majeurs pour la mise en œuvre de la restauration de l’autorité de l’État».
Dans le même registre lié au point sur la restauration de l’autorité de l’État, Benjamin Mbonimpa a révélé que son mouvement a prévu de faire des propositions, notamment sur le fédéralisme:
«Dans ce point de restauration de l’autorité de l’État, ce qu’ils ne vous ont pas dit, est qu’à Doha nous avons discuté sur les différentes réformes qui auront lieu pour une bonne gouvernance et nous allons proposer des réformes qui vont dans le sens d’améliorer le quotidien des congolais et aussi booster l’économie et le développement de notre pays. Par exemple, nous allons parler sur le fédéralisme. Nous pensons que c’est la meilleure forme de l’État qui puisse arriver, afin de faire décoller ce pays qui, 65 ans durant, a pataugé dans la boue», a révélé le secrétaire exécutif de l’AFC/M23. Et de poursuivre: «C’est l’une des causes profondes du conflit et nous devons travailler sur cela avec méthode et responsabilité, afin de mettre à côté cette gouvernance chaotique qui a élu domicile dans les chefs des animateurs qui sont à Kinshasa. Donc la restauration de l’autorité de l’État c’est la finalité du processus, après avoir signé un accord et traité et résolu toutes les causes profondes du conflit. Ce ne sera pas au 17 août, comme certains pensent et vous disent. Je pense que cela viendra lorsque nous aurons déjà résolu toutes les causes profondes du conflit, ça viendra je pense quand on aura épuisé toutes les voies nécessaires qui mettent le pays sur le rail et ça ne sera pas avec le gouvernement qui est actuellement à Kinshasa».[5]
Le 26 juillet, sur X (anciennement Twitter), le coordinateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a déclaré que le mouvement ne retournerait pas à Doha pour poursuivre les pourparlers avec le gouvernement congolais, tant que la libération de ses membres détenus ne sera pas engagée, comme stipulé dans la Déclaration de principes. L’AFC/M23 affirme que plus de 700 personnes issues de ses rangs sont actuellement détenues par les autorités congolaises.
Le vice-premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani, a déclaré que la question de la libération des prisonniers sera abordée lors des discussions qui auront lieu avant la rédaction de l’accord de paix à venir.
La Déclaration de principes signée à Doha prévoit des «mesures de confiance, notamment la mise en place d’un mécanisme, sous facilitation du CICR, pour organiser la libération des détenus d’intérêt» (point 7 alinéa 2).[6]
Dix jours après la signature de la Déclaration de principes à Doha (Qatar) par le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23, sa mise en œuvre souffre d’application, alors que les parties s’étaient engagées à le faire immédiatement après sa signature, et au plus tard le 29 Juillet 2025.
Parmi les dispositions à appliquer, il y a notamment le cessez-le-feu immédiat et permanent. Sur le terrain, des affrontements entre les forces du M23 et les Wazalendo, groupes armés locaux appuyés par le forces gouvernementales, continuent d’être signalés dans plusieurs localités sous contrôle du M23-AFC au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, notamment dans les territoires de Masisi, Rutshuru et Kalehe. Ces combats viennent contredire l’esprit de l’engagement pris à Doha et jettent un doute sur la volonté réelle des parties à rompre avec les logiques de guerre.
Les signataires s’étaient aussi engagés à mettre en place un mécanisme conjoint de surveillance et de vérification. L’objectif était ainsi de définir les modalités du cessez-le-feu et garantir sa mise en œuvre. Mais, là encore, il n’y a eu aucune avancée concrète. L’AFC/M23 a proposé la création d’une zone tampon, refusée par Kinshasa. Autre piste: un repli mutuel de quelques kilomètres. Pas d’accord non plus.
Autre point de blocage: la libération des prisonniers. Des échanges ont eu lieu avec le Comité international de la Croix-Rouge, sans résultat pour l’instant. L’AFC/M23 a remis à la médiation une liste de plus de 780 prisonniers à libérer. Parmi eux, une vingtaine de proches de Corneille Nangaa, le coordinateur de l’AFC/M23. Le mouvement prévient qu’il n’y aura pas de retour à Doha sans leur libération. De son côté, Kinshasa affirme que ces libérations se feront au cas par cas, dans le cadre des discussions sur l’accord final.
Toujours à propos de la libération des prisonniers, le professeur Bob Kabamba, enseignant à l’université de Liège, estime qu’il sera difficile de retrouver tous les prisonniers réclamés par l’AFC/M23: «Je vois mal comment le gouvernement congolais va pouvoir mettre en œuvre quelque chose qui ne le lie pas. La liste de 700, ce sont des prisonniers qui ne sont pas officiellement recensés. Il y a d’autres personnes qui ont été arrêtées sans mandats, sans motifs valables et qui sont dans les geôles, sans qu’on ne sache où ces personnes se trouvent. D’autres personnes ont disparu. Tout ça fait en sorte que cette déclaration risque de ne pas être mise en œuvre».
