{"id":3881,"date":"2020-04-20T09:51:53","date_gmt":"2020-04-20T07:51:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/?p=3881"},"modified":"2021-06-13T11:29:16","modified_gmt":"2021-06-13T09:29:16","slug":"congo-actualite-n-400","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/2020\/04\/congo-actualite-n-400\/","title":{"rendered":"Congo Actualit\u00e9 n. 400"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\">LES MASSACRES DE BENI:<\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\">VIOLENCE POLITIQUE,<\/h1>\n<h1 style=\"text-align: center;\">DISSIMULATIONS ET COOPTATIONS<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Groupe d\u2019\u00c9tude sur le Congo (GEC)<\/strong><br \/>\n<strong>Rapport d\u2019enqu\u00eate n. 2 (1<sup>\u00e8re<\/sup> Partie)<\/strong><br \/>\n<strong>Septembre 2017<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/strong><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">SOMMAIRE<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">1. INTRODUCTION<br \/>\n2. LES LIENS ENTRE LES ADF\/NALU, LES MILICES LOCALES ET LA POLITIQUE DANS LE TERRITOIRE DE BENI (1980-2010)<br \/>\na. L\u2019int\u00e9gration politique des ADF \/ NALU (1980 &#8211; 1997)<br \/>\nb. La deuxi\u00e8me guerre du Congo (1998-2003)<br \/>\ni. La collaboration militaire entre le RCD \/ K-ML et les ADF \/ NALU<br \/>\nc. L\u2019entrelacement des diff\u00e9rents r\u00e9seaux militaires dans la p\u00e9riode post-conflit (2003-2010)<br \/>\ni. Les relations de l\u2019ex-APC avec les ADF \/ NALU<br \/>\nii. L\u2019attaque conjointe de Nyaleke: ADF, ex-APC et milice Mayangose<br \/>\niii. L\u2019utilisation du logo \u00abADF\u00bb<br \/>\niv. La rh\u00e9torique de recrutement de l&rsquo;ex-APC<br \/>\nv. L\u2019op\u00e9ration \u00ab\u00a0Safisha Ruwenzori\u00a0\u00bb<br \/>\n3. LES MASSACRES DE BENI DEPUIS 2013 \u00c0 2015<br \/>\na. Aper\u00e7u g\u00e9n\u00e9ral<br \/>\nb. Le r\u00f4le des ADF au sein d\u2019un vaste r\u00e9seau de coalitions atypiques<br \/>\nc. Les responsables des tueries<br \/>\ni. Les \u00ab\u00a0premiers moteurs\u00a0\u00bb<br \/>\nii. Les \u00ab\u00a0seconds moteurs\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">1. INTRODUCTION<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce rapport retrace l&rsquo;\u00e9volution des massacres de Beni (Nord Kivu) et la dynamique des strat\u00e9gies adopt\u00e9es par les groupes arm\u00e9s qui y ont particip\u00e9. En effet, l\u2019identification des auteurs des massacres n\u00e9cessite de la compr\u00e9hension d\u2019un ensemble de strat\u00e9gies qui ont souvent \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9es.<br \/>\nRefl\u00e9tant la longue histoire de militarisation de l\u2019Est de la R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo (RD Congo), les alliances entre les diff\u00e9rents groupes arm\u00e9s congolais peuvent changer brusquement, \u00e0 mesure que des rivaux disparaissent ou que d\u2019autres naissent, d\u00e9fiant souvent toute id\u00e9ologie ou notion de loyaut\u00e9. Les protagonistes du conflit pr\u00e9f\u00e8rent souvent coopter et infiltrer leurs rivaux, plut\u00f4t que de les vaincre militairement, m\u00eame si cela a un co\u00fbt pour la population locale.<br \/>\nLa formation de coalitions opportunistes et l\u2019existence de liens entre les groupes arm\u00e9s et l&rsquo;arm\u00e9e nationale sont des \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s utiles pour comprendre les conflits en cours, pas seulement \u00e0 Beni, mais aussi dans d\u2019autres zones de la RD Congo.<br \/>\nCe rapport d\u00e9crit\u00a0 les dynamiques et les protagonistes du conflit dans le Territoire de Beni.<br \/>\nS&rsquo;\u00e9tendant le long de la fronti\u00e8re entre la RD Congo et l&rsquo;Ouganda, Beni et le territoire adjacent de Lubero composent le Grand Nord de la province du Nord-Kivu. Cette zone \u00e9tait la base op\u00e9rative du Rassemblement Congolais pour la D\u00e9mocratie \/ Kisangani \u2013 Mouvement de Lib\u00e9ration (RCD \/ K-ML) et de sa branche arm\u00e9e, l&rsquo;Arm\u00e9e Populaire Congolaise (APC), pendant la seconde Guerre du Congo (1998 &#8211; 2003).<br \/>\nLe territoire de Beni est malheureusement connu \u00e0 cause de la pr\u00e9sence d\u2019un groupe arm\u00e9 \u00e9tranger d\u2019origine ougandaise qui a cherch\u00e9 refuge sur son sol au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990: les Forces D\u00e9mocratiques Alli\u00e9es (ADF).<br \/>\nPresque tous les rapports sur les ADF soulignent les \u00e9l\u00e9ments de son profond enracinement dans la soci\u00e9t\u00e9 locale, notamment la pr\u00e9sence, en son sein, d\u2019un nombre important de combattants congolais, les accords commerciaux avec des agents et chefs locaux, les mariages mixtes avec des membres de la population locale et les liens avec d&rsquo;autres groupes arm\u00e9s.<br \/>\nPourtant, le mythe des ADF en tant qu&rsquo;acteur purement \u00e9tranger et ext\u00e9rieur a persist\u00e9, aggrav\u00e9 par l\u2019origine islamiste du groupe et sa r\u00e9putation de secret \u00e0 propos de ses revendications.<br \/>\nLes affirmations fabriqu\u00e9es \u00e0 propos des liens des ADF avec des r\u00e9seaux terroristes jihadistes internationaux ont renforc\u00e9 cette image, offrant un \u00e9cran pratique \u00e0 d\u2019autres acteurs arm\u00e9s, pour d\u00e9tourner l&rsquo;attention des causes internes des violences.<br \/>\nPlusieurs rapports ont soulign\u00e9 que les ADF sont un groupe arm\u00e9 tr\u00e8s dangereux et qu\u2019elles ont jou\u00e9 un r\u00f4le tr\u00e8s important dans les massacres de Beni. Cependant, il est certain que les ADF agissent dans un environnement conflictuel plus large, o\u00f9 elles op\u00e8rent \u00e0 c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;autres groupes arm\u00e9s.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">2. LES LIENS ENTRE LES ADF \/ NALU, LES MILICES LOCALES ET LA POLITIQUE DANS LE TERRITOIRE DE BENI (1980-2010)<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">La dynamique \u00e0 l&rsquo;origine des massacres est profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans le pass\u00e9. Cette section retrace l&rsquo;\u00e9volution de la strat\u00e9gie arm\u00e9e qui, dans le territoire de Beni, unit les ADF, les milices locales et les membres de l&rsquo;ex-APC par le biais de relations fluides mais persistantes. Comprendre ce pass\u00e9 aide \u00e0 clarifier certains aspects d\u00e9routants des massacres, tels que l&rsquo;utilisation du logo des \u00abADF\u00bb par plusieurs groupes arm\u00e9s et la collaboration de diff\u00e9rents groupes arm\u00e9s, pour organiser de fa\u00e7on\u00a0 conjointe une longue s\u00e9rie d\u2019attaques et de massacres.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">a. L\u2019int\u00e9gration politique des ADF \/ NALU (1980 &#8211; 1997)<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">La ville de Beni occupe une place critique dans la r\u00e9gion, car elle est \u00e0 la fois une ville prosp\u00e8re et plaque tournante des groupes arm\u00e9s. C&rsquo;est le point d&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;une grande partie du commerce en provenance de l\u2019Afrique de l&rsquo;Est et son territoire fournit des grandes quantit\u00e9s de bois, d&rsquo;or et d&rsquo;huile de palme pour les march\u00e9s r\u00e9gionaux. En m\u00eame temps, depuis les ann\u00e9es 1980, les montagnes du Ruwenzori sont devenues le lieu d\u2019accueil de r\u00e9bellions des deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re. Ces groupes arm\u00e9s, en particulier les ADF, ont tiss\u00e9 des liens \u00e9troits avec les \u00e9lites politiques, les autorit\u00e9s coutumi\u00e8res locales et les diff\u00e9rents groupes ethniques de Beni.<br \/>\nBien que, dans cette r\u00e9gion, il y ait eu des r\u00e9bellions arm\u00e9es depuis la p\u00e9riode coloniale, la jonction entre la politique et les mouvements rebelles a \u00e9t\u00e9 largement forg\u00e9e sous le r\u00e9gime du pr\u00e9sident Mobutu Sese Seko. Dans sa recherche d&rsquo;influence politique dans la r\u00e9gion de l\u2019Afrique orientale, Mobutu avait offert un refuge aux r\u00e9bellions de la r\u00e9gion des Grands Lacs Africains.