{"id":3974,"date":"2020-08-12T11:09:07","date_gmt":"2020-08-12T09:09:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/?p=3974"},"modified":"2020-08-12T11:09:07","modified_gmt":"2020-08-12T09:09:07","slug":"congo-actualite-n-414","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/2020\/08\/congo-actualite-n-414\/","title":{"rendered":"Congo Actualit\u00e9 n. 414"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: justify;\">RD CONGO: EN FINIR AVEC LA VIOLENCE CYCLIQUE EN ITURI<\/h1>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><em>International Crisis Group (ICG)<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Rapport Afrique N\u00b0 292 <\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>15 juillet 2020<\/em><\/strong><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">SOMMAIRE<\/h1>\n<p>+ PRINCIPALES CONCLUSIONS<br \/>\n+ SYNTH\u00c8SE<br \/>\n1. INTRODUCTION<br \/>\n2. L\u2019ITURI: POLITIQUE D\u2019UNE PROVINCE TOURMENT\u00c9E<br \/>\n3. DES ATTAQUES DE PLUS EN PLUS AMBITIEUSES<br \/>\na. Tensions intercommunautaires face \u00e0 la mobilisation des milices lendu<br \/>\nb. L\u2019arm\u00e9e cibl\u00e9e par les milices lendu, une riposte non concluante<br \/>\n4. LES ACTEURS: ENTRE ANTAGONISMES LOCAUX ET INTRUSIONS EXT\u00c9RIEURES<br \/>\na. La Codeco<br \/>\nb. Les notables hema<br \/>\nc. Un lien inextricable avec le Nord-Kivu<br \/>\nd. R\u00e9seaux rebelles bas\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur<br \/>\n5. BRISER L\u2019ENGRENAGE DE LA VIOLENCE<br \/>\na. N\u00e9gociations pour le d\u00e9sarmement<br \/>\nb. R\u00e9int\u00e9gration dans la vie civile<br \/>\nc. Dialogues aux niveaux local et provincial<br \/>\nd. Un r\u00f4le constructif pour les pays frontaliers<br \/>\n6. CONCLUSION<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">+ PRINCIPALES CONCLUSIONS<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Que se passe-t-il? Depuis fin 2017, des groupes arm\u00e9s, majoritairement lendu, communaut\u00e9 ethnique d\u2019agriculteurs, commettent des attaques meurtri\u00e8res dans la province de l\u2019Ituri en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC). Les cibles, au d\u00e9part membres de la communaut\u00e9 hema, leurs voisins \u00e9leveurs, et des forces arm\u00e9es, successivement, sont de plus en plus indiff\u00e9renci\u00e9es.<br \/>\n&#8211; En quoi est-ce significatif? L\u2019escalade de la violence a raviv\u00e9 les rivalit\u00e9s historiques entre les Hema et les Lendu, communaut\u00e9s qui se sont d\u00e9j\u00e0 affront\u00e9es au cours de la guerre de 1999-2003, et aussi les interf\u00e9rences avec la province voisine du Nord-Kivu, voire avec les pays frontaliers.<br \/>\n&#8211; Comment agir? Kinshasa devrait privil\u00e9gier une strat\u00e9gie visant \u00e0 n\u00e9gocier la reddition des milices lendu dans le cadre d\u2019un dialogue \u00e9largi entre les Hema, les Lendu et d\u2019autres communaut\u00e9s. Le forum quadripartite r\u00e9unissant la RDC et ses voisins Angolais, Ougandais et Rwandais devrait se pencher sur les aspects r\u00e9gionaux de la crise.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">+ SYNTH\u00c8SE<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis d\u00e9cembre 2017, des violences dans la province de l\u2019Ituri, dans le Nord-Est de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC), ont fait pr\u00e8s de 1.000 morts et un demi-million de d\u00e9plac\u00e9s. Initialement localis\u00e9es dans le territoire de Djugu, les attaques, de faible port\u00e9e, ont d\u2019abord oppos\u00e9 les deux principales communaut\u00e9s de l\u2019Ituri, les Hema et les Lendu. Par la suite, les milices lendu ont cibl\u00e9 les Hema, puis l\u2019arm\u00e9e nationale, avant de s\u2019en prendre aux territoires voisins. Des acteurs externes, y compris de la province du Nord-Kivu et des pays avoisinants, sont \u00e9galement impliqu\u00e9s dans ce conflit. Afin d\u2019enrayer une escalade dangereuse, le gouvernement congolais devrait privil\u00e9gier une strat\u00e9gie visant \u00e0 n\u00e9gocier la reddition des milices lendu, tout en soutenant un dialogue plus vaste entre les Hema, les Lendu, et d\u2019autres communaut\u00e9s de l\u2019Ituri. Le pr\u00e9sident F\u00e9lix Tshisekedi devrait simultan\u00e9ment travailler avec les pays voisins pour qu\u2019ils cessent tout appui aux assaillants de la r\u00e9gion.<br \/>\nLa crise actuelle se distingue du conflit de 1999-2003 en Ituri, au cours duquel les communaut\u00e9s hema et lendu avaient particip\u00e9 \u00e0 des massacres de grande ampleur, par milices interpos\u00e9es. Contrairement au conflit pr\u00e9c\u00e9dent, bien que les assaillants soient recrut\u00e9s essentiellement dans la communaut\u00e9 lendu et r\u00e9unis, pour la plupart, au sein d\u2019une association de milices, la Coop\u00e9rative pour le d\u00e9veloppement du Congo (Codeco), les notables lendu n\u2019assument pas la paternit\u00e9 de ces milices. Cependant, la r\u00e9ponse militaire du gouvernement a montr\u00e9 ses limites et le sc\u00e9nario d\u2019une escalade intercommunautaire plus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e ne peut \u00eatre \u00e9cart\u00e9. Les milices lendu continuent de se renforcer. Les Hema n\u2019ont, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, pas organis\u00e9 de repr\u00e9sailles syst\u00e9matiques, mais n\u2019excluent pas de mobiliser leurs jeunes si les attaques se poursuivent. L\u2019organisation de jeunes hema en groupes d\u2019autod\u00e9fense qui \u00e9rigent des barrages sur les routes de l\u2019Ituri devrait alerter sur le risque d\u2019une plus forte communautarisation du conflit.<br \/>\nLe conflit en Ituri pourrait avoir de multiples r\u00e9percussions. Les violences qui ont frapp\u00e9 la province ont d\u00e9j\u00e0 attir\u00e9 certains acteurs violents du Nord-Kivu voisin, \u00e9picentre de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans l\u2019Est du Congo. Les membres d\u2019anciens mouvements rebelles, y compris quelques cohortes du M23, bas\u00e9s en grande partie en Ouganda, auraient \u00e9galement cherch\u00e9 \u00e0 profiter des tensions ethniques en Ituri et au Nord-Kivu pour se m\u00ealer au conflit. Cette dynamique exacerbe en outre les tensions entre l\u2019Ouganda et le Rwanda, qui ont tous deux jou\u00e9 un r\u00f4le important dans la guerre de<br \/>\nl\u2019Ituri de 1999-2003 et s\u2019accusent aujourd\u2019hui mutuellement de soutenir les groupes arm\u00e9s dans l\u2019Est du Congo.