SOMMAIRE
1. POURPARLERS DE PAIX A DOHA ENTRE LE GOUVERNEMENT CONGOLAIS ET L’AFC/M23:
Aucun progrès, les deux parties campent sur leurs positions respectives
2. ACCORD DE PAIX DE WASHINGTON ENTRE LA RDC ET LE RWANDA:
Aucun changement sur le terrain, la guerre continue
3. NÉGOCIATIONS ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LA RDC EN VUE DE FUTURS CONTRATS MINIERS
Manque de transparence et absence de consultations
1. POURPARLERS DE PAIX A DOHA ENTRE LE GOUVERNEMENT CONGOLAIS ET L’AFC/M23:
Aucun progrès, les deux parties campent toujours sur leurs positions respectives
Le 19 juillet, le gouvernement congolais et l’AFC/M23 ont signé une déclaration de principe comprenant un accord de cessez-le-feu. Selon le texte de la déclaration de Doha, les parties s’engageaient à respecter un « cessez-le-feu permanent » et à « s’abstenir de toute action susceptible d’entraver le déroulement normal du processus de cessez-le-feu ». Entre cette signature et le début du dialogue formel prévu le 8 août, les deux camps devaient avancer sur les mesures de décrispations qui devaient permettre de se retrouver autour de la table. Il s’agissait notamment de s’entendre sur les préliminaires mis sur la table par l’AFC/M23 depuis plusieurs mois. Il y est question de la libération de prisonniers politiques par Kinshasa ou de la levée des condamnations à mort des principaux leaders de la rébellion. Mais en trois semaines, rien n’a été fait. Les négociateurs restés un temps sur place à Doha, ont donc décidé de regagner Kinshasa ou Goma.[1]
Depuis la signature de la déclaration de principes par Kinshasa et l’AFC/M23 le 19 juillet à Doha, les combats n’ont jamais vraiment cessé à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Les accrochages sont encore très fréquents entre les troupes de l’AFC/M23 et les milices Wazalendos, une mosaïque de groupes armés alliés à l’armée congolaise. Mais depuis le 8 août, date prévue pour la reprise officielle des pourparlers de Doha, les combats ont redoublé d’intensité au Nord et au Sud-Kivu. L’explication est à chercher dans la capitale qatarie, où les deux délégations ont brillé par leur absence face aux nombreux blocages autour de la mise en oeuvre de la déclaration de principes. Kinshasa et les rebelles devaient s’accorder sur un « cessez-le-feu permanent », la libération de prisonniers de l’AFC/M23 par Kinshasa, ou la levée des condamnations à l’encontre des leaders de la rébellion. Depuis la signature du 19 juillet, rien n’a bougé. Ni le cessez-le-feu, dont les Wazalendos ne sont pas signataires, ni la libération des prisonniers, qui prendra beaucoup plus de temps que prévu. Et comme souvent en cas de blocage dans les négociations, les armes ont recommencé à parler.[2]
Le 8 août, le début du dialogue direct prévu à Doha entre les délégués du gouvernement congolais et ceux de la rébellion du M23 n’a pas eu lieu. Toutefois, la médiation qatarie rassure que «les deux parties continuent de travailler avec le soutien du Qatar pour mettre en œuvre les dispositions énoncées dans la Déclaration de principes signée le 19 juillet». En effet, les deux parties avaient jusqu’au 29 juillet au plus tard pour mettre en œuvre les dispositions de la Déclaration de principes signée le 19 juillet, comprenait notamment la mise en œuvre de mesures de confiance, avant d’entamer les discussions directes devant aboutir à un accord global inclusif de paix. Parmi ces dispositions, la création, d’un mécanisme conjoint pour l’échange de prisonniers, en collaboration avec la Croix-Rouge internationale, a pris plus de temps que prévu initialement.