Comme on peut constater, pour la matérialisation du contenu de l’Accord rien n’a pas encore été fait, ce qui présage un échec pour la suite du processus de Doha.[7]
Dix jours après la signature de la déclaration de principes entre le Gouvernement congolais et l’AFC/M23 à Doha, un point de blocage perdure, celui du retrait de la coalition AFC/M23 des zones qu’elle contrôle, ce que cette dernière refuse.
Sur la table des négociations, la RDC réclame le retrait des rebelles des territoires qu’ils contrôlent. Il s’agit d’une disposition « inacceptable » pour l’AFC/M23, comme souligné par Benjamin Mbonimpa, négociateur principal de l’AFC/M23 à Doha. en affirmant que «aucune force ne nous délogera d’ici, car nous sommes chez nous» et en plaidant pour une co-administration de ces régions avec Kinshasa sur le modèle du fédéralisme. Une ligne rouge pour le gouvernement congolais qui plaide pour le retour de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire. Ces deux exigences semblent, pour le moment, irréconciliables, d’autant plus que, dans la déclaration de principes de Doha, rien n’est indiqué sur un possible désarmement et cantonnement des troupes du M23. Sur le terrain, les combats se poursuivent, mais pas entre l’armée congolaise et l’AFC/M23, mais avec les Wazalendo, ces groupes armés pro-Kinshasa, ce qui permet au gouvernement congolais de « respecter sur le papier » un cessez-le-feu très virtuel.[8]
Le 01 août, dans une déclaration, des acteurs de huit organisations de la société civile pour la défense et la promotion des droits de l’homme de la province du Nord-Kivu ont exprimé leur total rejet de l’intention manifestée par les leaders du M23-RDF-AFC en date du 25 Juillet 2025, lors d’une conférence de presse tendant à solliciter l’instauration du fédéralisme en RDC à l’issue des pourparlers de Doha au Qatar.
Selon les signataires, cette proposition, couplée à la demande faite par le même mouvement d’administrer pendant huit ans les zones sous son contrôle, cache mal une stratégie politique visant à désintégrer la souveraineté nationale et à préparer la Balkanisation de la RDC et l’annexion de l’Est du pays au Rwanda. Ils évoquent également les propos récents du gouverneur autoproclamé Erasto Bahati, représentant du M23-AFC, qui a qualifié les pourparlers de Doha d’ »aventures stériles » et qui a appelé à la mobilisation des jeunes dans leur armée pour poursuivre la guerre.
À travers ces faits, ces organisations perçoivent une manœuvre expansionniste visant à transformer l’Est du Congo en « trou noir », hors du contrôle de Kinshasa et de la communauté internationale.
Elles affirment aussi que le fédéralisme n’est pas un débat du moment dans le sens où la décentralisation est une réponse constitutionnelle satisfaisante parce qu’elle rapproche les gouvernants des gouvernés et les Entités Territoriales Décentralisées jouissent de l’autonomie de gestion que la loi leur consacre et dont elles demandent au gouvernement de la République sa matérialisation effective.
La déclaration dénonce également des atrocités commises entre le 12 et le 31 juillet dans les territoires de Rutshuru et Masisi, notamment des massacres de civils, des disparitions forcées et l’enrôlement de plus de 250 jeunes à Rutshuru par les combattants du M23-AFC. Des dizaines de corps ont été retrouvés dans le Parc National des Virunga, conséquence d’un bouclage mené par les rebelles à Mujoga.
Selon ces organisations, ces événements prouvent l’écart entre les discours diplomatiques du Rwanda à l’international et ses actes militaires sur le terrain: «La duplicité de Kigali est évidente. D’un côté, il affiche un visage de paix en soutenant l’accord de Washington signé le 27 juin 2025, et, de l’autre, il poursuit les combats à travers son armée présente sur le sol congolais et ses supplétifs du M23-AFC».
Face à cette situation, les acteurs de la société civile en appellent à la responsabilité des États-Unis, en leur qualité de médiateurs de l’accord du 27 juin 2025, ainsi qu’à tous les partenaires du processus de paix. Ils les exhortent à exercer une pression ferme sur le Rwanda et le M23-AFC, pour qu’ils respectent leurs engagements.[9]
3. L’ACCORD DE PAIX ENTRE LA RDC ET LE RWANDA: LES PRÉMIERS PAS
L’accord de paix signé le 27 juin 2025 à Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda mentionne, dans le cadre de sa mise en œuvre, trois dates clés qui coïncident avec l’établissement du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité entre la RDC et le Rwanda, du comité de surveillance conjointe et du cadre d’intégration économique régionale.