<br \/>\nIl s&rsquo;agit notamment de l&rsquo;Arm\u00e9e Nationale pour la Lib\u00e9ration de l&rsquo;Ouganda (NALU), n\u00e9e en 1986 dans le but de renverser le gouvernement ougandais. La NALU avait d\u00fb quitter rapidement l\u2019Ouganda et s\u2019\u00e9tait install\u00e9e en RD Congo, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re ougandaise, dans le territoire de Beni et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, dans les contreforts des montagnes du Ruwenzori.<br \/>\nMobutu avait soutenu la NALU comme moyen pour garder un certain contr\u00f4le sur son homologue ougandais Joweri Museveni et, pour le faire, il s\u2019\u00e9tait appuy\u00e9 sur la principale personnalit\u00e9 politique de Beni, Enoch Muvingi Nyamwisi.<br \/>\nMembre de l\u2019ethnie Nande, aux pieds des monts Ruwenzori, Enoch avait occup\u00e9 diff\u00e9rents postes minist\u00e9riels au sein des gouvernements de Mobutu et avait dirig\u00e9 le parti politique D\u00e9mocratie Chr\u00e9tienne et F\u00e9d\u00e9raliste \/ Nyamwisi (DCF \/ N). Enoch jouait un r\u00f4le cl\u00e9 avec la milice locale de Kasindi\u00ebn qui trafiquait le bois, l&rsquo;or et l&rsquo;ivoire \u00e0 travers la fronti\u00e8re congolo-ougandaise. Cette milice avait initialement re\u00e7u le soutien de l&rsquo;Ouganda, pour d\u00e9stabiliser la NALU.<br \/>\nPr\u00e9figurant le genre des alliances opportunistes qui, apr\u00e8s, est devenue tr\u00e8s courante, Mobutu a ensuite utilis\u00e9 la milice de Kasindi\u00ebn, pour renforcer le recrutement de nouvelles unit\u00e9 pour la NALU, avec l&rsquo;aide apparente d&rsquo;Enoch.<br \/>\nLes liens ethniques avec les populations de Beni ont \u00e9galement facilit\u00e9 l\u2019int\u00e9gration de la NALU dans la soci\u00e9t\u00e9 locale. La NALU a \u00e9t\u00e9, \u00e0 bien des \u00e9gards, le successeur de la pr\u00e9c\u00e9dente r\u00e9bellion ougandaise de Rwenzururu, dont le but \u00e9tait de restaurer le pouvoir coutumier des communaut\u00e9s de Bakonjo et Baamba. Ces deux groupes ethniques ougandais sont apparent\u00e9s aux respectives communaut\u00e9s Nande et Talinga du Congo, qui partagent la m\u00eame langue et la m\u00eame culture.<br \/>\nEn 1995, une autre insurrection ougandaise, les Forces D\u00e9mocratiques Alli\u00e9es (ADF), n\u00e9e d&rsquo;un diff\u00e9rend au sein de la communaut\u00e9 musulmane ougandaise, fit son apparition dans l\u2019est du Congo. Les ADF \u00e9taient compos\u00e9es par des membres de la secte musulmane Tabliq et par des officiers militaires rest\u00e9s fid\u00e8les au pr\u00e9sident d\u00e9chu Idi Amin. Le groupe a \u00e9t\u00e9 rapidement expuls\u00e9 de l&rsquo;Ouganda vers le Congo, o\u00f9 il a fusionn\u00e9 avec la NALU, donnant naissance \u00e0 un nouveau groupe\u00a0: les ADF 7 NALU. (La branche NALU de l\u2019ADF \/ NALU a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mobilis\u00e9e en 2007, bien que les habitants de Beni utilisent toujours \u00abADF\u00bb et \u00abNALU\u00bb de mani\u00e8re interchangeable). Sous le r\u00e9gime de Mobutu, les ADF \/ NALU ont op\u00e9r\u00e9 dans une relative libert\u00e9, ce qui leur a permis de recruter ouvertement des nouveaux membres et de se ravitailler en nourriture, armes et bien de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9. Ses membres se sont mari\u00e9s avec des femmes congolaises et ont \u00e9tabli des liens commerciaux avec la population congolaise locale.<br \/>\nLes alliances politiques ont chang\u00e9, lorsque le r\u00e9gime de Mobutu s&rsquo;est effondr\u00e9\u00a0 \u00e0 la fin de la premi\u00e8re guerre du Congo (1996-1997). L&rsquo;arm\u00e9e ougandaise a envahi le nord-est du Congo et a commenc\u00e9 \u00e0 viser les positions ADF \/ NALU. Sous pression, les ADF \/ NALU ont accru leur d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du soutien local. Une partie de leurs troupes a cherch\u00e9 refuge dans le groupement de Bambuba-Kisiki, dans le nord du territoire de Beni, en d\u00e9localisant certaines bases des zones o\u00f9 les Nande exercent leurs activit\u00e9s dans des zones administr\u00e9es par des autorit\u00e9s coutumi\u00e8res Vuba. Ce d\u00e9placement a renforc\u00e9 les liens entre les ADF \/ NALU, les minorit\u00e9s ethniques de Beni et les politiques Nande.<br \/>\nMateso Bwanadeke incarne bien cet \u00e9quilibre. Membre de l\u2019ethnie Vuba, originaire de Kisiki, Mateso \u00e9tait un ami d&rsquo;Enoch Nyamwisi et membre de son parti DCF \/ N. Il a appuy\u00e9 la DCF \/ N \u00e0 Bambuba-Kisiki, mais il a \u00e9galement d\u00e9fendu avec acharnement les int\u00e9r\u00eats de la communaut\u00e9 Vuba, dont les terres \u00e9taient de plus en plus achet\u00e9es par des migrants Nande provenant du territoire de Lubero. Mateso a aid\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer les ADF \/ NALU \u00e0 Bambuba-Kisiki et a utilis\u00e9 ses liens familiaux avec les chefs de zone, pour pr\u00e9senter les ADF \/ NALU aux chefs Vuba et recruter des troupes. Selon certaines autorit\u00e9s locales, la s\u0153ur de Mateso s&rsquo;est mari\u00e9e avec un membre de la famille d&rsquo;Idi Amin, dont certains officiers militaires se sont int\u00e9gr\u00e9s dans les ADF. En outre, le fils de Mateso, Winny Bwanadeke, est devenu plus tard le commandant congolais le plus haut grad\u00e9 des ADF \/ NALU, tirant parti de ses liens familiaux avec les communaut\u00e9s Vuba et Batalinga pour recruter et recueillir des renseignements.<br \/>\nDe m\u00eame, les habitants du groupement de Bambuba-Kisiki consid\u00e8rent largement Feza, officier des ADF \/ NALU, comme ayant des liens familiaux dans leur groupement et le traitent comme un autochtone (Feza est commun\u00e9ment d\u00e9crit comme un membre de la famille de Mateso et de Winny, bien qu\u2019on n\u2019ait pas pu confirmer cette relation). Dans ce contexte, Feza est connu localement comme chef des combattants Vuba dans les ADF.<br \/>\nD\u2019autres commandants ADF \/ NALU, tels que Braida, se sont \u00e9galement mari\u00e9s plus tard avec des femmes appartenant aux familles des chefs Vuba.<\/p>\n<table style=\"height: 467px;\" width=\"750\">\n<tbody>\n<tr>\n<td colspan=\"6\" width=\"100%\">\n<h5 style=\"text-align: center;\">Les liens sociaux des ADF \/ NALU avec les diff\u00e9rents groupes ethniques de Beni<\/h5>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"3\" width=\"59%\">\n<h6>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 NALU<\/h6>\n<\/td>\n<td width=\"11%\">\n<h6>fusion<\/h6>\n<\/td>\n<td colspan=\"2\" width=\"29%\">\n<h6>ADF<\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td colspan=\"2\" width=\"40%\">\n<h6>RUWENZURU<\/h6>\n<h6>Membres de base<\/h6>\n<\/td>\n<td width=\"18%\">\n<h6>Recrutement<\/h6>\n<h6>Milice KASINDI\u00cbN<\/h6>\n<h6>Via Enoch Nyamwisi<\/h6>\n<\/td>\n<td width=\"11%\"><\/td>\n<td width=\"17%\">\n<h6>VUBA<\/h6>\n<h6>Groupement Bambuba &#8211; Kisiki<\/h6>\n<\/td>\n<td width=\"11%\">\n<h6>TANGI<\/h6>\n<h6>Scteur Beni &#8211; Mbau<\/h6>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"18%\">\n<h6>BAKONDIO<\/h6>\n<h6>Cousins ougandais des NANDE congolais<\/h6>\n<h6>Secteur Rwenzori<\/h6>\n<\/td>\n<td width=\"21%\">\n<h6>BAHAMBA<\/h6>\n<h6>Cousins ougandais des TALINGA Congolais<\/h6>\n<h6>Chefferie Batalinga<\/h6>\n<\/td>\n<td width=\"18%\"><\/td>\n<td width=\"11%\"><\/td>\n<td width=\"17%\"><\/td>\n<td width=\"11%\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"139\"><\/td>\n<td width=\"162\"><\/td>\n<td width=\"141\"><\/td>\n<td width=\"84\"><\/td>\n<td width=\"131\"><\/td>\n<td width=\"89\"><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: justify;\">Suite \u00e0 l\u2019entrelacement de ces relations, de nombreux combattants Vuba ont rejoint les ADF \/ NALU et les ADF \/ NALU ont achet\u00e9 des terrains pour leurs camps aupr\u00e8s des chefs Vuba, tout en collaborant avec eux pour faire le commerce de l\u2019or et du bois.<br \/>\nCes relations ont fourni des avantages \u00e0 tous les groupes, permettant aux chefs Vuba de faire recours aux ADF \/ NALU pour intimider les migrants Nande et aux ADF \/ NALU de tirer profit des diff\u00e9rends locaux.