Le principal accrochage réside dans le fait que le M23 exige toujours de Kinshasa la libération, avant la reprise des pourparlers à Doha, de plus de 700 prisonniers accusés ou soupçonnés d’être de mèche avec la rébellion. À ce propos. l’AFC/M23 rappelle que, de sa part, il a déjà « libéré » et remis à Kinshasa un bon millier de soldats congolais retranchés dans un camp de la Monusco à Goma, après la chute de la ville à la fin du mois de janvier dernier, Cependant, le gouvernement congolais, qui évoquait au départ un échange des prisonniers de part et d’autre, argue que les personnes à libérer au cas par le cas devraient l’être à l’issue du dialogue de Doha. Kinshasa évoque également la restauration de l’autorité de l’Etat dans les zones occupées par l’AFC/M23, ce qui implique le retrait de ce dernier des zones occupées du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, une proposition nettement refusée par l’AFC/M23 [3]
Mi-août, le Qatar, médiateur du processus de paix entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, a transmis aux deux parties un projet d’accord de paix et Les deux parties, l’AFC/M23 et Kinshasa, ont d’ailleurs confirmé dimanche 17 août la possibilité de relancer les discussions. Il s’agit d’un projet de «accord de paix global», dont l’objectif affiché est de traiter un ensemble de problématiques que les parties qualifient de « causes profondes du conflit ». Derrière cette formule, les divergences sont considérables. L’AFC/M23 a mis sur la table une série de revendications jugées inacceptables par Kinshasa.
– La restauration de l’autorité de l’État, point central
Pour le gouvernement, la priorité des échanges à avenir est claire: le démantèlement de l’administration parallèle mise en place par le mouvement rebelle et le retrait / cantonnement de ses combattants, en vue de la restauration de l’autorité de l’État. L’AFC/M23 rejette cette approche. Selon lui, toute restauration de l’État doit être précédée d’un constat de «faillite de l’État», d’une révision des accords passés qu’il estime non respectés et de réformes institutionnelles, une séquence qui, de l’aveu même du mouvement, ne saurait se limiter à quelques semaines de discussions.
– Le spectre d’une force tampon
Autre point sensible, celui de l’éventuelle mise en place d’une force tampon entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’AFC/M23 dans les zones occupées par l’AFC/M23. Le gouvernement congolais refuse catégoriquement cette possibilité, jugeant qu’une telle configuration reviendrait à acter une partition du Pays. Il espère plutôt voir la Mission des Nations Unies (Monusco) jouer un rôle accru dans ces zones. Et même si ce cas de figure arrivait à être maintenu, l’AFC/M23 souhaiterait que la mission onusienne ne soit pas une force combattante aux côtés des FARDC.
– Le débat sur la forme de l’État
L’AFC/M23 plaide pour l’institutionnalisation d’un État fédéral en RDC, une option que le gouvernement congolais écarte, considérant qu’il s’agit d’un projet de balkanisation. La liste des sujets évoqués par le mouvement rebelle s’étend également à la gouvernance, la justice sociale et un nouvel ordre politique.
– Le retour des réfugiés
Parmi les questions jugées les plus sensibles figure celle du retour des réfugiés congolais, notamment ceux installés au Rwanda. L’AFC/M23 insiste pour être partie prenante dans la gestion de ce processus, au nom, disent ses cadres, du droit au retour de réfugiés majoritairement tutsis congolais. Kinshasa, de son côté, rappelle qu’il reste le seul interlocuteur légitime. Le 24 juillet, une réunion ministérielle tripartite, dite « de haut niveau », a rassemblé la RDC, le Rwanda et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) autour de cette question.[4]
«C’est le draft 0, cela veut dire qu’il y a encore pas mal de travail», explique un diplomate africain qui salue, malgré tout, l’initiative américano-qatari dans «une crise où les Africains n’ont pas pu amener les protagonistes à la table des négociations et où les Européens sont totalement absents».
Le premier point du texte prévoit un “cessez-le-feu permanent”. Les parties doivent donc “s’abstenir de tout acte de sabotage, de toute tentative de prise de position par la force sur le terrain ou de toute autre action susceptible d’entraver le cessez-le-feu ou incompatible avec une cessation définitive des hostilités”. Le texte appelle aussi à cesser “toute rhétorique hostile ou incendiaire”.