→ Le Comité conjoint de surveillance de la mise en œuvre de l’accord de paix qui est censé être sur pied déjà en vertu du même accord (point 7, alinéa a). Par ailleurs, sa première réunion est prévue au plus tard 30 jours après l’entrée en vigueur de l’accord et est prévue à Washington.
→ Le Mécanisme conjoint de sécurité, à mettre en place dans un délai de 45 jours à compter de l’entrée en vigueur de l’accord (avant le 10 août), a pour but de créer des procédures opérationnelles communes et des mécanismes d’établissement de rapports, pour assurer la transparence de l’ampleur et de la portée des opérations entre les deux pays.
Il est, en outre, régi par les principes suivants:
– La fin irréversible et vérifiable du soutien de l’État aux FDLR et aux groupes armés associés, et l’interdiction totale de tout soutien matériel, logistique, financier ou autre, qu’il soit national ou étranger, à ces derniers.
– Un engagement à identifier, localiser et neutraliser les FDLR, conformément aux dispositions pertinentes du Plan harmonisé de neutralisation des FDLR et de désengagement des forces/levée des mesures défensives par le Rwanda (CONOPS) du 31 octobre 2024, découlant du processus de Luanda.
– Un engagement à s’appuyer sur les accords de coopération bilatérale en matière de sécurité, dans le cadre desquels les opérations sont ciblées, ponctuelles et ciblées sur une menace spécifique.
– Un engagement, enfin, à assurer la protection des civils et le respect du droit international humanitaire.
→ Un cadre d’intégration économique régionale, à mettre en place dans les trois mois après l’entrée en vigueur d l’accord. Échelonné sur plusieurs étapes, il sera défini dans un accord distinct, intitulé ″cadre d’intégration économique régionale″. Ledit cadre s’appuie sur les efforts existants, notamment la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE).
Les Parties signataires sont censées utiliser ce cadre pour développer le commerce extérieur et les investissements provenant des chaînes d’approvisionnement de la région en minerais critiques et introduire une plus grande transparence, ce qui, espère-t-on, va bloquer les canaux économiques illicites et procurer davantage de prospérité aux deux parties, «grâce à des partenariats mutuellement bénéfiques et des opportunités d’investissement».[10]
Un mois après la signature de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda à Washington, un point de blocage perdure, celui sur le séquençage entre la neutralisation des FDLR et le départ des troupes rwandaises du territoire congolais.
Dans son volet sécuritaire, l’accord de paix de Washington prévoit le retrait des soldats rwandais du territoire congolais et la fin du soutien rwandais au M23, alors qu’en contrepartie, la RDC doit neutraliser les FDLR, un groupe armé hostile à Kigali.
Le point litigieux à éclaircir concerne le séquençage entre les opérations de lutte contre les FDLR et le retrait des troupes rwandaises. Pour Kigali, la neutralisation des FDLR conditionne leur départ, alors que pour Kinshasa, les deux opérations doivent se dérouler simultanément. Enfin, la traque aux FDLR semble plus délicate que prévue à mener, puisqu’une partie de ce groupe armé se trouve dans des zones actuellement contrôlées par l’AFC/M23.[11]
Le 30 juillet, l’Assemblée Nationale des Députés du Rwanda a approuvé à l’unanimité le texte de l’accord de paix signé le 27 juin dernier à Washington entre le Rwanda et la RDC. Le ministre des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a rappelé que les mesures de défense rwandaises déployées le long de la frontière avec la RDC ne seraient pas levées, tant que le groupe FDLR ne serait pas démantelé. Approuvé par l’Assemblée, le texte doit maintenant être examiné par le Sénat rwandais. Côté congolais, le texte de l’accord de paix n’a pas encore été transmis au Parlement, car actuellement en vacances. Toutefois, des députés ont demandé à ce qu’il soit inscrit à l’ordre du jour de la session parlementaire de septembre.[12]
Le 31 juillet, à Washington, des représentants de la République démocratique du Congo et de la République du Rwanda, ainsi que des observateurs des États-Unis, de l’État du Qatar, de la République du Togo (en tant que facilitateur de l’Union africaine) et de la Commission de l’Union africaine ont tenu, la première réunion du Comité conjoint de surveillance de l’accord de paix signé le 27 juin entre la RDC et le Rwanda. Le Comité mixte de surveillance est chargé de servir de forum pour la mise en œuvre de l’accord de paix et le règlement des différends. Il est chargé de recevoir les plaintes concernant les violations de l’accord, de prendre les mesures appropriées pour remédier à ces violations et de régler les différends à l’amiable. Au cours de cette première réunion, les parties ont choisi leurs présidents pour le comité, adopté les termes de référence qui régiront les futures réunions du comité, discuté des progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’accord et préparé la première réunion du mécanisme conjoint de coordination de la sécurité prévue la semaine prochaine. La mise en place de ce comité mixte de surveillance de l’accord de paix et la tenue de cette réunion sont conformes aux dispositions de l’accord de paix signé à Washington, accordant un délai de 30 jours aux parties, afin de se réunir pour mettre en place cet organe stratégique, première étape de l’exécution de l’accord de Washington.[13]
Le 1er août, à Washington, les représentants de la RDC et du Rwanda ont paraphé, sous la facilitation des États-Unis d’Amérique, le texte des Principes du Cadre d’intégration économique régionale, prévu par l’accord de paix signé entre les deux pays le 27 juin 2025.