<br \/>\nLes liens sociaux entre les ADF \/ NALU et les diff\u00e9rents groupes ethniques de Beni se sont av\u00e9r\u00e9s essentiels pour la survie des ADF \/ NALU, lui permettant de se remobiliser apr\u00e8s les op\u00e9rations militaires successives men\u00e9es contre elles. D\u2019autre part, ces liens ont \u00e9galement permis que la communaut\u00e9 majoritaire de Beni, les Nande, maintienne des bonnes relations avec ces minorit\u00e9s qui avaient rejoint les ADF \/ NALU, notamment les Vuba, Batangi, Batalinga et Bapakombe.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">b. La deuxi\u00e8me guerre du Congo (1998-2003)<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant la deuxi\u00e8me guerre du Congo (1998-2003), une nouvelle r\u00e9bellion men\u00e9e en grande partie par les \u00e9lites locales Nande est apparue \u00e0 Beni: le Rassemblement Congolais pour la D\u00e9mocratie \/ Kisangani &#8211; Mouvement de Lib\u00e9ration (RCD \/ K-ML). Ce mouvement rebelle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en tant que faction dissidente, initialement soutenue par l&rsquo;Ouganda, du Rassemblement Congolais pour la D\u00e9mocratie (RCD). Mbusa Nyamwisi, fr\u00e8re cadet de Enoch Nyamwisi (tu\u00e9 en 1993), en est devenu pr\u00e9sident en 2000, prenant les r\u00eanes du parti en tant que principal leader politique du Grand Nord du Nord Kivu. Le RCD \/ K-ML \u00e9tait dot\u00e9 d\u2019une branche militaire, l\u2019Arm\u00e9e Populaire du Congo (APC).<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">i. La collaboration militaire entre le RCD \/ K-ML et les ADF \/ NALU<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me guerre constitue un moment difficile pour les ADF \/ NALU. L\u2019arm\u00e9e ougandaise avait d\u00e9ploy\u00e9 un grand nombre de troupes au Congo. Elle avait lanc\u00e9 l&rsquo;op\u00e9ration Mountain Sweep contre elles en 1999 et les avait attaqu\u00e9es le long de la fronti\u00e8re entre le Congo et l&rsquo;Ouganda en 2000.<br \/>\nPendant ce temps, les relations du RCD \/ K-ML avec l&rsquo;Ouganda s\u2019\u00e9taient d\u00e9t\u00e9rior\u00e9es, ce qui mettait souvent Mbusa Nyamwisi en tension avec le gouvernement de Kampala.<br \/>\nCette situation a stimul\u00e9 la collaboration entre le RCD \/ K-ML et les ADF \/ NALU. Pendant la r\u00e9bellion, le RCD \/ K-ML a fourni des uniformes aux ADF \/ NALU, afin de les faire appara\u00eetre comme une force congolaise aux yeux des troupes ougandaises pr\u00e9sentes au Congo. Les deux groupes, le RCD \/ K-ML et les ADF \/ NALU avaient \u00e9tabli un camp conjoint \u00e0 Kikingi (Watalinga), o\u00f9 les ADF \/ NALU ont form\u00e9 des combattants de l\u2019Arm\u00e9e Populaire du Congo (APC), branche militaire du RCD \/ K-ML. Selon les autorit\u00e9s du Parc National des Virunga, au camp de Mwalika aussi il y avait des soldats de l\u2019APC, g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9s aux ADF \/ NALU.<br \/>\nLa collaboration comprenait aussi certaines op\u00e9rations conjointes. Un cas s&rsquo;est produit en 2001, lorsque l&rsquo;Ouganda avait tent\u00e9 de fusionner le RCD \/ K-ML avec un autre groupe rebelle congolais, le Mouvement pour la Lib\u00e9ration du Congo (MLC), lui aussi appuy\u00e9 par l\u2019Ouganda.<br \/>\nCette fusion aurait donn\u00e9 le dessus au MLC. En r\u00e9ponse, le RCD \/ K-ML s&rsquo;est appuy\u00e9 sur le soutien des ADF \/ NALU pour attaquer le MLC, l\u2019\u00e9loigner de Beni et assurer le contr\u00f4le de Mbusa Nyamwisi sur la zone. International Crisis Group a confirm\u00e9 que, en 2001, le RCD \/ K-ML avait forg\u00e9 une \u00aballiance\u00bb avec les ADF \/ NALU.<br \/>\nLes ADF \/ NALU ont \u00e9galement appuy\u00e9 le RCD \/ K-ML dans certaines batailles contre des milices rivales. Pendant la seconde guerre, l&rsquo;APC a recrut\u00e9 des troupes parmi les membres des ADF \/ NALU et vice-versa. Certains commandants de l&rsquo;APC ont affirm\u00e9 que leurs relations avec les ADF \/ NALU visaient \u00e0 infiltrer le groupe, pour en recueillir des informations. Des figures cl\u00e9s du renseignement de l\u2019APC, comme Samuel Birotsho, auraient travaill\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard, tandis que Frank Kakolele Bwambale aurait jou\u00e9 un r\u00f4le tr\u00e8s important dans l&rsquo;interface APC &#8211; ADF\/NALU, notamment en fournissant aux ADF \/ NALU des uniformes de l&rsquo;arm\u00e9e nationale.<br \/>\nQuand le RCD \/ K-ML, \u00e0 pr\u00e9dominance Nande, a pris le contr\u00f4le de Beni, des membres de la communaut\u00e9 Vuba se sont joints \u00e0 d&rsquo;autres minorit\u00e9s qui avaient une histoire commune de marginalisation et ont cr\u00e9\u00e9 une milice, pour s\u2019assurer de leur acc\u00e8s \u00e0 la terre et \u00e0 des postes influents dans l\u2019administration (y compris dans les \u00e9coles, les \u00e9glises et les h\u00f4pitaux).<br \/>\nPendant la p\u00e9riode de domination du RCD \/ K-ML \u00e0 Beni (2000-2003), ces communaut\u00e9s locales minoritaires, dont les Vuba, se consid\u00e9rant elles aussi \u00ab\u00a0originaires\u00a0\u00bb de Beni, ont exerc\u00e9 des pressions sur le RCD \/ K-ML et ont mobilis\u00e9 leur milice pour revendiquer leur acc\u00e8s au pouvoir politique qui \u00e9tait d\u00e9sormais monopolis\u00e9 par les Nande et pour r\u00e9cup\u00e9rer ces terres que des migrants Nande provenant du territoire voisin de Lubero avaient acquises devenant, dans certains endroits, les majeurs propri\u00e9taires fonciers. C&rsquo;\u00e9tait particuli\u00e8rement le cas \u00e0 Bambuba-Kisiki, o\u00f9 des terrains pouvaient \u00eatre achet\u00e9s \u00e0 bas prix.<br \/>\nM\u00eame si le RCD \/ K-ML \u00e9tait dirig\u00e9 par des Nande, l&rsquo;opportunisme politique l&#8217;emporta sur les agendas ethniques. Pour essayer de surmonter le conflit Vuba \/ migrants Nande provenant de Lubero, Mbusa Nyamwisi, qui est Nande et qui a grandi principalement dans le territoire de Beni, a adopt\u00e9 la strat\u00e9gie des alliances opportunistes, entretenant des liens avec les chefs de la communaut\u00e9 Vuba et soutenant l\u2019\u00e9glise protestante d&rsquo;Oicha, qui est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 ethnique Vuba. Mbusa Nyamwisi a renforc\u00e9 sa base, en fournissant une formation militaire et des uniformes aux chefs des minorit\u00e9s ethniques de Beni, dont les Vuba, avec lesquelles les ADF \/ NALU avaient d\u00e9j\u00e0 tiss\u00e9 des liens. Un des membres de la milice Vuba rappelle: \u00ab<em>les dirigeants qui ont form\u00e9 le groupe des Vuba \u00e9taient de l&rsquo;APC. Mbusa a form\u00e9 les membres de ce groupe pour arriver au pouvoir<\/em>\u00bb.<br \/>\nLe RCD \/ K-ML a \u00e9galement form\u00e9 des r\u00e9seaux de contrebande avec les autorit\u00e9s locales.<br \/>\nUn commer\u00e7ant de bois a affirm\u00e9: \u00ab<em>Pendant la p\u00e9riode du RCD \/ K-ML, j\u2019ai coup\u00e9 des arbres pour le compte du colonel APC Hilaire Kombi &#8230; Pendant cette p\u00e9riode, \u00e0 Bambuba-Kisiki, presque tous les officiers du RCD \/ K-ML exploitaient le bois<\/em>\u00bb.<br \/>\nLa contrebande a \u00e9galement renforc\u00e9 les relations de l\u2019APC avec les ADF \/ NALU.<br \/>\nFrank Kakolele Bwambale avait achet\u00e9 des terres \u00e0 Tchuchubo pour exploiter le bois et, pendant la guerre, il a amen\u00e9 des combattants des ADF \/ NALU, sous pr\u00e9texte qu&rsquo;ils r\u00e9colteraient du bois dans ses concessions. En r\u00e9alit\u00e9, il a contribu\u00e9 \u00e0 construire des camps des ADF \/ NALU et, dans le m\u00eame temps, \u00e0 ouvrir de r\u00e9seaux de\u00a0 contrebande reliant l\u2019APC, les chefs Vuba et les ADF \/ NALU. Un chef Vuba a d\u00e9clar\u00e9 d\u2019avoir personnellement fourni \u00e0 Kakolele une concession de bois, pr\u00e9cisant que \u00ab<em>Kakolele y allait avec des hommes arm\u00e9s. Curieusement, cette concession est devenue un camp des ADF \/ NALU<\/em>\u00bb.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">c. L\u2019entrelacement des diff\u00e9rents r\u00e9seaux militaires dans la p\u00e9riode post-conflit (2003-2010)<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers la fin de la deuxi\u00e8me guerre du Congo, le RCD \/ K-ML a chang\u00e9 de strat\u00e9gie pour s&rsquo;allier avec le pr\u00e9sident Joseph Kabila en 2002, au grand dam de ses anciens alli\u00e9s ougandais. Cette alliance avec Kinshasa a fourni au RCD \/ K-ML un espace \u00e0 lui favorable au sein du gouvernement de transition (2003 &#8211; 2006). Le RCD \/ K-ML s&rsquo;est transform\u00e9 en parti politique et Mbusa Nyamwisi a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 ministre de la Coop\u00e9ration r\u00e9gionale (2003-2006), puis ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res (2007-2010). Plusieurs membres du RCD \/ K-ML se sont int\u00e9gr\u00e9s dans la vie politique du Pays et ont re\u00e7u des postes minist\u00e9riels au sein du gouvernement. M\u00eame si le RCD-K \/ ML \u00e9tait devenu un parti politique, toutefois il conservait sa sph\u00e8re d&rsquo;influence militaire et \u00e9conomique.