Le plan prévoit aussi la mise en place des mesures de décrispation prévues dans la déclaration de principes. Il s’agit essentiellement de la libération de prisonniers à travers un mécanisme auquel sera associée la Croix-Rouge internationale. Cette demande de libération des prisonniers est un des premiers points mis sur la table par la délégation de l’AFC/M23 qui répète qu’elle a déjà libéré plus de 1 500 hommes (des soldats de l’armée congolaise retranchés dans un bâtiment des Nations unies à Goma au moment de la prise de la ville à la fin du mois de janvier dernier, sans oublier les mercenaires roumains engagés par Kinshasa).
Le gouvernement congolais avait expliqué au début du mois d’août que ce processus de libération de prisonniers connaissait “un certain retard”. Trois semaines plus tard, le retard ne semble toujours pas résorbé. “Notre délégation sera réduite et discutera de deux points. Le cessez-le-feu et la libération des prisonniers. Nous n’irons pas plus loin. Cela n’aurait aucun sens si Kinshasa continue de refuser de respecter ces demandes”, a affirmé un des responsables de la rébellion. Le draft prévoit encore la mise sur pied d’un “Mécanisme de monitoring multilatéral” qui doit veiller à l’application de l’accord de cessez-le-feu. Le mécanisme sera composé à nombre égal de représentant des deux camps. Le Qatar et le facilitateur de l’Union africaine les assisteront en tant qu’observateurs. Le projet envisage encore la mise sur pied d’une “force spéciale intérimaire”, composée à 50 % de membres de la rébellion qui devraient collaborer avec des éléments de la police nationale sous l’autorité du ministère de l’intérieur. Cette force ne pourra intervenir que dans les “zones affectées” des provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu. Au terme de la mission, ces éléments seront intégrés dans les rangs des forces nationales congolaises.
L’élément le plus sensible du texte concerne la “restauration de l’autorité de l’État”. Pour Kinshasa, ce point est synonyme de retrait total de l’AFC/M23. Les rebelles, de leur côté, entendent demeurer sur place et jouer un rôle dans le futur de la région, voire du pays. Leurs représentants avaient suggéré la mise en place d’un fédéralisme dont refuse d’entendre parler Kinshasa qui l’assimile à une “balkanisation” de l’est du pays. Le draft n’évoque pas cette piste du fédéralisme, ce qui a particulièrement courroucé les membres de la rébellion.
Il est aussi question de la nomination, par le gouvernement congolais, d’autorités intérimaires au niveau local. L’AFC/M23 doit pouvoir présenter ses candidats. Cette autorité intérimaire devrait prendre fin avec l’organisation d’élections locales envisagées pour 2027 dans cette zone.
Le draft prône aussi la tenue d’un dialogue national en 2026, de quoi intégrer l’opposition non armée dans les discussions sur l’avenir de la République démocratique du Congo.[5]
La création d’une « Force spéciale intérimaire pour la région affectée » est une proposition audacieuse, censée contenter tout le monde. D’un côté, Kinshasa qui refuse l’idée d’une force tampon. De l’autre, l’AFC/M23 qui rejette l’idée de quitter les zones qu’elle contrôle.
Le projet prévoit donc une « Force spéciale intérimaire », seule autorisée à opérer dans la région affectée, autrement dit les zones jusque-là gérées par l’AFC/M23. Elle ne devrait pas intervenir en dehors de ces zones et ses membres ne pourraient pas être envoyés ailleurs sans leur consentement. Le recrutement serait supervisé par un mécanisme multilatéral: jusqu’à 50 % issus de l’AFC/M23, l’autre moitié composée de policiers congolais (PNC) et de civils locaux, mais pas de l’armée (FARDC). Cette force spéciale serait placée sous l’autorité du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité et le recrutement serait encadré par un mécanisme multilatéral de suivi.