<br \/>\nLes recommandations suivantes pourraient contribuer \u00e0 briser le cycle de la violence dans la province de l\u2019Ituri, et \u00e0 pr\u00e9venir les ing\u00e9rences ext\u00e9rieures:<br \/>\n\uf071 Le gouvernement devrait renouer le dialogue avec les milices qui ont d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9 leur volont\u00e9 de se rendre. Il devrait aussi poursuivre le dialogue avec les autres milices impliqu\u00e9es dans les violences en Ituri, dans le but de les d\u00e9sarmer. Afin de parvenir \u00e0 un consensus large sur les modalit\u00e9s de d\u00e9sarmement (y compris sur la question de l\u2019amnistie), le gouvernement devrait \u00e9galement appuyer les efforts du caucus des d\u00e9put\u00e9s de l\u2019Ituri \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale.<br \/>\n\uf071 Kinshasa devrait privil\u00e9gier la r\u00e9int\u00e9gration des miliciens dans la vie civile, notamment \u00e0 travers la mise en place de structures d\u2019encadrement et de formation visant \u00e0 leur offrir des alternatives \u00e9conomiques.<br \/>\n\uf071 Les autorit\u00e9s provinciales et nationales devraient encourager un dialogue entre les Hema et les Lendu, en impliquant les chefs coutumiers et les notables, afin de discuter des dynamiques locales \u2013 telles que la question fonci\u00e8re \u2013 qui engendrent la violence, et des mesures requises pour mieux g\u00e9rer la s\u00e9curit\u00e9 sur le terrain. Par la suite, le gouvernement central devrait organiser un dialogue inclusif interiturien, comprenant aussi les communaut\u00e9s de la province qui ne sont pas directement engag\u00e9es dans la crise actuelle, pour s\u2019assurer que ces mesures r\u00e9pondent aux attentes g\u00e9n\u00e9rales de la population.<br \/>\n\uf071 Afin de contribuer au d\u00e9veloppement et \u00e0 la s\u00e9curisation des communaut\u00e9s de l\u2019Ituri, Kinshasa devrait mettre en place un fonds sp\u00e9cial pour la r\u00e9gion et mobiliser autant que possible ses partenaires bilat\u00e9raux traditionnels, ainsi que la Banque mondiale, pour l\u2019alimenter.<br \/>\n\uf071 Le pr\u00e9sident congolais devrait mettre le conflit de l\u2019Ituri \u00e0 l\u2019ordre du jour du nouveau forum quadripartite r\u00e9unissant l\u2019Angola, l\u2019Ouganda, la RDC et le Rwanda.<br \/>\nL\u2019Ouganda et le Rwanda pourraient se servir de ce forum pour discuter de leurs accusations r\u00e9ciproques de soutien aux groupes arm\u00e9s dans l\u2019Est du Congo, y compris en Ituri, et s\u2019engager \u00e0 mettre un terme \u00e0 ce soutien.<br \/>\nTant que ces \u00e9tapes ne seront pas r\u00e9alis\u00e9es, on risque de d\u00e9boucher sur une crise plus large dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Une r\u00e9solution durable de la crise en Ituri contribuerait \u00e0 la fois \u00e0 rompre le cycle de la violence dans l\u2019Est de la RDC et \u00e0 att\u00e9nuer les tensions dans la r\u00e9gion des Grands Lacs.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">1. INTRODUCTION<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Ituri, \u00e0 l\u2019extr\u00eame nord-est, les violences ont resurgi, quatorze ans apr\u00e8s la guerre interethnique qui a fait des milliers de victimes entre 1999 et 2003. Au d\u00e9but, elles \u00e9taient circonscrites au territoire de Djugu et r\u00e9duites \u00e0 des attaques de faible port\u00e9e entre des Hema et des Lendu, les deux grandes communaut\u00e9s de la province. Mais en 2017 on\u00a0 a assist\u00e9 \u00e0 l\u2019intensification des attaques des miliciens majoritairement issus de la communaut\u00e9 lendu contre les membres d\u2019autres communaut\u00e9s et contre l\u2019arm\u00e9e nationale. Le conflit en Ituri a mis en \u00e9vidence des liens de plus en plus \u00e9troits avec les conflits du Nord-Kivu, la province voisine, marqu\u00e9e par de nombreuses guerres ayant impliqu\u00e9 les pays frontaliers par le pass\u00e9. Lors de la deuxi\u00e8me guerre du Congo de 1998-2002, le conflit en Ituri a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019aggravation des relations entre l\u2019Ouganda et le Rwanda, pays qui sont intervenus militairement et ont soutenu des factions arm\u00e9es en RDC, y compris en Ituri, et qui s\u2019accusent mutuellement aujourd\u2019hui de d\u00e9stabiliser l\u2019Est du Congo ainsi que l\u2019ensemble de la r\u00e9gion. Ce rapport pr\u00e9sente une chronologie des \u00e9v\u00e9nements qui ont conduit \u00e0 cette r\u00e9cente recrudescence de la violence, analyse le caract\u00e8re cyclique du conflit et ses causes sous-jacentes, et identifie ses principaux acteurs afin de comprendre pourquoi il perdure. Il formule, enfin, des recommandations pour briser le cycle de la violence.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">2. L\u2019ITURI: POLITIQUE D\u2019UNE PROVINCE TOURMENT\u00c9E<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis plusieurs si\u00e8cles, les Hema et les Lendu, deux principales communaut\u00e9s de l\u2019Ituri, se disputent l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre et au pouvoir local. Dans cette province tr\u00e8s rurale, la terre constitue une ressource essentielle; les Lendu sont majoritairement des agriculteurs et les Hema des \u00e9leveurs.<br \/>\n\u00c0 l\u2019\u00e9poque de la colonisation belge, les autorit\u00e9s ont contribu\u00e9 \u00e0 la hi\u00e9rarchisation des Hema, dont le chef disposait de pouvoirs importants, ce qui leur a permis d\u2019asseoir leur domination sur les Lendu. Les colons ont \u00e9galement men\u00e9 une politique d\u2019\u00e9ducation discriminatoire en faveur des Hema, qui ont acquis de plus en plus d\u2019avantages, notamment en mati\u00e8re d\u2019acc\u00e8s aux postes au sein de l\u2019administration, de l\u2019Eglise catholique et des structures commerciales.<br \/>\nApr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, l\u2019\u00e9lite hema a continu\u00e9 \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de la politique de \u00abza\u00efrianisation\u00bb (nationalisation des moyens de production d\u00e9tenus par les \u00e9trangers \u00e0 partir de 1973) sous l\u2019ancien pr\u00e9sident Joseph-D\u00e9sir\u00e9 Mobutu (1965-1997), qui a permis aux \u00e9lites hema d\u2019acqu\u00e9rir de nombreuses terres.<br \/>\nLes autorit\u00e9s de Kinshasa, les \u00e9lites politiques et militaires d\u2019autres provinces congolaises et les Pays voisins de la RDC ont \u00e9galement pris part, \u00e0 des degr\u00e9s divers, aux conflits qui ont frapp\u00e9 l\u2019Ituri. Les r\u00e9gimes de Laurent Kabila (1997-2001) et de son fils Joseph (2001-2019) ont tent\u00e9 de ramener cette r\u00e9gion strat\u00e9gique et riche en min\u00e9raux dans le giron de la R\u00e9publique, parfois en instrumentalisant les oppositions interethniques locales.<br \/>\nCe fut le cas au tournant des ann\u00e9es 2000, lorsque des \u00e9lites congolaises ont exploit\u00e9 les tensions entre Hema et Lendu, mobilisant populations et milices pour promouvoir leurs int\u00e9r\u00eats politiques ou \u00e9conomiques. L\u2019implication d\u2019Etats voisins a encore aggrav\u00e9 le conflit, qui est devenu une guerre par procuration entre la RDC, le Rwanda et l\u2019Ouganda lors de la deuxi\u00e8me guerre du Congo.