<br \/>\nLa r\u00e9unification politique visait \u00e0 int\u00e9grer les troupes des principaux bellig\u00e9rants dans une arm\u00e9e nationale et des officiers du d\u00e9sormais ex-APC ont obtenu des postes cl\u00e9s dans les services de renseignement militaires. Cependant, certains officiers militaires issus de l\u2019ex-APC, craignant que leur d\u00e9mobilisation ne compromette leurs int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et politiques, ont gard\u00e9 sur place des caches d&rsquo;armes.<br \/>\nLes commandants de l&rsquo;ex-APC int\u00e9gr\u00e9s dans l\u2019arm\u00e9e nationale ont continu\u00e9 \u00e0 entretenir des liens avec les groupes arm\u00e9s alli\u00e9s, les milices et les autorit\u00e9s locales et ils ont pu continuer \u00e0 fournir leur parrainage \u00e0 tous ceux qui leur \u00e9taient rest\u00e9s fid\u00e8les, en les nommant \u00e0 des postes administratifs, en particulier \u00e0 la douane de Kasindi, \u00e0 la fronti\u00e8re avec l\u2019Ouganda, o\u00f9 des agents douaniers favorisaient la contrebande d&rsquo;armes et munitions. Une \u00e9tude sur le trafic d&rsquo;armes a constat\u00e9 que \u00ab<em>un vaste r\u00e9seau d\u2019officiers issus de l\u2019ex-APC et d\u2019autorit\u00e9s civiles \u00e9tait impliqu\u00e9 dans le trafic d&rsquo;armes de l&rsquo;Ouganda vers Beni via Kasindi, m\u00eame pendant le gouvernement de transition<\/em>\u00bb. Selon certains dossiers gard\u00e9s dans les archives du gouvernement, en 2005, les succursales du bureau des douanes de l&rsquo;OFIDA \u00e0 Beni continuaient \u00e0 collaborer encore ouvertement avec le RCD \/ K-ML.<br \/>\nCertains chefs locaux ont agi comme interm\u00e9diaires pour des commandants ex-APC, en gardant leurs caches d&rsquo;armes ou en g\u00e9rant leurs combattants rest\u00e9s sur place \u00e0 Beni. Un chef local a d\u00e9clar\u00e9 sans d\u00e9tour: \u00ab<em>les armes que le g\u00e9n\u00e9ral ougandais James Kazini avait vendues \u00e0 Mbusa Nyamwisi, m\u00eame apr\u00e8s la r\u00e9unification du Pays, \u00e9taient pass\u00e9es par moi<\/em>\u00bb. La milice des Bapakombe est rest\u00e9e un alli\u00e9 important de l\u2019ex-APC. Comme le d\u00e9crit une autorit\u00e9 locale, \u00ab<em>les officiers ex-APC connaissaient tr\u00e8s bien la for\u00eat de Mayangose, qui leur servait de maquis lorsque leur chef \u00e9tait en difficult\u00e9<\/em>\u00bb.<br \/>\nNombre d\u2019autres soldats de l&rsquo;ex-APC \u00e9taient rest\u00e9s \u00e0 Beni. Un officier de l\u2019arm\u00e9e issu de l\u2019ex-APC a d\u00e9clar\u00e9 que, \u00ab<em>lors de la r\u00e9unification du Pays, pas tous les membres du<\/em> <em>RCD \/ K-ML et de l\u2019APC se sont<\/em> <em>int\u00e9gr\u00e9s dans la vie politique du pays ou dans l\u2019arm\u00e9e nationale. Une partie s\u2019est alli\u00e9e avec le gouvernement. Une autre partie est rest\u00e9e sur place, en tant que combattants \u00ab\u00a0d\u00e9mobilis\u00e9s\u00a0\u00bb qui vivaient comme des civils. D\u2019autres \u00e9taient des nationalistes qui n\u2019avaient pas accept\u00e9 de se d\u00e9mobiliser, mais qui restaient dans la ville en tant que miliciens de r\u00e9serve en ville &#8230; Moi-m\u00eame j\u2019\u00e9tais un major en r\u00e9serve. Nous sommes rest\u00e9s dans la ville sans \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9s, car tout le gouvernement [de Beni] soutenait le RCD-K \/ ML<\/em>\u00bb. Certains membres de l\u2019APC ont continu\u00e9 \u00e0 \u00eatre des combattants actifs en dehors de l&rsquo;arm\u00e9e. Le bureau de la MONUSCO de Beni a observ\u00e9 que, pendant le gouvernement de transition, certains ex-APC \u00e9taient rest\u00e9s actifs dans la vall\u00e9e de Semuliki. Comme l\u2019a expliqu\u00e9 un ex-APC, \u00ab<em>au moment du brassage, certains soldats de l\u2019ex-APC n\u2019ont pas quitt\u00e9 [la for\u00eat]. Il y restait un bataillon et une brigade<\/em>\u00bb. Une d\u00e9cennie plus tard, la MONUSCO notait que, \u00e0 Beni, quelque 1.000 combattants de l&rsquo;ex-APC constituaient encore une source d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 persistante. International Crisis Group aussi a not\u00e9 que, pendant le gouvernement de transition, \u00ab<em>Nyamwisi conservait le contr\u00f4le sur ses troupes dans la r\u00e9gion de Beni-Lubero, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re ougandaise<\/em>\u00bb.<br \/>\nDes cha\u00eenes de commandement parall\u00e8les reliaient les ex-APC int\u00e9gr\u00e9s dans l&rsquo;arm\u00e9e nationale avec ceux qui ne s\u2019y \u00e9taient pas int\u00e9gr\u00e9s . Certains officiers de l&rsquo;ex-APC int\u00e9gr\u00e9s dans l\u2019arm\u00e9e nationale et rest\u00e9s \u00e0 Beni, comme Samuel Birotsho, ont gard\u00e9 des contacts avec les combattants \u00abd\u00e9mobilis\u00e9s\u00bb. Un officier de l\u2019arm\u00e9e issu de l\u2019ex-APC a d\u00e9clar\u00e9: \u00ab<em>Lors de la r\u00e9unification du pays, j&rsquo;ai opt\u00e9 pour la d\u00e9mobilisation. Mais j&rsquo;ai continu\u00e9 \u00e0 travailler sous une autre forme &#8230; Birotsho a continu\u00e9 \u00e0 m&rsquo;utiliser pour les services des renseignements, compte tenu de mon exp\u00e9rience. Certains commandants des ADF, comme Feza et Baluku, ont travaill\u00e9 avec moi<\/em>\u00bb. Comme indiqu\u00e9 par cette citation, pour pr\u00e9server sa sph\u00e8re d&rsquo;influence sur le territoire, l&rsquo;ex-APC s&rsquo;est tourn\u00e9 vers les ADF.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">i. Les relations de l\u2019ex-APC avec les ADF \/ NALU<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me guerre congolaise (1998 &#8211; 2003) avait affaibli les ADF \/ NALU. Les op\u00e9rations militaires ougandaises avaient r\u00e9duit le groupe \u00e0 seulement quelques centaines de combattants et l&rsquo;organisation avait perdu sa capacit\u00e9 de p\u00e9n\u00e9trer en Ouganda. Les ADF \/ NALU sont pass\u00e9es d&rsquo;une organisation r\u00e9solue \u00e0 prendre le pouvoir en Ouganda \u00e0 une organisation tourn\u00e9e vers sa propre survie en RD Congo, profond\u00e9ment impliqu\u00e9e dans les trafiques commerciaux de contrebande et r\u00e9gie par une version radicale de l&rsquo;islam, capable de maintenir certains codes de comportement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ses camps. Selon un ancien commandant, \u00ab<em>en 2003, les ADF ont r\u00e9alis\u00e9 que, [contre le gouvernement ougandais], elles \u00e9taient en train de mener une bataille perdue. Elles ont donc commenc\u00e9 \u00e0 combattre au nom de la jihad<\/em>\u00bb. Toutefois, alors que les ADF \/ NALU cherchaient \u00e0 se r\u00e9organiser, elles l&rsquo;ont fait principalement par le recrutement de combattants congolais, ce qui a transform\u00e9 la composition d\u00e9mographique du groupe qui, en 2007, comptait presque 60% de combattants congolais. \u00c0 la mort du chef Yusuf Kabanda, Musa Baluku a pris la rel\u00e8ve en tant que commandant militaire sur le terrain, toujours sous l&rsquo;autorit\u00e9 de Jamil Mukulu qui, souvent, \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger.<br \/>\n\u00c0 propos des relations entre les ex-APC et les ADF apr\u00e8s la fin de la deuxi\u00e8me guerre congolaise, un membre de l\u2019ex-APC a expliqu\u00e9: \u00ab<em>Plusieurs combattants de l\u2019ex-APC furent envoy\u00e9s dans un camp des ADF. Il s\u2019agissait d\u2019une mesure strat\u00e9gique de formation, en vue de la cr\u00e9ation d\u2019un nouveau groupe<\/em>\u00bb. Les ADF les avaient accept\u00e9s dans leur groupe, mais avec l\u2019objectif d&rsquo;avoir une branche congolaise.