Selon un communiqué du Département d’État américain, grâce à une coordination conjointe dans des domaines tels que l’énergie, les infrastructures, l’exploitation minière, la gestion des parcs nationaux, le tourisme et la santé publique, la RDC et le Rwanda entendent stimuler le progrès économique et améliorer les conditions de vie des populations dans la région des Grands lacs.
Selon l’échéancier initial, ce cadre devait être lancé dans les trois mois suivant la signature de l’accord de paix, soit au plus tard le 27 septembre 2025.
L’objectif de l’énoncé des principes du Cadre d’intégration économique régionale est de structurer la coopération économique, notamment dans le secteur minier, et ouvrir la région au marché mondial, de manière légale et encadrée.
Kinshasa et Kigali disent vouloir en finir avec les activités illicites liées aux ressources minières. Extraction, commerce, transport ou transformation… les deux pays s’engagent à assainir progressivement tout le secteur.
Un exemple: au moment de son arrivée à la tête du Sud-Kivu, le gouverneur Jean-Jacques Purusi déclarait devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française qu’au moins 1 600 entreprises exploitaient illégalement les ressources minières dans sa province.
Aujourd’hui, sous l’égide des États-Unis, la RDC et le Rwanda affirment leur volonté d’agir, chacun dans son pays, mais aussi en collaboration, pour garantir un approvisionnement constant et transparent en minerais vers les marchés internationaux. L’objectif est de bâtir un secteur minier industriel de classe mondiale, de la mine à l’utilisateur final.
Autre engagement: formaliser l’exploitation artisanale et à petite échelle, afin d’attirer les plus grandes entreprises minières du monde. Et Washington positionne déjà ses entreprises.
Le texte paraphé vendredi n’est pas encore un accord. Cet énoncé de principes fixe les grandes lignes de la coopération économique. Kinshasa et Kigali comptent finaliser ce cadre régional par un accord distinct, qui précisera les mécanismes de coordination, les plans d’action et les initiatives à mettre en œuvre.
Washington a donc déjà mis en branle son administration pour travailler sur le deal économique « minerais contre sécurité » avant même que l’accord global de paix entre la RDC et le Rwanda ne soit signé par les présidents congolais et rwandais, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, comme prévu et annoncé par le président des États-Unis, Donal Trump.. Ce qui donne l’étrange impression que le business passe avant la sécurité.[14]
[1] Cf RFI, 02.08.’25
[2] Cf https://x.com/DenisMukwege/status/1951434789648793716
[3] Cf Yvonne Kapinga et Clément Muamba – Actualité.cd, 28.07.’25
[4] Cf Yvonne Kapinga et Clément Muamba – Actualité.cd, 27.07.’25
[5] Cf Yvonne Kapinga et Clément Muamba – Actualité.cd, 28.07.’25
[6] Cf Actualité.cd, 26.07.’25
[7] Cf RFI, 29.07’25, Actualité.cd, 29.07.’25 et Jean-Noël Ba-Mweze – DW / MCP, via mediacongo.net, 30.07.’25
[8] Cf Christophe Rigaud – Afrikarabia.com, 29.07.’25 https://afrikarabia.com/wordpress/rdc-les-accords-de-washington-et-doha-au-milieu-du-gue/
[9] Cf Alphonse Muderwa – 7sur7.cd, 01.08.’25; Urprus – Opinion-info.cd, 01.08.’25
[10] Cf Acp / MCP , via mediacongo.net, 22.07.’25
[11] Cf Christophe Rigaud – Afrikarabia.com, 29.07.’25 https://afrikarabia.com/wordpress/rdc-les-accords-de-washington-et-doha-au-milieu-du-gue/
[12] Cf RFI, 30.07.’25
[13] Cf Radio Okapi, 01.08.’25
[14] Cf Radio Okapi, 03.08.’25 et RFI, 03.08.’25