<br \/>\nEntre 1999 et 2003, des affrontements meurtriers ont oppos\u00e9 les deux communaut\u00e9s dans la province de l\u2019Ituri. Les tensions se cristallisent autour de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre, aux ressources naturelles et au pouvoir politique local. Les hostilit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 exacerb\u00e9es par l\u2019intrusion d\u2019acteurs ext\u00e9rieurs, de Kinshasa ou de pays voisins, tels que le Rwanda et l\u2019Ouganda, qui ont soutenu des milices oppos\u00e9es. En mai 2003, alors qu\u2019un gouvernement de transition entre en fonction en RDC, le Conseil de S\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU autorise l\u2019Union Europ\u00e9enne \u00e0 mener en Ituri l\u2019op\u00e9ration militaire Art\u00e9mis, qui mettra fin aux combats et parviendra \u00e0 soustraire la capitale provinciale, Bunia, au contr\u00f4le des milices, qui s\u2019\u00e9taient r\u00e9parti les principaux quartiers de la ville.<br \/>\nApr\u00e8s la guerre, le gouvernement de Kinshasa a r\u00e9ussi \u00e0 mettre en place une paix fragile. Les hostilit\u00e9s ont cess\u00e9 et les autorit\u00e9s nationales ont \u00e9tabli un syst\u00e8me de partage du pouvoir visant \u00e0 assurer la coh\u00e9sion intercommunautaire, nommant des ressortissants des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s aux postes de l\u2019administration int\u00e9rimaire de l\u2019Ituri \u2013 syst\u00e8me qui persiste m\u00eame apr\u00e8s les \u00e9lections de 2006.<br \/>\nEntre 2003 et 2006, un r\u00e9gime d\u2019administration sp\u00e9ciale est instaur\u00e9 en Ituri. Cependant, les milices n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9es pour autant, et certaines ont gard\u00e9 leurs armes. Et, bien que Kinshasa ait \u00e9tendu son autorit\u00e9 sur l\u2019Ituri, les probl\u00e8mes \u00e0 l\u2019origine de la guerre &#8211; les conflits fonciers et les rivalit\u00e9s autour du contr\u00f4le des ressources naturelles &#8211; n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9solus durablement.<br \/>\nApr\u00e8s le passage de l\u2019Ituri du statut de district \u00e0 celui de province en 2015, Kinshasa nomme Jefferson Abdallah Pene Mbaka, un Lendu, commissaire sp\u00e9cial ayant les attributions de gouverneur de province. Il est \u00e9paul\u00e9 par deux adjoints ainsi que par d\u2019autres responsables de l\u2019administration, suivant la m\u00eame logique de partage de pouvoir intercommunautaire.<br \/>\nLors de l\u2019\u00e9lection des gouverneurs en mars 2016, Pene Mbaka est confirm\u00e9 au poste de gouverneur de l\u2019Ituri, avec comme vice-gouverneur Pacifique Keta Upar, membre de la communaut\u00e9 Alur, majoritaire dans le territoire de Mahagi, et des Hema \u00e0 la t\u00eate de certains minist\u00e8res provinciaux importants.<br \/>\nLa soudaine flamb\u00e9e de violence, men\u00e9e pour la plupart par les milices lendu contre les Hema \u00e0 partir de d\u00e9cembre 2017, marque une nouvelle p\u00e9riode de forte instabilit\u00e9 politique dans la province. Entretemps, plusieurs centaines de personnes ont perdu la vie. Sous la pression de la soci\u00e9t\u00e9 civile qui d\u00e9nonce son incapacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer la situation s\u00e9curitaire, le gouvernement de Kinshasa limoge Pene Mbaka en d\u00e9cembre 2018. Le vice-gouverneur Keta Upar exerce l\u2019int\u00e9rim jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9lection des nouvelles autorit\u00e9s provinciales en avril 2019, quand Jean Bamanisa, un Hema, candidat ind\u00e9pendant, est \u00e9lu gouverneur et Chalo Dudu, un Lendu, vice-gouverneur.<br \/>\nL\u2019alternance \u00e0 la t\u00eate de l\u2019ex\u00e9cutif provincial ne met pas fin aux violences. Jean Bamanisa, accus\u00e9 de mauvaise gestion, est destitu\u00e9 en novembre 2019 \u00e0 la suite d\u2019une motion de d\u00e9fiance des d\u00e9put\u00e9s provinciaux. Cependant, la communaut\u00e9 Hema a condamn\u00e9 cette motion, provoquant une crise politique grave entre assembl\u00e9e provinciale et gouvernement, qui paralyse \u00e9galement le processus de dialogue initi\u00e9 par Bamanisa avec les miliciens et entre communaut\u00e9s ethniques. Bamanisa est r\u00e9habilit\u00e9 par la justice et rentre en Ituri le 28 f\u00e9vrier 2020. Pendant son absence de trois mois, les violences se sont accrues.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">3. DES ATTAQUES DE PLUS EN PLUS AMBITIEUSES<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s quatorze ann\u00e9es de paix relative en Ituri, de graves violences \u00e9clatent en d\u00e9cembre 2017 dans le territoire de Djugu, avant de s\u2019\u00e9tendre aux autres territoires de la province.<br \/>\nContrairement \u00e0 la guerre de 1999-2003, o\u00f9 les affrontements entre les Hema et les Lendu par milices interpos\u00e9es \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, ces derni\u00e8res violences impliquent en grande partie des milices sp\u00e9cifiques constitu\u00e9es de jeunes lendu, mais qui ne sont pas n\u00e9cessairement soutenues par la majorit\u00e9 de leur communaut\u00e9. Au d\u00e9but de cette nouvelle vague de violence, les assaillants lendu ciblaient des membres de la communaut\u00e9 hema dans le territoire de Djugu. Par la suite, les attaques se sont \u00e9tendues \u00e0 d\u2019autres parties de la province, ciblant les militaires ainsi que d\u2019autres communaut\u00e9s, dont les Alur dans le territoire de Mahagi, au nord de Djugu.<br \/>\nCertains jeunes hema ont \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9s dans des attaques ou repr\u00e9sailles \u00e0 petite \u00e9chelle, mais les Hema n\u2019ont pas pour l\u2019instant mobilis\u00e9 de milices comme lors des affrontements de 1999-2003.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">a. Tensions intercommunautaires face \u00e0 la mobilisation des milices lendu<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la province de l\u2019Ituri, les affrontements ponctuels entre les Hema et les Lendu au niveau local se sont transform\u00e9s en attaques syst\u00e9matiques des miliciens lendu contre les Hema, principalement dans le territoire de Djugu et dans le Nord de la province.<br \/>\nLa mort du p\u00e8re Florent Dhunji, pr\u00eatre lendu, pendant un s\u00e9jour au presbyt\u00e8re des abb\u00e9s Bahema de Drodro, le 5 juin 2017, est l\u2019\u00e9tincelle qui met le feu aux poudres. L\u2019Eglise catholique reste vague sur les circonstances de sa mort, laissant libre cours \u00e0 toutes sortes de rumeurs. Plus tard, certains Lendu ont accus\u00e9 les Hema d\u2019avoir \u00e9labor\u00e9 un plan d\u2019extermination de leurs chefs, dont le pr\u00eatre serait la premi\u00e8re victime. Ceci favorise l\u2019\u00e9mergence d\u2019un discours de haine, alors que le souvenir du conflit de 1999-2003 reste vif au sein des deux communaut\u00e9s.