Cette force spéciale intérimaire fonctionnerait sous un mandat temporaire de cinq ans, renouvelable si nécessaire, toujours sous la supervision du mécanisme multilatéral de suivi. À la fin de ce mandat, la force serait dissoute et ses membres intégrés, de manière progressive et encadrée, soit dans l’armée congolaise, les FARDC, soit dans la police nationale congolaise, la PNC.
En clair, c’est une forme de cogestion de la zone contrôlée par l’AFC-M23 qui est envisagée. Mais il faut le rappeler, ce n’est encore qu’un projet d’accord, un draft. Les parties doivent maintenant en discuter. Son contenu pourrait évoluer ou être tout simplement rejeté par l’une ou l’autre partie.
En effet, un obstacle de taille subsiste: le projet précise que cette force vise à intégrer de façon harmonieuse les membres éligibles de l’AFC/M23. Or, l’Assemblée nationale a déjà interdit l’intégration des membres de groupes armés dans l’armée.[6]
Depuis le 20 août, les délégations du gouvernement congolais et de l’AFC/M23 sont à Doha, au Qatar, pour reprendre les négociations. Ces pourparlers, initialement prévus le 8 août, ne s’ouvrent que maintenant, après de nouveaux combats sur le terrain, Ces discussions visent deux choses.
D’abord à s’assurer de la mise en œuvre intégrale de la Déclaration de principes signée à Doha le 19 juillet. Mais un point bloque d’emblée: l’AFC/M23 attend toujours la libération de ses prisonniers. Kinshasa, de son côté, ne le souhaite pas pour l’instant et insiste pour que cette question fasse partie de l’accord final. Résultat: aucune des deux parties n’est prête à céder. Comme pour marquer son intransigeance, l’AFC/M23 a dépêché une délégation restreinte: seulement deux représentants, René Abandi et le colonel Dieudonné Padiri, deux habitués des négociations. Selon certaines informations, leur mandat est clair: discuter non du projet d’accord proposé par la médiation, mais uniquement du cessez-le-feu et de la libération des prisonniers. Pour l’AFC/M23, ce sont des préalables absolus à la reprise des pourparlers. Le deuxième objectif de ce nouveau round, selon des sources proches des discussions, est de parvenir à un accord de paix global et durable. Si les discussions progressent, l’AFC/M23 pourra élargir sa délégation et actualiser son mandat.[7]
Le 22 août, Martin Fayulu, président de la coalition LAMUKA et figure de l’opposition congolaise, a réaffirmé sa position ferme concernant les pourparlers en cours à Doha, au Qatar, entre les délégations du Gouvernement congolais et du M23/AFC. Sur son compte X (anciennement Twitter), Fayulu a déclaré: «La réunion de Doha ne doit poursuivre qu’un seul objectif: imposer le cessez-le-feu et l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU». Cette résolution condamne le soutien militaire du Rwanda au M23, exige le retrait immédiat des troupes rwandaises du territoire congolais, et appelle le M23 à cesser les hostilités. Fayulu insiste sur le fait que toutes les autres questions doivent être traitées dans le cadre d’un dialogue inclusif entre Congolais, sous la médiation de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), avec le soutien de l’Union africaine.[8]
2. ACCORD DE PAIX DE WASHINGTON ENTRE LA RDC ET LE RWANDA:
Aucun changement sur le terrain, la guerre continue
Les 7 et 8 août, au siège de la Commission de l’Union africaine à Addis-Abeba, des représentants de la République démocratique du Congo (RDC) et de la République du Rwanda ainsi que des observateurs des États-Unis, de l’État du Qatar, le représentant du médiateur de l’UA et la Commission de l’Union africaine ont tenu la première réunion du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité pour l’accord de paix entre la République démocratique du Congo et la République du Rwanda, signé à Washington, le 27 juin 2025. Le Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité est chargé de la mise en œuvre du concept d’opérations du Plan harmonisé pour la neutralisation des FDLR et le désengagement des forces/la levée des mesures défensives par le Rwanda. Le mécanisme est également chargé de faciliter le partage de renseignements et d’informations entre les parties aux fins de la mise en œuvre de l’accord de paix. Lors de la première réunion, les membres permanents, à savoir la RDC et le Rwanda, ont adopté le mandat régissant les futures réunions du mécanisme et ont entamé des discussions sur la mise en œuvre de l’accord de paix. Une deuxième réunion est prévue en septembre. Selon certaines informations, celle-ci sera, consacrée à la mise en œuvre du concept d’opérations: qui doit faire quoi et comment? Pour une source proche du dossier, le délai de trois mois fixé pour neutraliser les FDLR ne devrait être compté qu’à partir de cette deuxième réunion. Un diplomate de la région insiste: le plus important, ce ne sont pas les dates, mais la bonne volonté des acteurs.[9]