<br \/>\nLe commandant sup\u00e9rieur des ADF, Winny, a rappel\u00e9 d\u2019avoir travaill\u00e9 avec des combattants de l&rsquo;ex-APC en 2004 et a d\u00e9clar\u00e9 que, \u00e0 la fin de la guerre, Mbusa Nyamwisi leur avait laiss\u00e9 des armes En d\u00e9cembre 2005, l&rsquo;arm\u00e9e congolaise et la Monusco ont lanc\u00e9,\u00a0 pour la premi\u00e8re fois, des op\u00e9rations conjointes (Keba I) contre les ADF, les chassant en grande partie de leurs camps situ\u00e9s sur les montagnes du Ruwenzori et les for\u00e7ant \u00e0 traverser la rivi\u00e8re Semliki et \u00e0 se retirer vers Eringeti. Des observateurs militaires des Nations Unies ont not\u00e9 que, pendant cette op\u00e9ration militaire, les ADF \/ NALU s\u2019\u00e9taient divis\u00e9es en deux groupes, les Ougandais et les Congolais.<br \/>\nLes relations de l\u2019ex-APC avec les ADF \/ NALU ont \u00e9t\u00e9 conditionn\u00e9es par la politique nationale aussi. Lors des \u00e9lections de 2006, Mbusa Nyamwisi s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme candidat aux pr\u00e9sidentielles, mais sans succ\u00e8s. Cet \u00e9chec \u00e9lectoral a emmen\u00e9 plusieurs militaires issus de l\u2019ex- APC \u00e0 quitter l\u2019arm\u00e9e dans laquelle ils avaient \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s. Le Groupe d&rsquo;experts de l\u2019Onu a constat\u00e9 que, au cours de cette p\u00e9riode, de nombreux \u00ab\u00a0combattants ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s dans un camp des ADF \/ NALU situ\u00e9 dans la for\u00eat pr\u00e8s de Mwalika par leurs chefs Antipas Mbusa Nyamwisi et le g\u00e9n\u00e9ral Frank Kakolele Bwambale. Un haut fonctionnaire de l&rsquo;ONU, travaillant \u00e0 Beni \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, a \u00e9galement observ\u00e9 que certains ex-APC qui ne s&rsquo;\u00e9taient pas int\u00e9gr\u00e9s dans l&rsquo;arm\u00e9e se \u00abcamouflaient\u00bb en tant que ADF \/ NALU.<br \/>\nEncore aujourd\u2019hui, des commandants de l\u2019arm\u00e9e issus de l\u2019ex-APC se souviennent de cette p\u00e9riode post-conflit avec des d\u00e9clarations telles que \u00ab<em>j\u2019\u00e9tais un ex-APC et je faisais aussi partie des ADF<\/em>\u00bb. Des officiers et combattants de l&rsquo;ex-APC ont d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;ils entretenaient des relations avec des officiers des ADF, tels que Baluku et Feza (actuellement chef principal du groupe des ADF et commandant des op\u00e9rations respectivement).<br \/>\nMalgr\u00e9 son \u00e9chec aux \u00e9lections de 2006, Mbusa Nyamwisi \u00e9tait devenu ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res en 2007. Au moins trois sources diff\u00e9rentes &#8211; un combattant de l&rsquo;ex-APC, un cadre du RCD \/ K-ML et un commandant des FARDC &#8211; ont d\u00e9clar\u00e9 que Mbusa Nyamwisi a aid\u00e9 \u00e0 renforcer les relations de l\u2019ex-APC avec les ADF \/NALU \u00e0 partir de son r\u00f4le de ministre.<br \/>\nBeaucoup de gens affirment que Mbusa Nyamwisi est toujours rest\u00e9 en contact avec les ADF, cependant on n&rsquo;a pas pu trouver aucune preuve directe pour soutenir ou infirmer cette affirmation.<br \/>\nLes relations de l\u2019ex-APC avec les ADF \/ NALU se sont \u00e9tendues au trafic commercial. Comme Romkema l\u2019a constat\u00e9 en 2007, \u00ab<em>l\u2019exploitation ill\u00e9gale des ressources min\u00e9rales dans la r\u00e9gion de Beni-Butembo et dans certaines parties du sud de l\u2019Ituri a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019une \u00e9troite collaboration entre hommes d&rsquo;affaires locaux, anciens dirigeants du RCD \/ K-ML et rebelles ougandais des ADF<\/em>\u00bb.<br \/>\nEn 2007, la branche NALU des ADF \/ NALU signa un accord de d\u00e9mobilisation avec Kampala, et Jamil Mukulu devint le principal leader du groupe. Les ADF ont entam\u00e9 des n\u00e9gociations avec Kampala, mais l&rsquo;\u00e9mergence de la r\u00e9bellion du Congr\u00e8s National pour la D\u00e9fense du Peuple (CNDP) dans l&rsquo;est du Congo a bloqu\u00e9 les pourparlers.<br \/>\nLes ADF furent ult\u00e9rieurement affaiblies car, dans les op\u00e9rations militaires men\u00e9es contre elles, l&rsquo;arm\u00e9e ougandaise commen\u00e7a \u00e0 utiliser des anciens officiers de la NALU.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">ii. L\u2019attaque conjointe de Nyaleke (avril 2010): ex-APC, milice Mayangose et ADF<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant les \u00e9lections nationales de 2011, Mbusa Nyamwisi avait quitt\u00e9 la coalition gouvernementale du pr\u00e9sident Kabila et il avait rejoint l\u2019opposition politique.<br \/>\nComme lors du cycle \u00e9lectoral de 2006, le RCD \/ K-ML mena une vaste campagne de d\u00e9fections de l\u2019arm\u00e9e nationale. Un officier de l\u2019arm\u00e9e issu de l\u2019ex-APC a racont\u00e9: \u00ab<em>Avant les \u00e9lections gouvernementales de 2011, le RCD \/ K-ML a appel\u00e9 les militaires issus de l&rsquo;ex-APC \u00e0 d\u00e9serter l\u2019arm\u00e9e dans laquelle ils avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment int\u00e9gr\u00e9s<\/em>\u00bb.<br \/>\nL&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Beni \u00e9tait augment\u00e9e en avril 2010, suite \u00e0 une r\u00e9union organis\u00e9e \u00e0 Kampala et \u00e0 laquelle des dirigeants du RCD \/ K-ML auraient particip\u00e9, pour planifier une nouvelle r\u00e9bellion.<br \/>\nDans ce contexte, l\u2019attaque contre la base militaire de Nyaleke, en avril 2010, illustre la persistance des relations entre les r\u00e9seaux de l&rsquo;ex-APC, les milices locales et les ADF. Elle montre aussi que les principaux \u00e9l\u00e9ments des massacres \u00e0 venir &#8211; tels que les groupes mixtes de combattants et les relations avec de myst\u00e9rieux collaborateurs &#8211; \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 d\u00e9finis.<br \/>\nDans l&rsquo;attaque de Nyaleke, environ 26 personnes furent tu\u00e9es, dont des femmes, des enfants et des gardes du parc national des Virunga. Deux officiers de l\u2019arm\u00e9e issus de l\u2019ex-APC (Kakolele et Birotsho) int\u00e9gr\u00e9s dans les FARDC ont fourni un appui en coulisses, tandis que un ex officier de l\u2019APC (Kava wa Seli) a fourni une collaboration visible, demandant la collaboration des Mai-Mai Mayangose (la milice du chef alli\u00e9, Mbonguma Kitobi) et l\u2019appui des ADF.<br \/>\nL&rsquo;ancien capitaine de l&rsquo;APC, Kava wa Seli, qui dirigeait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque la Force \u0152cum\u00e9nique pour la Lib\u00e9ration du Congo (FOLC), a pris contact avec les Mai-Mai Mayangose, la milice de Mbonguma Kitobi. C\u2019est ainsi que ces derniers ont fourni une partie des forces qui ont men\u00e9 l&rsquo;attaque de Nyaleke. Mbonguma a pr\u00e9cis\u00e9: \u00ab<em>nous avons fourni des troupes aux combattants de Seli, en \u00e9change de promesses d\u2019\u00e9largir notre acc\u00e8s \u00e0 la terre dans le parc national des Virunga<\/em>\u00bb.<br \/>\nL\u2019attaque r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement l\u2019int\u00e9gration d\u2019un certain Adrian Loni dans les r\u00e9seaux arm\u00e9s de Beni. Collaborateur de longue date des anciens officiers de l&rsquo;APC, Adrian serait une figure charni\u00e8re mais \u00e9nigmatique des meurtres post\u00e9rieurs.<br \/>\nDes officiers de l\u2019arm\u00e9e issus de l\u2019ex-APC, dont Samuel Birotsho et Bwambale Kakolele, \u00e9taient des collaborateurs permanents d&rsquo;Adrian et appuyaient la milice Mayangose en lui fournissant les armes pour l&rsquo;attaque. Op\u00e9rant sous le pseudonyme de \u00ab\u00a0Yesse\u00a0\u00bb (ou \u00ab\u00a0Lesse\u00a0\u00bb), Adrian avait pass\u00e9 trois jours \u00e0 Nyaleke avant l&rsquo;attaque, se faisant passer pour un \u00e9l\u00e9ment des FARDC membre du bureau du renseignement militaire de Birotsho, mais agissant comme \u00ab\u00e9claireur\u00bb pour les assaillants. Adrian a travaill\u00e9 directement avec les chefs et les commandants de la milice Mayangose, qui a collabor\u00e9 avec les troupes de Kava wa Seli pour mener l&rsquo;attaque. International Crisis Group rapporte que les ADF aussi ont particip\u00e9 \u00e0 l\u2019attaque de Nyaleke. Une confluence similaire d&rsquo;acteurs et de groupes arm\u00e9s sera constat\u00e9e dans les massacres de Beni trois ans plus tard.