<br \/>\nApr\u00e8s plusieurs mois marqu\u00e9s par un faible niveau de violence, une altercation le 17 d\u00e9cembre 2017 entre un militaire et un jeune lendu au poste militaire d\u2019Uzi, pr\u00e8s de Ladedjo, dans le territoire de Djugu, ravive les tensions. Des jeunes hema poursuivent le jeune homme lendu et le rouent de coups. Le lendemain, des jeunes lendu ripostent, en blessant \u00e0 la machette trois femmes hema, dans un champ situ\u00e9 \u00e0 Ladedjo, en territoire lendu. En guise de repr\u00e9sailles, des jeunes hema attaquent le village de Tete, mettant le feu \u00e0 plusieurs dizaines de maisons.<br \/>\nUne nouvelle s\u00e9rie d\u2019attaques a lieu en f\u00e9vrier 2018 sur le territoire de Djugu, ciblant en premier lieu la chefferie de Bahema-Nord, majoritairement hema. Le 10 f\u00e9vrier 2018, des assaillants tuent au moins neuf personnes dans des villages hema de Bahema-Nord. Le m\u00eame jour, des individus arm\u00e9s tuent aussi cinq Hema et incendient des maisons dans le Bahema-Bajere. La violence atteint son paroxysme mi-f\u00e9vrier, \u00e0 Rule, lorsque 60 membres de la communaut\u00e9 hema meurent dans l\u2019incendie criminel de leur village. L\u2019identit\u00e9 des assaillants n\u2019est pas clairement \u00e9tablie mais plusieurs t\u00e9moignages convergent vers une milice qui se serait form\u00e9e dans deux chefferies principalement lendu, Walendu-Pitsi et Walendu-Djatsi, dans le territoire de Djugu.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">b. L\u2019arm\u00e9e cibl\u00e9e par les milices lendu, une riposte non concluante<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">A partir de f\u00e9vrier 2018, les milices lendu prennent pour cible des positions des forces arm\u00e9es. Ces attaques servent un double int\u00e9r\u00eat pour les miliciens. Elles leur permettent, d\u2019une part, de pousser les militaires hors de leurs positions et, d\u2019autre part, de se procurer armes et munitions.<br \/>\nAlors qu\u2019entre septembre 2018 et avril 2019 les violences, bien que continues, \u00e9taient d\u2019intensit\u00e9 relativement faible, \u00e0 partir de mai-juin 2019, les miliciens lendu m\u00e8nent des attaques de plus grande envergure.<br \/>\nLe 10 juin 2019, des \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sum\u00e9s hema tuent quatre commer\u00e7ants lendu sur la route du village de Bembu-Nizi, zone majoritairement hema. Les Lendu d\u00e9clenchent aussit\u00f4t des repr\u00e9sailles contre des villages hema des environs. Ils les incendient syst\u00e9matiquement et tuent leurs<br \/>\nhabitants. Fin juin, plusieurs sources font \u00e9tat de 160 morts. Au moins 360.000 personnes ont d\u00fb fuir, pour trouver refuge dans d\u2019autres zones du territoire \u00a0de Djugu, ou dans les territoires voisins de Mahagi, Aru et Irumu, ainsi que dans la capitale provinciale, Bunia.<br \/>\nEn r\u00e9ponse \u00e0 ces attaques, en juin 2019, l\u2019arm\u00e9e lance l\u2019op\u00e9ration Zaruba ya Ituri (\u00abTemp\u00eate de l\u2019Ituri\u00bb, en swahili). Ces op\u00e9rations militaires ont raviv\u00e9 les tensions entre Hema et Lendu. Ces derniers per\u00e7oivent n\u00e9gativement les militaires, qu\u2019ils consid\u00e8rent comme les alli\u00e9s naturels des Hema.<br \/>\nDurant cette m\u00eame p\u00e9riode, les attaques s\u2019\u00e9tendent au-del\u00e0 du territoire de Djugu, touchant une vaste zone g\u00e9ographique comprenant notamment les territoires de Mahagi et d\u2019Irumu, voisins de Djugu, et ciblent aussi la communaut\u00e9 alur.<br \/>\nLe 16 juillet 2019, des miliciens pr\u00e9sum\u00e9s lendu tuent huit Alur dans le groupement de Babulaba, en territoire d\u2019Irumu (au sud de Djugu), \u00e0 environ quinze kilom\u00e8tres au nord de la ville de Bunia. Le 17 juillet, ils tuent deux autres membres de cette communaut\u00e9. Le m\u00eame jour, ils font cinq autres victimes dans le village de Soloya, dans le m\u00eame groupement. En septembre 2019, en l\u2019espace de deux semaines, les miliciens tuent par balle ou d\u00e9capitent des dizaines des personnes dans les territoires de Djugu et de Mahagi (au nord de Djugu) au cours de six attaques diff\u00e9rentes.<br \/>\nFin d\u00e9cembre 2019, on d\u00e9nombre au moins 700 personnes tu\u00e9es et des milliers de maisons incendi\u00e9es. En janvier 2020, suite \u00e0 une escalade de violences dans la province voisine du Nord-Kivu, l\u2019arm\u00e9e d\u00e9garnit ses positions en Ituri, laissant la voie libre aux miliciens lendu qui reprennent le contr\u00f4le de 22 villages dans les chefferies de Bahema-Bajere et Bahema-Nord, dans le territoire de Djugu. Ils r\u00e9cup\u00e8rent \u00e9galement deux groupements de la chefferie de Mokambo, dans le territoire de Mahagi, et la totalit\u00e9 de Walendu-Pitsi, en Djugu.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">4. LES ACTEURS: ENTRE ANTAGONISMES LOCAUX ET INTRUSIONS EXT\u00c9RIEURES<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l\u2019essentiel, les violences qui se sont propag\u00e9es depuis le territoire de Djugu sont attribuables \u00e0 des miliciens lendu, dont certains avaient \u00e9volu\u00e9 au sein du Front des Nationalistes Int\u00e9grationnistes (FNI). Le FNI est lui-m\u00eame un ancien groupe arm\u00e9 lendu install\u00e9 sur le m\u00eame territoire, alli\u00e9 \u00e0 la Force de R\u00e9sistance Patriotique de l\u2019Ituri (FRPI), groupe arm\u00e9 lendu bas\u00e9 en Irumu, qui a pris part \u00e0 la guerre de l\u2019Ituri de 1999-2003.<br \/>\nInitialement, les attaques n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 revendiqu\u00e9es, mais par la suite, une association de milices appel\u00e9e \u00abCodeco\u00bb en a assum\u00e9 la responsabilit\u00e9. Il est ensuite apparu que plusieurs petits groupes d\u2019assaillants \u00e9taient \u00e0 l\u2019\u0153uvre et ne d\u00e9pendaient pas d\u2019un commandement univoque. Certaines de ces diff\u00e9rentes milices \u00e9parpill\u00e9es en Ituri disent faire partie d\u2019un groupe diff\u00e9rent, l\u2019Union des R\u00e9volutionnaires pour la D\u00e9fense du Peuple Congolais (URPDC). Mais les autorit\u00e9s civiles et militaires ainsi que l\u2019opinion publique reconnaissent qu\u2019il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence fondamentale entre la Codeco et l\u2019URPDC et consid\u00e8rent l\u2019URPDC comme un prolongement de la Codeco.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">a. La Codeco<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but du nouveau conflit en Ituri, l\u2019identit\u00e9 des assaillants \u00e9tait difficile \u00e0 d\u00e9finir, m\u00eame si tous les faisceaux convergeaient vers un groupe de jeunes, essentiellement lendu, bas\u00e9 dans le secteur de Walendu-Pitsi. Cependant, les autorit\u00e9s les ont par la suite identifi\u00e9s comme faisant partie d\u2019une association de milices, la Codeco.