Le 20 août, en marge de sa participation à la 9ᵉ Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD9), à Yokohama, la Première Ministre de la RDC, Judith Suminwa Tuluka, a échangé avec M. Raouf Mazou, Haut-Commissaire adjoint chargé des opérations du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Selon la cellule de communication de la Primature, les échanges ont porté sur la question « sensible » du rapatriement des réfugiés congolais se trouvant au Rwanda et des réfugiés rwandais présents en RDC.
À cette occasion, la Cheffe du Gouvernement Judith Suminwa a insisté sur la nécessité d’un processus rigoureusement encadré par le HCR, afin d’éviter tout dérapage et de garantir une identification claire des réfugiés appelés à regagner la RDC, dans le but de prévenir de nouvelles crises. Pour sa part, Raouf Mazou a rappelé que le mandat du HCR est de garantir que ces rapatriements se fassent de manière volontaire, dans la dignité et la sécurité, qu’il s’agisse des Congolais au Rwanda ou des Rwandais en RDC.
Cette rencontre intervient quelques semaines après la signature de l’accord tripartite, impliquant la République Démocratique du Congo (RDC), le Rwanda, et le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR). Cet accord a été signé à Addis-Abeba pour faciliter le rapatriement volontaire des réfugiés. Cet accord vise à relancer le processus de retour sécurisé des réfugiés rwandais en RDC et des réfugiés congolais au Rwanda.
La question des réfugiés a toujours figuré parmi les points de discorde entre Kinshasa et Kigali.
Se basant sur les derniers chiffres du HCR, Thérèse Kayikwamba a, lors d’un récent briefing presse, fait le point sur le nombre de réfugiés de ces deux États: «Les derniers chiffres en notre possession parlent d’à peu près 132.000 réfugiés rwandais qui sont en RDC contre 135.000 congolais qui seraient au Rwanda comme réfugiés. On doit donc créer des conditions propices pour leur retour et il est aussi nécessaire de s’assurer que tout retour se fasse dans le cadre de la tripartite RDC – Rwanda – Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés». De sa part, le 26 août, lors d’une conférence de presse, le vice-premier ministre congolais chargé de l’intérieur et sécurité, Jacquemain Shabani, a précisé que «la République du Rwanda avait fait savoir que 83.000 congolais séjournent sur le sol rwandais et que seulement 23.000 personnes ont été recensées comme étant des congolais vivant avec le statut des réfugiés au Rwanda».[10]
Le 22 août, lorsque la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC continue à se détériorer suite à la poursuite des violences et en dépit des initiatives diplomatiques en cours au niveau international, les États-Unis d’Amérique ont appelé les parties prenantes à honorer leurs engagements.
D’après Dorothy Camille Shea, représentante permanente des États-Unis d’Amérique aux Nations-Unies, la poursuite des hostilités sur terrain met en mal les efforts de médiation en cours et aggrave davantage la situation sécuritaire déjà précaire. «Les États-Unis attendent pleinement de la RDC et du Rwanda qu’ils respectent leurs obligations de cesser les actes hostiles et de résoudre les différends par des moyens pacifiques, par l’intermédiaire du Comité mixte de surveillance créé par l’accord de paix du 27 juin. Nous attendons également de la RDC et du M23 qu’ils agissent de bonne foi, conformément à la Déclaration de principes signée à Doha, par laquelle les deux parties se sont engagées à un cessez-le-feu permanent. La poursuite des hostilités est contraire aux accords signés par les parties», a déclaré devant le conseil de sécurité de l’ONU Dorothy Camille Shea.