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">iii. L\u2019utilisation du logo \u00abADF\u00bb<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2010, les r\u00e9seaux de l\u2019ex-APC et les milices locales leur alli\u00e9es ont tout fait pour cacher leur identit\u00e9. Une strat\u00e9gie consistait \u00e0 utiliser les \u00abADF\u00bb comme couverture pour leurs activit\u00e9s.<br \/>\nDans la ville de Beni, des membres du FOLC et des commandants de la milice Mayangose \u200b\u200bavaient diffus\u00e9 un tract de menace que la MONUSCO a par la suite r\u00e9cup\u00e9r\u00e9. Au lieu de le signer au nom d&rsquo;un groupe arm\u00e9 congolais (comme le FOLC ou les Mai-Mai Mayangose), les ex-APC et les combattants des milices locales l\u2019avaient sign\u00e9 sous le pseudonyme de \u00ab\u00a0Arm\u00e9e [ADF] NALU dans le territoire de Beni\u00a0\u00bb. Toutefois, le logo \u00ab\u00a0ADF\u00a0\u00bb cachait aussi un \u00e9l\u00e9ment de v\u00e9rit\u00e9: avant l&rsquo;attaque de Nyaleke, Mbonguma et un sous-chef de localit\u00e9 avaient \u00e9chang\u00e9 des armes et des fournitures avec les ADF et furent arr\u00eat\u00e9s pour cela.<br \/>\nUn fr\u00e8re de Mbusa Nyamwisi, Edouard Batotsi Nyamwisi, avait aid\u00e9 \u00e0 organiser une campagne de recrutement pour le RCD \/ K-ML, tirant parti de sa position de chef du secteur Ruwenzori. Comme expliqu\u00e9 par un collaborateur des ADF,\u00a0\u00ab<em>Edouard Nyamwisi et le RCD \/ K-ML avaient constat\u00e9 d\u2019avoir perdu des postes au gouvernement et voulaient d\u00e9clencher une nouvelle guerre &#8230; mais ils utilisaient le nom de \u00ab\u00a0NALU\u00a0\u00bb, pas leur propre nom, car ils ne voulaient pas \u00eatre reconnus. S&rsquo;ils avaient d\u00e9clar\u00e9 leur vrai nom, il aurait \u00e9t\u00e9 beaucoup plus facile de d\u00e9couvrir leurs activit\u00e9s<\/em>\u00bb.<br \/>\nUn autre combattant a d\u00e9clar\u00e9 avoir agi, \u00e0 ce moment-l\u00e0, en tant que \u00abinterm\u00e9diaire\u00bb entre l&rsquo;ancien officier des APC Kava wa Seli, Edouard Nyamwisi et les ADF. L&rsquo;objectif, a-t-il d\u00e9clar\u00e9, \u00e9tait de \u00ab<em>cr\u00e9er une nouvelle r\u00e9bellion du [RCD] K-ML<\/em>\u00bb.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">iv. La rh\u00e9torique de recrutement de l&rsquo;ex-APC<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les activit\u00e9s de recrutement se sont intensifi\u00e9es suite \u00e0 certaines craintes persistantes dues au fait que les autochtones de Beni avaient perdu toute influence politique, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le RCD \/ K-ML avait perdu beaucoup de postes politiques, administratifs et militaires.<br \/>\nComme l&rsquo;a expliqu\u00e9 un ancien officier de l&rsquo;APC: \u00ab<em>on avait constat\u00e9 que presque tous les postes administratifs \u00e9taient occup\u00e9s par des non-autochtones et on a cr\u00e9\u00e9 une milice<\/em>\u00bb. Un document de recrutement diffus\u00e9 en mai 2010 \u00e0 Beni pr\u00e9sente ainsi la situation: \u00ab<em>Les enfants [autochtones] de Beni n&rsquo;occupent m\u00eame pas 10% des postes de responsabilit\u00e9 dans les bureaux et agences de l&rsquo;\u00c9tat. Dans notre propre ville, nous ne pouvons tol\u00e9rer de telles b\u00eatises. Nulle part dans ce pays les autochtones sont si minimis\u00e9s dans leur propre fief. Les Nande n\u2019occupent aucun poste de direction dans les entreprises d&rsquo;\u00c9tat dans leur propre r\u00e9gion. On cite: OGEFREM, SONAS, INSS, BCDC, FARDC, PNC, DGI, OCC, D [GRAD], ANR, RVA, DGDA, DGRNK, FPI, OFFICE DES ROUTES, TITRES IMMOBLIERS, TRANSCOM, TOURISME, TRIPAIX, PARQUET, AUDITORAT ET AUTRES. La liste n\u2019est pas exhaustive. Chers fr\u00e8res et s\u0153urs, il est temps d&rsquo;agir, de se lib\u00e9rer<\/em>\u00bb.<br \/>\nAu sein de l\u2019ex-APC on remarque une attitude de duplicit\u00e9: d\u2019une part, il dit travailler pour le compte des \u00abenfants du milieu\u00bb et des \u00abautochtones de Beni\u00bb et, d\u2019autre part, il agit sous le label des \u00abADF\u00bb.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">v. L\u2019op\u00e9ration \u00ab\u00a0Safisha Ruwenzori\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout juste au moment o\u00f9 cette nouvelle campagne de recrutement prenait de l&rsquo;ampleur, en juin 2010, les FARDC lan\u00e7aient l&rsquo;op\u00e9ration Safisha Ruwenzori (swahili, nettoyer les Ruwenzori) contre les ADF. Au cours de cette op\u00e9ration, l\u2019arm\u00e9e a d\u00e9mantel\u00e9 plusieurs camps des ADF, affaiblissant leurs voies d&rsquo;approvisionnement, mais provocant des contre-attaques qui furent attribu\u00e9es aux\u00a0 ADF. Les relations des ADF avec les communaut\u00e9s locales s\u2019\u00e9taient d\u00e9grad\u00e9es, car certains civils avaient collabor\u00e9 avec les FARDC comme \u00e9claireurs, ce qui avait provoqu\u00e9 des repr\u00e9sailles contre les populations civiles.<br \/>\nD&rsquo;autres sources sugg\u00e8rent que l&rsquo;op\u00e9ration Ruwenzori avait des objectifs plus larges, notamment\u00a0 celui de r\u00e9primer la remobilisation du RCD \/ K-ML et de ses alli\u00e9s entam\u00e9e pendant les mois pr\u00e9c\u00e9dents.<br \/>\nLes services de renseignement des Nations Unies d\u00e9crivent l&rsquo;op\u00e9ration Ruwenzori comme \u00abune d\u00e9monstration de force avant les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles congolaises\u00bb, co\u00efncidant avec la candidature pr\u00e9sidentielle de Mbusa Nyamwisi.<br \/>\nInternational Crisis Group d\u00e9crit l\u2019op\u00e9ration Ruwenzori comme une r\u00e9ponse \u00e0 \u00abl&rsquo;attaque conjointe\u00bb men\u00e9e par les milices locales et les ADF sur Nyaleke quelques semaines auparavant.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">3. LES MASSACRES DE BENI DEPUIS 2013 \u00c0 2016<\/h1>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">a. Aper\u00e7u g\u00e9n\u00e9ral<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains aspects des violences commises sur le territoire de Beni sont relativement clairs: combien de personnes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es, o\u00f9 et quand. Il est beaucoup plus difficile d\u2019en identifier les auteurs et d\u2019en comprendre les motivations.<br \/>\nUne premi\u00e8re s\u00e9rie d\u2019enl\u00e8vements et de massacres a eu lieu entre 2010 et 2013.<br \/>\nLes tueries qui ont commenc\u00e9 dans le territoire de Beni en octobre 2014 constituent la deuxi\u00e8me vague des violences. Cette vague a \u00e9t\u00e9 la plus brutale que cette r\u00e9gion a vu dans son histoire r\u00e9cente. Entre octobre 2014 et d\u00e9cembre 2016, plus de 800 personnes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es et 180.000 d\u00e9plac\u00e9es. Les massacres les plus importants se sont produits vers la fin de 2014 et la fr\u00e9quence des massacres a culmin\u00e9 au d\u00e9but de 2015. Au cours de cette p\u00e9riode, les cibles des attaques se sont l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9plac\u00e9es des civils vers les installations militaires. Les assaillants ont utilis\u00e9 surtout des machettes et des armes blanches, bien que certains aient \u00e9galement utilis\u00e9 des armes \u00e0 feu. Les victimes ont souvent \u00e9t\u00e9 ligot\u00e9es avant d&rsquo;\u00eatre tu\u00e9es.<br \/>\nEn janvier 2014, l&rsquo;arm\u00e9e congolaise, soutenue par la Mission de l\u2019ONU (MONUSCO), avait lanc\u00e9 une grande offensive contre les ADF, connue sous le nom de Op\u00e9ration Sukola I. Les ADF et les FARDC ont subi des centaines de victimes. Toutefois, l&rsquo;offensive poussa les ADF hors de leurs bastions, situ\u00e9s de longue date dans les contreforts du Ruwenzori et dans la vall\u00e9e de Semliki.<br \/>\nJamil Mukulu, le commandant des ADF, quitta le pays. Le groupe s&rsquo;\u00e9tait enfui dans des directions diff\u00e9rentes et nombre de ses membres sont morts de faim dans le Parc National des Virunga.