<br \/>\nLe 12 juin 2019, soit un an et demi apr\u00e8s le d\u00e9but des violences, les forces arm\u00e9es congolaises annoncent avoir identifi\u00e9 le chef de cette association, un certain Ngudjolo. Selon plusieurs t\u00e9moignages, la Codeco aurait contribu\u00e9 \u00e0 mobiliser des jeunes lendu \u00e0 travers son discours de haine anti-Hema. De m\u00eame, son sanctuaire de la for\u00eat de Wago aurait servi de centre de formation pour les assaillants impliqu\u00e9s dans les attaques. Le gouverneur Bamanisa a lui-m\u00eame d\u00e9sign\u00e9 les milices comme lendu: \u00abLes auteurs de ces violences sont identifi\u00e9s. Il s\u2019agit de milices lendu install\u00e9es dans la for\u00eat de Wago et dirig\u00e9es par un certain Justin Ngudjolo\u00bb. En juin 2019, Ngudjolo lui-m\u00eame d\u00e9clare sur une radio locale \u00eatre le chef du \u00abgroupe arm\u00e9 de la for\u00eat de Wago\u00bb, compos\u00e9 de 2.350 hommes organis\u00e9s, arm\u00e9s et entra\u00een\u00e9s pour d\u00e9fendre la population lendu contre la communaut\u00e9 hema.<br \/>\nLes liens entre la Codeco et les milices responsables des violences perp\u00e9tr\u00e9es pendant la guerre de l\u2019Ituri de 1999-2003 apparaissent plus clairement.<br \/>\nLa Codeco, une organisation fond\u00e9e dans les ann\u00e9es 1970 par feu Bernard Kakado, avait comme objectif initial de promouvoir l\u2019agriculture dans la chefferie de Walendu-Bindi, dans le territoire d\u2019Irumu. Pendant la guerre de 1999-2003, Kakado organise une op\u00e9ration d\u2019autod\u00e9fense de la communaut\u00e9 lendu, et se rallie ensuite \u00e0 la Force de R\u00e9sistance Patriotique de l\u2019Ituri (FRPI), alors que la Codeco, en tant que coop\u00e9rative agricole, dispara\u00eet.<br \/>\n\u00c0 la fin de la guerre, les diff\u00e9rentes milices ethniques ne se sont pas compl\u00e8tement dissoutes; certaines, comme le Front des Nationalistes Int\u00e9grationnistes (FNI) et la Force de R\u00e9sistance Patriotique de l\u2019Ituri (FRPI), continuent leurs activit\u00e9s et dissimulent leurs armes au sein des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s. Lorsque les attaques des milices commencent en 2017, les civils lendu de Djugu attribuent la violence \u00e0 \u00abla Codeco\u00bb, sugg\u00e9rant un lien avec Kakado et le FRPI. Mais, selon les forces de s\u00e9curit\u00e9, certains des assaillants lendu qui tombent sous l\u2019autorit\u00e9 de Ngudjolo et qui utilisent la marque de Codeco, sont plut\u00f4t li\u00e9s au FNI.<br \/>\nBien que les miliciens portent des revendications sp\u00e9cifiques qui mobilisent la communaut\u00e9 lendu depuis des d\u00e9cennies, le soutien dont ils b\u00e9n\u00e9ficient au sein de cette communaut\u00e9 reste difficile \u00e0 d\u00e9terminer. Ces revendications s\u2019articulent autour de deux questions majeures: la r\u00e9appropriation des terres qui auraient \u00e9t\u00e9 spoli\u00e9es par les Hema, d\u2019une part, et le refus de voir des \u00e9trangers exploiter les ressources locales, de l\u2019autre. Cela dit, les notables lendu ne soutiennent pas les assaillants et d\u00e9noncent leur violence. Ils affirment que, loin d\u2019\u00eatre un mouvement local, les milices seraient le fruit de manipulations externes, notamment des politiciens congolais install\u00e9s \u00e0 Kinshasa et en Ouganda.<br \/>\nA partir de mars 2020, les milices lendu ont subi une s\u00e9rie de revers sur le terrain. L\u2019arm\u00e9e a, en effet, arr\u00eat\u00e9 certains de leurs cadres et d\u2019autres ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, y compris Justin Ngudjolo lui-m\u00eame, tomb\u00e9 le 27 mars \u00e0 Mokpa, dans le groupement de Buba, en territoire de Djugu.<br \/>\nCependant, en repr\u00e9sailles au meurtre de Ngudjolo par l\u2019arm\u00e9e, les milices lendu accentuent leurs attaques et reprennent le contr\u00f4le de plusieurs localit\u00e9s des territoires de Djugu, Mahagi et Irumu pendant le mois d\u2019avril. Le 10 avril, des miliciens tuent dix-sept personnes dans le village de Dhalla; le 13 avril, ils tuent 28 personnes au cours de deux attaques distinctes \u00e0 Ndoki-Koli et Dzathi, dans la chefferie de Bahema-Nord. Le m\u00eame jour, ils attaquent des postes de l\u2019arm\u00e9e et de la police dans la localit\u00e9 de Mwanga, \u00e0 10 kilom\u00e8tres de Bunia, tuant au moins cinq personnes, dont trois soldats gouvernementaux et deux policiers.<br \/>\nSuite \u00e0 la mort de Ngudjolo, l\u2019organisation de la Codeco est devenue moins claire et le degr\u00e9 d\u2019influence et de contr\u00f4le de ce groupe sur les autres milices lendu reste tr\u00e8s flou. Plusieurs factions se disputent le nouveau leadership de la Codeco, dont l\u2019Union des R\u00e9volutionnaires pour la D\u00e9fense du Peuple Congolais URPDC, mouvement politico-militaire cr\u00e9\u00e9 le 19 septembre 2018 avec comme objectif celui d\u2019unir toutes les milices ethniques actives dans la province, pas seulement les lendu.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">b. Les notables hema<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face aux attaques de plus en plus syst\u00e9matiques de la part des assaillants lendu, les notables hema choisissent la retenue. Ils tentent de dissuader les jeunes de s\u2019organiser en milices et de contre-attaquer, mais ne sont pas toujours en mesure d\u2019\u00e9viter des incidents mineurs, tels que les barrages que des jeunes hema ont \u00e9rig\u00e9 sur les routes de l\u2019Ituri, pour filtrer les mouvements des Lendu.<br \/>\nLe retour en RDC de Yves Panga Mandro Kahwa le 20 juin 2019, apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019exil en Ouganda, pourrait augurer d\u2019une menace plus s\u00e9rieuse. Ancien chef de la milice hema Parti pour l\u2019Unit\u00e9 et la Sauvegarde de l\u2019Int\u00e9grit\u00e9 du Congo (PUSIC), Kahwa est l\u2019un des seigneurs de guerre les plus meurtriers de la guerre de l\u2019Ituri. Pour le moment, il a repris son fauteuil de chef coutumier et s\u2019est engag\u00e9 dans un dialogue avec quelques chefs lendu. Mais si le conflit se prolonge, les membres de la soci\u00e9t\u00e9 civile \u00e0 Bunia craignent qu\u2019il puisse r\u00e9activer ses r\u00e9seaux locaux de seigneur de guerre et alimenter le conflit.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">c. Un lien inextricable avec le Nord-Kivu<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors de la deuxi\u00e8me guerre du Congo de 1998-2002, les mouvements politico-militaires partis du Nord-Kivu \u00e9tablissent des liens avec les milices locales en Ituri. Cette dynamique est continu\u00e9e apr\u00e8s la guerre et se poursuit jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, des groupes arm\u00e9s se sont d\u00e9plac\u00e9s entre le Nord-Kivu et l\u2019Ituri, renfor\u00e7ant les inqui\u00e9tudes des responsables congolais aux niveaux provincial et national quant aux interactions entre les conflits en cours dans les deux provinces.