Au nom de l’administration Trump, la diplomate américaine a appelé le Conseil de sécurité à sanctionner « les saboteurs » du processus de paix en RDC: «Les États-Unis demanderont des comptes aux saboteurs de la paix et nous appelons les membres du Conseil à faire de même». Sur le terrain, la tension ne cesse de monter entre les Forces Armées de la RDC et la rébellion de l’AFC/M23. Par des communiqués interposés, les deux parties s’accusent mutuellement de violations répétées du cessez-le-feu.[11]
3. NÉGOCIATIONS ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LA RDC EN VUE DE FUTURS CONTRATS MINIERS:
Manque de transparence et absence de consultations
L’accord de paix signé entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda sous la médiation de Washington prévoit aussi un partenariat économique entre les États-Unis et ces deux pays. En ce qui concerne la RDC, ce partenariat prévoit un accès privilégié des entreprises américaines aux ressources minières congolaises, en échange d’un soutien sécuritaire accru à la RDC. Dans ce cadre, le 27 juin, la Chambre des représentants des États-Unis avait adopté une résolution approuvant la mise en place d’accords sur les minerais critiques avec la RDC. Ce même texte encourageait également la traçabilité dans les chaînes d’approvisionnement. Mais des voix s’élèvent pour réclamer des garanties solides, afin d’éviter que ce partenariat n’exacerbe les conflits ou la corruption. À ce stade, les accords ne sont pas encore formellement signés. Mais des accords de principe existent déjà avec certaines sociétés, comme KoBold Metals.[12]
Dans le cadre d’un éventuel partenariat économique entre la République Démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis, la société américaine KoBold Metals, soutenue par des géants comme Jeff Bezos et Bill Gates, et avec l’aval de l’administration Trump, a signé une déclaration de principe avec Kinshasa et a officiellement déposé des demandes de permis d’exploration du territoire congolais. Environ 1.700 carrés miniers pourraient être attribués à KoBold Metals. Objectif: accélérer un programme d’exploration minière à grande échelle en RDC.
Il s’agirait d’une première phase de demande de permis de recherche, qui devrait déboucher sur un avis cadastral, suivi d’un projet d’arrêté portant octroi de permis de recherche qui sera transmis au ministre des Mines pour signature. La procédure pourrait durer 60 jours selon Popol Mabolia Yenga, directeur général du Cadastre minier (CAMI), qui s’est exprimé jeudi 7 août.