<br \/>\nDu c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;arm\u00e9e congolaise, les deux premiers commandants de Sukola I ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, tous deux dans des circonstances myst\u00e9rieuses, ce qui a conduit \u00e0 la nomination du g\u00e9n\u00e9ral Muhindo Akili Mundos \u00e0 la t\u00eate des op\u00e9rations fin ao\u00fbt 2014. Sous le commandement du g\u00e9n\u00e9ral Mundos, les op\u00e9rations contre le ADF furent quasiment suspendues et une nouvelle vague de massacres a commenc\u00e9. Les massacres se sont ensuite r\u00e9pandus vers le nord, notamment vers le groupement Bambuba-Kisiki. Les attaques se sont concentr\u00e9es le long de la route nationale n. 4, qui m\u00e8ne de la ville de Beni \u00e0 la province de l&rsquo;Ituri. Alors que les tueries se poursuivaient, les habitants fuyaient de leurs maisons, laissant les villages le long de la route, au nord d&rsquo;Oicha, largement vides.<br \/>\nVers mi-2015, \u00e0 la suite des soup\u00e7ons concernant son implication dans les attaques, le g\u00e9n\u00e9ral Mundos fut transf\u00e9r\u00e9 de Beni \u00e0 Mambasa, en Ituri. Certaines de ses troupes furent d\u00e9plac\u00e9es \u00e0 Komanda, juste au nord de Beni, o\u00f9 des grands camps de personnes d\u00e9plac\u00e9es du territoire de Beni s&rsquo;\u00e9taient form\u00e9s. Le g\u00e9n\u00e9ral Marcel Mbangu Mashita prit la t\u00eate de l\u2019op\u00e9ration Sukola I en juin 2015. Depuis le transfert de Mundos, les violences \u00e9taient devenues plus sporadiques et moins meurtri\u00e8res.<br \/>\nLa s\u00e9quence des \u00e9v\u00e9nements entre 2013 et 2016 est relativement claire. Les protagonistes, cependant, restent envelopp\u00e9s dans le myst\u00e8re. Cela est inhabituel pour l&rsquo;est du Congo, o\u00f9 les chercheurs ont \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement en mesure d\u2019identifier les principaux auteurs des diff\u00e9rents \u00e9pisodes de violence. Il est clair que les acteurs arm\u00e9s de Beni et de ses alentours ont investi des ressources substantielles, pour dissimuler leurs actions et cr\u00e9er des distractions.<br \/>\nPlusieurs sont les causes qui ont donn\u00e9 origine \u00e0 cette situation de ambigu\u00eft\u00e9, confusion et manque de clart\u00e9. Les auteurs mat\u00e9riels des massacres avaient peur des repr\u00e9sailles s\u2019ils osaient diffuser des informations sur leurs groupes arm\u00e9s. Les t\u00e9moins oculaires avaient du mal \u00e0 identifier les auteurs des violences, car ceux-ci portaient presque toujours les uniformes de leurs rivaux pour d\u00e9tourner l\u2019attention. Il s\u2019agissait souvent d\u2019uniformes militaires des FARDC ou d\u2019habits caract\u00e9ristiques de l&rsquo;islam. D&rsquo;autres faisaient usage de simples uniformes de camouflage, utilis\u00e9es aussi par d\u2019autres groupes arm\u00e9s. Enfin, les assaillants parlaient plusieurs langues, dont le kiswahili, le kinyarwanda, le lingala, le kinande et plusieurs autres.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">b. Le r\u00f4le des ADF au sein d\u2019un vaste r\u00e9seau de coalitions atypiques<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gouvernement congolais a, pour la plupart, attribu\u00e9 les massacres de Beni aux ADF. La communaut\u00e9 internationale aussi a g\u00e9n\u00e9ralement adopt\u00e9 cette version. Dans ce contexte, on a souvent interpr\u00e9t\u00e9 ces tueries comme une tentative des ADF pour all\u00e9ger la pression de l\u2019arm\u00e9e sur leurs camps, l\u2019obligeant \u00e0 concentrer son action dans les centres habit\u00e9s pour prot\u00e9ger la population locale et la poussant, de telle fa\u00e7on, vers des localit\u00e9s \u00e9loign\u00e9es de leur camps.<br \/>\nCertainement, les ADF ont jou\u00e9 un r\u00f4le important dans le conflit, en participant d\u00e8s le d\u00e9but au tueries, pour intimider les civils et les emp\u00eacher de collaborer avec les FARDC. Toutefois, si l\u2019on concentre l\u2019attention exclusivement sur les ADF, on ne parvient pas \u00e0 comprendre comment elles auraient \u00e9t\u00e9 en mesure d\u2019accomplir, \u00e0 elles seules, tous les massacres constat\u00e9s, ni \u00e0 expliquer les aspects les plus d\u00e9routants des violences. Un focus exclusif sur les ADF risque de faire oublier que ce groupe arm\u00e9 ougandais \u00e9tait arriv\u00e9 dans l&rsquo;est du Congo depuis 1995 et qu\u2019il a tiss\u00e9 des liens tr\u00e8s \u00e9troits avec des groupes arm\u00e9s locaux. Ce focus ignorerait \u00e9galement\u00a0 une vaste quantit\u00e9 de preuves (rapports du gouvernement congolais, de la soci\u00e9t\u00e9 civile et des Nations Unies) relatives \u00e0 la participation, dans les massacres, d\u2019une grande vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;acteurs.<br \/>\nEn effet, un des premiers rapports de l&rsquo;ONU sur les massacres de Beni avait remarqu\u00e9 que des milices locales op\u00e9raient et tuaient \u00ab\u00a0sous l\u2019\u00e9tiquette des ADF\u00a0\u00bb. Un autre rapport des renseignements des Nations Unies avait identifi\u00e9 un \u00ab<em>nouveau r\u00e9seau de diff\u00e9rents groupe arm\u00e9s compos\u00e9 de combattants de l\u2019ex-APC d\u00e9mobilis\u00e9s, d&rsquo;Ougandais, d\u2019anciens M23, de Tutsi et de combattants locaux qui \u00e9taient diff\u00e9rents des ADF, mais qui op\u00e9raient en collaboration avec elles<\/em>\u00bb.<br \/>\nD&rsquo;autres rapports de l&rsquo;ONU ont soulign\u00e9 les liens des ADF avec des groupes arm\u00e9s locaux, d\u00e9crivant les ADF comme \u00ab\u00a0le principal fournisseur\u00a0\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0l\u2019acc\u00e8s facilit\u00e9 aux fournitures de guerre\u00a0\u00bb pour certains groupes Mayi Mayi congolais. Ces documents ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019existence de relations entre les ADF et des politiciens congolais de l\u2019opposition (Nyamwisi) et l\u2019organisation de r\u00e9unions entre des commandants de l&rsquo;ex-APC, de l\u2019ex-M23 et des ADF, pour \u00e9laborer une \u00ab\u00a0strat\u00e9gie \u00a0commune\u00a0\u00bb.<br \/>\nUne enqu\u00eate parlementaire congolaise aussi a \u00e9voqu\u00e9 l\u2019implication de certains officiers de l&rsquo;arm\u00e9e nationale dans l\u2019organisation\u00a0 des attaques et des massacres.<br \/>\nCes rapports aident \u00e0 attirer l&rsquo;attention sur la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;identifier l&rsquo;ensemble des acteurs qui ont pu participer aux massacres et d&rsquo;examiner les relations existantes entre eux. Les tueurs provenaient de diff\u00e9rents milieux linguistiques et il y avait une forte pr\u00e9sence de personnes parlant le kinyarwanda, ce qui indique l\u2019existence d\u2019un r\u00e9seau de coalitions atypiques. Il faut donc tenir compte de la composition mixte de ces escadrons charg\u00e9s des tueries et chercher les causes qui ont conduit \u00e0 leur formation \u00e0 partir de groupes parfois concurrents. On doit aussi tenir compte du temps o\u00f9 les attaques ont eu lieu, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019ils sont \u00e9clat\u00e9s lorsque la pression des FARDC contre les ADF avait diminu\u00e9. Enfin, il est tout \u00e0 fait n\u00e9cessaire v\u00e9rifier les all\u00e9gations sur la participation active de certains officiers des FARDC dans l&rsquo;organisation des massacres et en chercher les causes et les motivations.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">c. Les responsables des tueries<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que les ADF ont particip\u00e9 \u00e0 des nombreux massacres, il est clair que plusieurs autres r\u00e9seaux d&rsquo;acteurs \u00e9taient \u00e9galement impliqu\u00e9s, parfois collaborant et parfois se faisant concurrence.<br \/>\nLes recherches r\u00e9v\u00e8lent que les massacres commenc\u00e9s en 2013 ont \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9s par des groupes mixtes de combattants et non par des groupes singuliers et unitaires ayant des programmes politiques. Ces groupes mixtes (r\u00e9seaux) comprenaient l&rsquo;ex APC, les milices locales (\u00e0 savoir, les Ma\u00ef-Ma\u00ef Mayangose \u200b\u200bet la milice Vuba), des combattants rwandophones et les ADF. Il y avait \u00e9galement des officiers des FARDC de l\u2019op\u00e9ration Sukola I, qui ont souvent facilit\u00e9 le d\u00e9placement des agresseurs et, dans certains cas, organis\u00e9 les tueries. Les relations entre ces diff\u00e9rents groupes n&rsquo;impliquaient pas n\u00e9cessairement une coordination entre eux, mais une interaction \u00e9troite pour des fins individuellement opportunistes.