<br \/>\nCes d\u00e9placements continuent \u00e0 ce jour, par exemple avec l\u2019arriv\u00e9e, dans le territoire de Mambasa, en Ituri, de membres des Forces D\u00e9mocratiques Alli\u00e9es (ADF), un groupe arm\u00e9 d\u2019origine ougandaise et pr\u00e9sent dans le territoire de Beni (Nord Kivu). M\u00eame si Mambasa n\u2019est pas directement li\u00e9 aux conflits entre Hema et Lendu \u00e0 Djugu, les responsables congolais craignent que ces mouvements de groupes arm\u00e9s n\u2019annoncent le d\u00e9but d\u2019un embrasement plus large incluant le Nord-Kivu et l\u2019Ituri.<br \/>\nLes mouvements de groupes arm\u00e9s sont accompagn\u00e9s de d\u00e9placements massifs de populations du Nord-Kivu vers l\u2019Ituri, en particulier un exode important de migrants hutu (localement d\u00e9nomm\u00e9s \u00abBanyabwisha\u00bb) apr\u00e8s 2015. Ceci attise les tensions entre les Hema et les Lendu, lesquels s\u2019accusent mutuellement de collaborer avec eux. Selon un haut responsable gouvernemental congolais, les Banyabwisha seraient impliqu\u00e9s \u00e0 la fois en tant qu\u2019instructeurs militaires des miliciens lendu et aux c\u00f4t\u00e9s des Hema, qu\u2019ils aident \u00e0 prot\u00e9ger leurs troupeaux des miliciens.<br \/>\nEn f\u00e9vrier 2018, quelques Hutu auraient \u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9s par les autorit\u00e9s congolaises parmi les assaillants lendu, et un autre lynch\u00e9 \u00e0 Djugu par la population, qui l\u2019assimilait aux assaillants. Le 22 juin 2019, l\u2019\u00e9v\u00eaque catholique de Bunia \u00e9voque la pr\u00e9sence des Banyabwisha dans les territoires d\u2019Irumu et de Djugu ainsi que dans les environs de Bunia comme un facteur susceptible d\u2019attiser les violences en cours. Le 12 juillet 2019, le gouverneur fait \u00e9cho \u00e0 ces accusations.<br \/>\nLa migration des Hutu exacerbe \u00e9galement les tensions dans l\u2019ensemble de la r\u00e9gion et dans la province du Nord-Kivu. Certaines autorit\u00e9s locales soup\u00e7onnent des Banyabwisha d\u2019appartenir \u00e0 la milice Forces d\u00e9mocratiques de lib\u00e9ration du Rwanda (FDLR), qui est hostile au gouvernement et que Kigali accuse d\u2019\u00eatre soutenue par l\u2019Ouganda. La migration des Hutu et potentiellement des membres des FDLR du Nord-Kivu vers l\u2019Ituri est aussi un sujet de discorde avec l\u2019autre grande communaut\u00e9 du Nord-Kivu, les Nande, \u00e9tablis en grand nombre en Ituri, comme commer\u00e7ants et<br \/>\npropri\u00e9taires terriens. Les Nande accusent les migrants hutu d\u2019avoir particip\u00e9 aux massacres dans la zone de Beni dans le Nord-Kivu.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">d. R\u00e9seaux rebelles bas\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Rwanda et l\u2019Ouganda ont tous deux des liens historiques avec des groupes arm\u00e9s et des r\u00e9bellions en Ituri et au Nord-Kivu. Pour des raisons de proximit\u00e9 g\u00e9ographique, le Rwanda a eu plus d\u2019interactions avec le Nord-Kivu, qui borde le pays, tandis que l\u2019Ouganda a jou\u00e9 un plus grand r\u00f4le en Ituri et dans le Nord du Nord-Kivu.<br \/>\nPlusieurs acteurs congolais, actifs dans les pr\u00e9c\u00e9dentes guerres dans l\u2019Est du Congo, sont impliqu\u00e9s dans le conflit en Ituri et op\u00e8rent \u00e0 partir de l\u2019Ouganda.<br \/>\nParmi ces diff\u00e9rents acteurs, les anciens membres du Rassemblement Congolais pour la D\u00e9mocratie-Kisangani\/Mouvement de Lib\u00e9ration (RCD-K\/ML), jouent un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant.<br \/>\nPendant la guerre de 1998-2002, ce groupe majoritairement Nande, dirig\u00e9 par l\u2019ancien chef rebelle Mbusa Nyamwis et soutenu par l\u2019Ouganda, contr\u00f4lait une partie du Nord-Kivu et de l\u2019Ituri. Certains de ses membres sont toujours install\u00e9s en Ouganda, au vu et au su des autorit\u00e9s, et maintiennent un contact avec des groupes arm\u00e9s actifs dans le Nord-Kivu et l\u2019Ituri. L\u2019\u00e9lection de Tshisekedi et le retour de Nyamwisi en RDC, apr\u00e8s des ann\u00e9es d\u2019exil en Ouganda, ont permis d\u2019am\u00e9liorer les relations avec Kinshasa, mais certains anciens rebelles du RCD-K\/ML expriment n\u00e9anmoins leur d\u00e9ception face au nouveau gouvernement. Oppos\u00e9s \u00e0 Kabila, ces anciens membres du RCD-K\/ML estiment que le clan de l\u2019ancien pr\u00e9sident domine toujours le pouvoir. Nyamwisi, voyant que, contrairement \u00e0 ce qu\u2019il avait esp\u00e9r\u00e9, il n\u2019a obtenu aucun poste dans le gouvernement Tshisekedi, a de nouveau quitt\u00e9 le pays.<br \/>\nCertains membres de l\u2019ancien mouvement rebelle M23 install\u00e9s en Ouganda seraient \u00e9galement impliqu\u00e9s dans les violences actuelles en Ituri. En d\u00e9cembre 2017, lorsque d\u00e9butent les violences dans la province, des \u00e9l\u00e9ments arm\u00e9s, que les autorit\u00e9s congolaises d\u00e9signent comme membres de l\u2019ancien M23, se seraient infiltr\u00e9s de la r\u00e9gion de Kamango, dans le Nord-Kivu, jusqu\u2019\u00e0 Walendu-Bindi, territoire d\u2019Irumu dans l\u2019Ituri, via Tchabi, \u00e0 la fronti\u00e8re des deux provinces.<br \/>\nLes d\u00e9placements d\u2019anciens membres du M23 de l\u2019Ouganda vers les territoires d\u2019Aru et de Djugu en Ituri en 2018 par la fronti\u00e8re ougandaise sont confirm\u00e9s par des responsables de s\u00e9curit\u00e9 congolais qui ont aussi appr\u00e9hend\u00e9 certains ex-M23 au moment de leurs infiltrations vers la for\u00eat de Berunda, en Ituri.<br \/>\nS\u2019il est difficile de d\u00e9terminer l\u2019ampleur de ces op\u00e9rations d\u2019infiltration d\u2019anciens rebelles vers l\u2019Ituri, au niveau local, la conviction existe parmi les responsables politiques et les membres de la soci\u00e9t\u00e9 civile qu\u2019il y a un lien entre violences en Ituri et agissements d\u2019acteurs bas\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du pays.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">5. BRISER L\u2019ENGRENAGE DE LA VIOLENCE<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9tablir la paix dans l\u2019Est du Congo, y compris en Ituri, est une priorit\u00e9 pour le pr\u00e9sident Tshisekedi. Mais la situation dans la province reste fragile. Il devrait concentrer ses efforts sur le d\u00e9sarmement des milices de la Codeco et de leurs alli\u00e9s, ce qui n\u00e9cessiterait un dialogue plus \u00e9tendu avec les communaut\u00e9s lendu et hema, en particulier sur les points qui sous-tendent le conflit. Il devrait \u00e9galement se concerter avec les pays voisins pour veiller \u00e0 ce que milices et acteurs violents en Ituri soient priv\u00e9s d\u2019appui mat\u00e9riel ou politique de l\u2019ext\u00e9rieur du pays.