Autre axe du déploiement de KoBold: le lithium de Manono, dans le sud-est du pays. Il s’agit de l’un des plus importants gisements de lithium en roche dure non exploité au monde. À ce propos, KoBold et l’État congolais travaillent ensemble. La RDC doit maintenant désigner un expert chargé de faire l’interface. Mais le site de Manono est au cœur d’un litige avec la société australienne AVZ, qui affirme détenir encore les droits sur le projet. «Si on règle ce dossier, nous allons remettre ce permis à KoBold. Les négociations se font à Kinshasa et au département d’État américain», explique Popol Mabolia Yenga, directeur du CAMI. Dernier volet de l’accord entre KoBold et les autorités congolaises: la digitalisation des données minières. Là aussi, tout est signé.[13]
Dans le cadre d’un accord d’intégration économique signé récemment entre Kinshasa et Kigali, à la suite d’un accord de paix conclu à Washington sous l’égide des États-Unis, l’entreprise américaine Symbion Power a proposé un investissement de 700 millions de dollars pour construire une centrale électrique de 140 mégawatts sur le lac Kivu, côté congolais, ainsi que des lignes de transport le long de la frontière avec le Rwanda. Le projet vise à transformer le méthane du lac en énergie pour alimenter Goma et ses environs. Mais l’initiative reste suspendue à une condition majeure: le retrait des rebelles du M23 et une amélioration durable de la sécurité dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. «Pas de centrale électrique sans stabilité», a prévenu Paul Hinks, PDG de Symbion Power. Selon Massad Boulos, conseiller spécial du président américain cité par Bloomberg, ces éventuels investissements traduisent l’engagement des États-Unis à soutenir le développement économique et à renforcer les relations bilatérales avec la RDC et le Rwanda. Ce projet aussi s’inscrit dans le cadre de l’accord d’intégration économique régionale signé récemment entre Kinshasa et Kigali, à la suite d’un accord de paix conclu à Washington sous l’égide des États-Unis.[14]
Le 11 août, dans une lettre ouverte adressée au président Donald Trump et au secrétaire d’État Marco Rubio, 52 membres du Parti démocrate élus à la Chambre des représentants des États-Unis ont exprimé leurs inquiétudes face au manque de transparence entourant les négociations entre les États-Unis et la République démocratique du Congo (RDC) sur les contrats miniers stratégiques. Ces parlementaires déplorent l’absence de consultation du Congrès dans les discussions portant sur l’exploitation des minerais critiques du sous-sol congolais notamment le cobalt, le coltan, le cuivre et le lithium, des ressources essentielles pour les technologies de pointe et la transition énergétique. Ces parlementaires attirent l’attention sur les graves violations des droits humains, qui persistent dans le secteur minier congolais: travail forcé, travail des enfants, déplacements forcés, violences sexuelles, et pollution environnementale, Les conséquences environnementales sont particulièrement pointées du doigt: contamination des sols et de l’eau par des produits chimiques toxiques, baisse de la fertilité agricole, et hausse des maladies graves telles que les cancers ou les malformations congénitales. En insistant sur le respect des droits humains et la protection de l’environnement et la transparence, ils évoquent également un possible conflit d’intérêts, citant nommément l’homme d’affaires texan Gentry Beach, proche de Donald Trump, qui ferait partie d’un consortium cherchant à obtenir les droits d’exploitation de la mine de coltan de Rubaya, au Nord-Kivu, dans l’est de la RDC. Ils exigent enfin que le gouvernement américain garantisse un processus transparent et participatif, tout en veillant à ce que l’exploitation de ces ressources ne se fasse pas au détriment des populations congolaises.[15]
Le 12 août, dans un communiqué publié sur son site internet, le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du Département du Trésor américain a sanctionné le groupe des Patriotes Résistants Congolais – Force de Frappe (PARECO-FF), la Coopérative des artisanaux miniers du Congo (CDMC) et deux sociétés chinoises basées à Hong Kong, East Rise et Star Dragon, tous accusés d’exploitation illégale et de contrebande de minerais dans la zone minière de Rubaya, située dans le territoire de Masisi, au Nord Kivu. Les minerais de l’est de la RDC passent souvent en contrebande par le Rwanda et ils sont ensuite envoyés vers les grands pays de raffinage et de transformation, comme la Chine.
Les avoirs et les intérêts de ces entités se trouvant sur le territoire américain ou détenus par une personne vivant aux États-Unis, ou encore qui y est en transit, sont automatiquement bloqués. Tout Américain est interdit d’opérer des transactions avec ces entités sanctionnées.
Selon le Département du Trésor américain, entre 2022 et 2024, «le PARECO-FF a généré des revenus en supervisant les opérations d’extraction minières, en collectant des taxes illégales auprès des mineurs et en participant à la contrebande de minerais via le Rwanda. Dans les zones minières sous son contrôle, le PARECO-FF a également imposé du travail forcé et exécuté des civils».
En ce qui concerne la CDMC, une entreprise minière congolaise qui opérait sur la plus grande concession minière de Rubaya, il lui est particulièrement reproché d’avoir été le bras commercial du groupe armé des PARECO-FF, en lui facilitant l’exportation des minerais vers la Chine.