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">a. N\u00e9gociations pour le d\u00e9sarmement<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gouvernement devrait poursuivre le dialogue avec les milices impliqu\u00e9es dans les violences en Ituri, afin de les d\u00e9mobiliser et de les persuader d\u2019adh\u00e9rer aux programmes de r\u00e9int\u00e9gration qui faciliteront leur retour \u00e0 la vie civile.<br \/>\nDes contacts entre les autorit\u00e9s provinciales et Justin Ngudjolo ont eu lieu au cours du mois de septembre 2019, \u00e0 travers une commission dite de pacification compos\u00e9e du chef de secteur de Walendu-Pitsi, d\u2019un membre de l\u2019association Lib\u00e9ration de la race opprim\u00e9e en Ituri (LORI, regroupant des membres de la communaut\u00e9 lendu), d\u2019une d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e des femmes et d\u2019un repr\u00e9sentant des jeunes. Ngudjolo y a pr\u00e9sent\u00e9 les conditions pour sa reddition et la cessation des attaques, notamment une amnistie et la reconnaissance des grades des miliciens au sein de l\u2019arm\u00e9e. Cependant, cette avanc\u00e9e s\u2019est produite au moment o\u00f9 le gouverneur Bamanisa publiait une liste des responsables de la Codeco et appelait \u00e0 leur arrestation, une demande largement soutenue par la soci\u00e9t\u00e9 civile et par les Hema.<br \/>\nLes op\u00e9rations militaires men\u00e9es contre les milices \u00e0 partir de juin 2019 ont montr\u00e9 leurs limites. Les assaillants lendu ont repris du terrain apr\u00e8s le red\u00e9ploiement de la plupart des unit\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e en janvier 2020. Ils ont m\u00eame intensifi\u00e9 leurs attaques apr\u00e8s la signature, en f\u00e9vrier 2020, de l\u2019accord de paix entre le gouvernement national et la milice lendu FRPI. Celle-ci, longtemps active dans le territoire d\u2019Irumu, au sud de l\u2019Ituri, obtient finalement, apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de n\u00e9gociations, les conditions qu\u2019exigent aujourd\u2019hui les miliciens de la Codeco, int\u00e9gration au sein de l\u2019arm\u00e9e et amnistie.<br \/>\nApr\u00e8s la mort de Ngudjolo fin mars 2020, son successeur \u00e0 la t\u00eate de la Codeco, Olivier Ngabu Ngawi, a tenu un point de presse au bureau du gouverneur de la province le 4 mai. Il y a appel\u00e9 les assaillants \u00e0 mettre un terme aux combats et demand\u00e9 \u00e0 l\u2019arm\u00e9e nationale un cessez-le-feu, en vue de faciliter les n\u00e9gociations avec le gouvernement de Kinshasa. Cependant, l\u2019appel du tout nouveau chef rebelle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 suivi par tous les miliciens de la Codeco; les attaques ont continu\u00e9 et se sont amplifi\u00e9es, faisant notamment onze morts dans une attaque coordonn\u00e9e le 14 mai dans les territoires de Djugu et de Mahagi. Il est trop t\u00f4t pour dire si les n\u00e9gociations pourraient reprendre dans un avenir proche et \u00e0 quelles conditions.<br \/>\nL\u2019accord avec la FRPI pourrait paradoxalement compliquer les n\u00e9gociations avec les membres de la Codeco et des autres milices. En effet, les autorit\u00e9s sont d\u00e9sormais plus r\u00e9ticentes \u00e0 poursuivre l\u2019int\u00e9gration des milices de l\u2019Ituri au sein de l\u2019arm\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9e d\u2019anciens rebelles et de miliciens. Le d\u00e9fi pour Tshisekedi sera d\u2019obtenir une reddition des milices sans leur offrir une int\u00e9gration au sein de l\u2019arm\u00e9e, tout en leur proposant le retour \u00e0 la vie civile.<br \/>\nEn revanche, s\u2019agissant de l\u2019amnistie, le gouvernement devra offrir aux milices les m\u00eames conditions que celles accord\u00e9es \u00e0 la FRPI, notamment la s\u00e9lection au cas par cas, en excluant les \u00e9l\u00e9ments coupables de crimes graves, qui devront \u00eatre traduits en justice. Tshisekedi devra tenter de convaincre les Hema de soutenir ce processus, malgr\u00e9 leur opposition de principe \u00e0 l\u2019amnistie.<br \/>\nEn vue d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer ce processus, le pr\u00e9sident devrait \u00e0 la fois faciliter et financer le dialogue entre les Hema et les Lendu, avec l\u2019appui et le soutien du caucus des d\u00e9put\u00e9s de l\u2019Ituri. L\u2019objectif est de parvenir \u00e0 un consensus large sur les modalit\u00e9s de d\u00e9sarmement et les questions d\u2019amnistie concernant la Codeco et les autres milices.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">b. R\u00e9int\u00e9gration dans la vie civile<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">La principale raison de l\u2019\u00e9chec des programmes de DDR pr\u00e9c\u00e9dents r\u00e9side dans le manque d\u2019engagement politique des autorit\u00e9s congolaises et dans leur incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre les questions qui sous-tendent la violence structurelle. Certains responsables politiques ont continu\u00e9 \u00e0 soutenir un nombre de groupes rebelles, pour les utiliser comme suppl\u00e9tifs dans l\u2019arm\u00e9e et les renvoyer sur le terrain. Les programmes ne se sont pas non plus attaqu\u00e9s aux causes profondes des violences, telles que l\u2019in\u00e9galit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre et le manque de perspectives \u00e9conomiques pour les jeunes.<br \/>\nAfin d\u2019assurer une paix plus durable, le gouvernement devra faire des propositions concr\u00e8tes. Il devrait notamment leur offrir des opportunit\u00e9s \u00e9conomiques, afin d\u2019\u00e9viter le ph\u00e9nom\u00e8ne de retour circulaire, cette \u00abnavigation entre vie civile et milice\u00bb qui caract\u00e9rise l\u2019Est de la RDC depuis plusieurs ann\u00e9es. Les programmes de DDR devront, pour ce faire, reposer sur des structures d\u2019accueil capables d\u2019offrir des formations adapt\u00e9es aux besoins \u00e9conomiques des miliciens d\u00e9mobilis\u00e9s.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">c. Dialogues aux niveaux local et provincial<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les n\u00e9gociations engag\u00e9es par le gouvernement provincial de l\u2019Ituri avec les milices ne peuvent constituer qu\u2019une premi\u00e8re \u00e9tape pour mettre fin aux violences. Elles devraient \u00eatre aussit\u00f4t suivies d\u2019un dialogue entre chefs et notables locaux dans les zones les plus affect\u00e9es par le conflit dans le territoire de Djugu, foyer de la crise, telles que Walendu-Pitsi, Walendu-Tatsi, Bahema-Nord et Bahema-Banywagi. Le gouvernement provincial devrait en particulier les encourager \u00e0 se concerter r\u00e9guli\u00e8rement afin d\u2019identifier les difficult\u00e9s au niveau local qui favorisent l\u2019\u00e9ruption de la violence, notamment les litiges fonciers et l\u2019acc\u00e8s aux ressources naturelles, et de proposer des mesures de pr\u00e9vention ainsi que des recommandations concernant la gestion s\u00e9curitaire.