Selon le communiqué de OFAC, «les opérations minières de PARECO-FF, le système de taxation illégale et les activités de contrebande à Rubaya ont été facilités par la CDMC qui, à son tour, vendait des minerais issus des zones sous contrôle de Pareco-FF à à deux entreprises d’exportation basées à Hong Kong, East Rise Corporation Limited et Star Dragon Corporation Limited».
Les deux sociétés chinoises sont également sanctionnées pour avoir soutenu financièrement les activités de la CDMC. Selon le Trésor américain, «East Rise et Star Dragon sont désignées pour avoir matériellement assisté, parrainé ou fourni un soutien financier, matériel, logistique ou technologique à la CDMC». Ces sanctions interviennent alors que Washington discute avec Kinshasa et Kigali d’un accès sécurisé aux minerais de la région. Selon des élus américains, certaines entreprises des États-Unis, dont une liée à un proche de Donald Trump, s’y intéressent déjà. «Le département du Trésor n’hésitera pas à agir contre les groupes armés qui empêchent les États-Unis et leurs alliés d’accéder aux minerais essentiels à leur défense nationale», a déclaré John Hurley, sous-secrétaire au Trésor chargé de la lutte contre le terrorisme et du renseignement financier. C’est dans ce cadre, que, selon le communiqué de l’OFAC, «les États-Unis s’attachent à trouver une solution au conflit dans l’est de la RDC, comme en témoigne leur succès dans la facilitation de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda , signé le 27 juin 2025. Les États-Unis continuent de soutenir les efforts de la RDC et du Rwanda pour adopter un cadre d’intégration économique régionale qui puisse favoriser le commerce, améliorer la transparence dans les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques et ouvrir la voie à des investissements responsables et légaux dans la région».
Concernant la mine de Rubaya, il convient de noter que, depuis avril 2024, elle est sous le contrôle de la coalition AFC/M23, appuyée par les troupes rwandaises. Il serait donc souhaitable que l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Département du Trésor américain lance une nouvelle enquête, en vue d’imposer de nouvelles sanctions contre la coalition AFC/M23, les troupes rwandaises qui la soutiennent, les entités impliquées dans la contrebande de minerais de Rubaya vers le Rwanda, et les sociétés minières impliquées dans la transformation et l’exportation de ces minerais.[16]
[1] Cf Hubert Leclercq – Lalibre.be / Afrique, 08.08.’25
[2] Cf Christophe Rigaud – Afrikarabia.com, 11.08.’25
[3] Cf Isaac Kisatiro – 7sur7.cd, 08.08.’25
[4] Cf RFI,fr, 18.08.’25
[5] Cf Hubert Leclercq – Lalibre,be/afrique, 20.08.’25 https://afrique.lalibre.be/79755/rdc-le-draft-0-du-plan-de-paix-qatari-ne-satisfait-aucune-partie/
[6] Cf RFI.fr, 20.08’25
[7] Cf Patient Ligodi – RFI.fr, 22.08.’25
[8] Cf Radio Okapi, 22.08.’25
[9] Cf Radio Okapi, 09.08.’25; RFI.fr, 12.08.’25
[10] Cf Clément Muamba – Actuaité.cd, 20.08.’25; Samyr Lukombo – Actualité.cd, 27.08.’25
[11] Cf Clément Muamba – Actuaité.cd, 23.08.’25
[12] Cf Radio Okapi, 12.08.’25; RFI.fr, 12.08.’25; Gloire Balolage – Opinion Info / MCP , via mediacongo.net, 12.08.’25
[13] Cf RFI.fr, 08.08.’25
[14] Cf Radio Okapi, 09.08.’25
[15] Cf Radio Okapi, 12.08.’25; RFI.fr, 12.08.’25; Gloire Balolage – Opinion Info / MCP , via mediacongo.net, 12.08.’25
[16] Cf 7sur7.cd, 13.08.’25; RFI.fr, 13.08.’25 ;