<br \/>\nEn outre, un dialogue interiturien inclusif, comprenant toutes les communaut\u00e9s de la province \u2013 y compris celles non directement engag\u00e9es dans la crise actuelle \u2013 servirait \u00e0 traiter les probl\u00e8mes dans leur globalit\u00e9 au lieu de les limiter \u00e0 ceux des communaut\u00e9s lendu et hema. Ce dialogue devrait se concentrer sur les questions de gestion et d\u2019affectation de ressources publiques qui risquent de devenir source de conflit intercommunautaire si elles manquent de transparence et d\u2019\u00e9quit\u00e9. Les autorit\u00e9s nationales devraient affecter des moyens financiers importants pour que l\u2019Ituri puisse faire face \u00e0 ces nombreux d\u00e9fis, notamment en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement et de s\u00e9curisation des communaut\u00e9s. Kinshasa devrait, \u00e0 cette fin, mobiliser ses partenaires bilat\u00e9raux traditionnels comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, ainsi que la Banque mondiale, pour contribuer \u00e0 un fonds sp\u00e9cial pour l\u2019Ituri.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">d. Un r\u00f4le constructif pour les pays frontaliers<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9ponse aux accusations mutuelles entre pays voisins, notamment l\u2019Ouganda et le Rwanda, et pour mettre un terme au soutien que ces pays fournissent aux groupes arm\u00e9s transfrontaliers, le Pr\u00e9sidentTshisekedi devrait placer la diplomatie r\u00e9gionale au centre de sa strat\u00e9gie<br \/>\nDans cette perspective, le forum quadripartite (Angola, Ouganda, RDC et Rwanda), r\u00e9uni pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Luanda le 12 juillet 2019, peut servir de cadre utile, pour att\u00e9nuer les tensions entre Kampala et Kigali et d\u00e9samorcer la situation en Ituri.<br \/>\nBien qu\u2019informel et restreint, ce sommet s\u2019inscrit dans le cadre de la Conf\u00e9rence internationale sur<br \/>\nla r\u00e9gion des Grands Lacs (CIRGL). Cet organisme intergouvernemental compos\u00e9 d\u2019Etats de la r\u00e9gion est l\u2019un des garants de l\u2019Accord-cadre pour la paix, la s\u00e9curit\u00e9 et la coop\u00e9ration de 2013.<br \/>\nAinsi que l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 recommand\u00e9 Crisis Group, le forum, avec l\u2019appui de l\u2019ONU et des membres du Conseil de s\u00e9curit\u00e9, devrait faire pression sur l\u2019Ouganda et le Rwanda pour qu\u2019ils d\u00e9taillent leurs all\u00e9gations et fournissent les preuves du soutien mat\u00e9riel et politique qu\u2019ils s\u2019accusent mutuellement de fournir aux groupes arm\u00e9s dans l\u2019Est de la RDC, y compris en Ituri. Par la suite, le Groupe d\u2019experts de l\u2019ONU sur la RDC, mandat\u00e9 par le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 pour enqu\u00eater sur les all\u00e9gations de soutien \u00e0 des groupes arm\u00e9s et rendre publiques les preuves av\u00e9r\u00e9es, ainsi que le M\u00e9canisme conjoint de v\u00e9rification \u00e9largie de la CIRGL, qui a le m\u00eame mandat au niveau r\u00e9gional, pourraient enqu\u00eater sur lesdites affirmations. Cela pourrait aider les m\u00e9diateurs soutenant le forum \u00e0 pousser l\u2019Ouganda et le Rwanda \u00e0 discuter ouvertement de leurs accusations r\u00e9ciproques de soutien aux groupes arm\u00e9s dans l\u2019Est du Congo en vue de d\u00e9boucher sur un engagement des deux pays \u00e0 mettre un terme \u00e0 cet appui. La situation de l\u2019Ituri devrait \u00eatre d\u00e9battue au cours de ces discussions.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">6. CONCLUSION<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le conflit en Ituri, dans une zone riche en ressources naturelles o\u00f9 circulent armes et anciens seigneurs de guerre, risque de mener \u00e0 une escalade de la violence. Depuis d\u00e9cembre 2017, les autorit\u00e9s et la population locale s\u2019inqui\u00e8tent de cette crise qui pourrait s\u2019aggraver et faire de nombreuses victimes. En outre, les interactions avec les groupes arm\u00e9s du Nord-Kivu et l\u2019implication des pays frontaliers laissent craindre une extension g\u00e9ographique de la crise. Tshisekedi a fait de la violence dans l\u2019Est de la RDC et du conflit en Ituri une priorit\u00e9. La r\u00e9solution de ce conflit constituerait un formidable \u00e9lan pour sa pr\u00e9sidence. Pour mener \u00e0 bien cet immense chantier et parvenir \u00e0 le financer, il aura besoin du soutien des partenaires nationaux et internationaux de la RDC ainsi que des pays de la r\u00e9gion.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Cf <a href=\"https:\/\/www.crisisgroup.org\/fr\/africa\/central-africa\/democratic-republic-congo\/292-republique-democratique-du-congo-en-finir-avec-la-violence-cyclique-en-ituri\">https:\/\/www.crisisgroup.org\/fr\/africa\/central-africa\/democratic-republic-congo\/292-republique-democratique-du-congo-en-finir-avec-la-violence-cyclique-en-ituri<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RD CONGO: EN FINIR AVEC LA VIOLENCE CYCLIQUE EN ITURI International Crisis Group (ICG) Rapport Afrique N\u00b0 292 15 juillet 2020[1] SOMMAIRE + PRINCIPALES CONCLUSIONS + SYNTH\u00c8SE 1. INTRODUCTION 2. L\u2019ITURI: POLITIQUE D\u2019UNE PROVINCE TOURMENT\u00c9E 3. DES ATTAQUES DE PLUS EN PLUS AMBITIEUSES a. 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L\u2019arm\u00e9e &hellip; <\/p>\n<p><a class=\"more-link btn\" href=\"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/2020\/08\/congo-actualite-n-414\/\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[24,445,376,447,370,375],"class_list":["post-3974","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-congo-actualite","tag-congo-actualite-2","tag-cooperative-pur-le-developpement-du-congo-codeco","tag-hema","tag-international-crisis-group-icg","tag-ituri","tag-lendu","item-wrap"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3974","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3974"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3974\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3977,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3974\/revisions\/3977"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3974"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3974"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3974"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}