<br \/>\n\u00c0 un moment donn\u00e9, entre mi et fin de 2014, les forces gouvernementales ont pu p\u00e9n\u00e9trer dans ces r\u00e9seaux qui organisaient les attaques. Au lieu de traduire les coupables en justice, les FARDC ont coopt\u00e9 ces r\u00e9seaux et poursuivi les violences. Toutes les parties ont profit\u00e9 de la possibilit\u00e9 de jeter la responsabilit\u00e9 des violences sur une organisation islamiste \u00e9trang\u00e8re, les ADF notamment.<br \/>\nToutefois, il est extr\u00eamement difficile d&rsquo;identifier d\u00e9finitivement les chefs de ces r\u00e9seaux et d&rsquo;\u00e9tablir clairement les responsabilit\u00e9s, surtout en l&rsquo;absence presque totale d&rsquo;enqu\u00eates judiciaires.<br \/>\nLes acteurs se diversifiaient en fonction de leurs diff\u00e9rents r\u00f4les dans les tueries. Il y avait des \u00abpremiers moteurs\u00bb qui ont initi\u00e9 les tueries et des \u00abseconds moteurs\u00bb qui ont organis\u00e9 des massacres en r\u00e9ponse \u00e0 ceux perp\u00e9tr\u00e9s par les premiers moteurs. Il y avait les mandataires qui ont donn\u00e9 le mot d\u2019ordre pour les attaques et les combattants de base qui les ont ex\u00e9cut\u00e9es. Les premiers et les seconds ont fait recours \u00e0 des nouvelles recrues et \u00e0 des interm\u00e9diaires locaux, aggravant l&rsquo;opacit\u00e9 des violences. Dans ce contexte, les ADF se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es comme un acteur profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans ce r\u00e9seau de relations entre groupes arm\u00e9s locaux, plut\u00f4t qu&rsquo;un acteur distant et \u00e9tranger.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">i. Les \u00ab\u00a0premiers moteurs\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les recherches ont d\u00e9montr\u00e9 que les origines des massacres ne provenaient pas simplement d&rsquo;une r\u00e9action des ADF au d\u00e9clanchement de l\u2019op\u00e9ration militaire Sukola I, comme cela a \u00e9t\u00e9 souvent sugg\u00e9r\u00e9, mais aussi de l\u2019initiative de certains groupes arm\u00e9s qui, entre 2012 et 2013, \u00e0 Beni, s\u2019\u00e9taient mobilis\u00e9s au cours de la p\u00e9riode de la r\u00e9bellion du Mouvement du 23 mars (M23). L\u2019id\u00e9e des massacres \u00e9tait venue, au moins partiellement, de certains officiers de l\u2019arm\u00e9e issus de l&rsquo;ex-APC qui, \u00e0 cette \u00e9poque, apr\u00e8s avoir d\u00e9sert\u00e9 l\u2019arm\u00e9e, avaient cherch\u00e9 des nouveaux moyens pour sauvegarder leur influence dans le Grand Nord du Nord Kivu.<br \/>\nLe RCD \/ K-ML s\u2019\u00e9tait transform\u00e9 en parti politique en 2003, sous le gouvernement de transition mais, sur place, un r\u00e9seau d\u2019officiers et de combattants de l&rsquo;ex-APC restait encore actif. \u00c0 partir de 2006, ce r\u00e9seau avait lanc\u00e9 une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale pour contester le pouvoir \u00e9conomique et politique dans la r\u00e9gion, tout en restant \u00e9troitement int\u00e9gr\u00e9 au trafic \u00e9conomique local. Parmi les personnes impliqu\u00e9es dans les pr\u00e9paratifs des violences, il y avait Frank Kakolele Bwambale, Adrian Loni (son collaborateur de longue date) et Edouard Nyamwisi, en collaboration avec les ADF.<br \/>\nDe toute \u00e9vidence, pas tous les officiers et combattants de l&rsquo;ex-APC \u00e9taient membres du groupe d\u00e9nomm\u00e9 \u00abex-APC\u00bb. L\u2019utilisation de ce terme n\u2019implique pas que tous les anciens dirigeants de l&rsquo;APC et du RCD \/ K-ML aient \u00e9t\u00e9 membres de ce groupe et responsables de ses actions. L\u2019ex-APC avait pour objectif celui de renforcer son influence sur les affaires politiques et \u00e9conomiques de Beni, telles que les nominations des cadres de l\u2019administration et l\u2019activit\u00e9 commerciale.<br \/>\nL\u2019ex-APC vantait des liens r\u00e9els ou imaginaires avec l&rsquo;ancien chef du RCD \/ K-ML, Mbusa Nyamwisi. Certains combattants encore actifs pendant la p\u00e9riode des tueries ont d\u00e9clar\u00e9 leur loyaut\u00e9 envers Mbusa Nyamwisi, bien que la nature de ces liens ne soit pas claire. On n&rsquo;a pas pu confirmer les all\u00e9gations selon lesquelles Mbusa Nyamwisi \u00e9tait personnellement impliqu\u00e9 dans cette mobilisation. Mbusa lui-m\u00eame a affirm\u00e9 que ces officiers de l&rsquo;ex-APC travaillaient partout pour le gouvernement de Kinshasa.<br \/>\nLes ex-APC collaboraient avec d&rsquo;autres groupes arm\u00e9s et, en particulier, avec les ADF. Les premiers massacres de 2013 avaient \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9s par des groupes mixtes compos\u00e9s par des combattants de l&rsquo;ex-APC et des membres des ADF. Les deux groupes utilisaient des cha\u00eenes de recrutement conjointes, ils menaient des attaques et organisaient des massacres ensemble et, parfois, ils vivaient ensemble dans les m\u00eames camps. Les promoteurs des premiers massacres \u00e9taient les ex-APC, mais les ADF aussi avaient leurs int\u00e9r\u00eats: pr\u00e9server leurs int\u00e9r\u00eats commerciaux et se venger des FARDC.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 lors des premi\u00e8res violences de 2013, on avait constat\u00e9 la pr\u00e9sence de rwandophones. Une explication possible de leur implication provient d\u2019une \u00e9ventuelle pr\u00e9sence, \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0, de liens entre les troupes de l&rsquo;ex-APC et celles du M23. D&rsquo;autres sources issues de l&rsquo;ex-APC mentionnent la pr\u00e9sence, \u00e0 Beni, de rwandophones qui, provenant du Petit Nord du Nord Kivu, avaient particip\u00e9 aux violences de d\u00e9cembre 2013. Ils auraient \u00e9t\u00e9 des ex\u00e9cuteurs, plut\u00f4t que des d\u00e9cideurs des tueries.<br \/>\nUn dernier groupe de combattants provenait des autorit\u00e9s locales et des milices alli\u00e9es, sur lesquelles les officiers de l\u2019ex-APC comptaient souvent, pour recruter des nouveaux combattants et obtenir des armes. Les commandants de l\u2019ex-APC s\u2019\u00e9taient notamment appuy\u00e9s sur la milice Ma\u00ef-Ma\u00ef Mayangose pour organiser des groupes arm\u00e9s en 2013 et mener les premi\u00e8res attaques de 2014.<br \/>\nLes Ma\u00ef-Ma\u00ef Mayangose, bas\u00e9s dans la localit\u00e9 de Boikene dans la p\u00e9riph\u00e9rie de la ville de Beni, initialement \u00e9taient une milice d\u2019agriculteurs n\u00e9e pendant la deuxi\u00e8me guerre du Congo, pour exiger leur acc\u00e8s aux terres agricoles du Parc National des Virunga mais, vers 2009, le chef Mbonguma Kitobi prit le relais et s\u2019\u00e9carta de ces objectifs originaux. Depuis cette \u00e9poque-l\u00e0, le groupe de Mbonguma a travaill\u00e9 en \u00e9troite collaboration avec des officiers de l\u2019ex-APC et avec les ADF. Pour ses activit\u00e9s, la milice utilisait parfois les d\u00e9nominations \u00abADF\u00bb ou \u00abNALU\u00bb comme pseudonyme. Une deuxi\u00e8me milice \u00e9tait compos\u00e9e par des combattants provenant du groupe minoritaire Vuba (ou Bambuba), du groupement Bambuba-Kisiki. Cette milice op\u00e9rait en collaboration avec les ADF et souvent avec la milice Mayangose, dans le but de r\u00e9tablir l&rsquo;acc\u00e8s des populations autochtones \u00e0 la terre et d\u2019obtenir la diminution des taxes.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">ii. Les \u00ab\u00a0seconds moteurs\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9seaux progouvernementaux au sein de l&rsquo;arm\u00e9e nationale, en particulier la 31<sup>\u00e8me<\/sup> brigade de l\u2019op\u00e9ration Sukola I, ont agi en tant que \u00abseconds moteurs\u00bb des massacres.<br \/>\nIl est prouv\u00e9 que la direction des FARDC pour Sukola I a coopt\u00e9 des groupes pr\u00e9existants, dans le but potentiel d&rsquo;affaiblir les r\u00e9seaux adversaires qui, selon elle, \u00e9taient responsables des tueries en cours. Au lieu de mettre fin aux violences, cette approche a aliment\u00e9 des nouveaux massacres.<br \/>\nLes figures cl\u00e9s de cette strat\u00e9gie \u00e9taient des commandants des FARDC au sein de l\u2019op\u00e9ration Sukola I qui avaient acquis une certaine importance lorsque le g\u00e9n\u00e9ral Mundos prit le commandement de l\u2019op\u00e9ration en ao\u00fbt 2014. Mundos et d&rsquo;autres commandants de Sukola I ont recrut\u00e9 des nouveaux combattants pour organiser d\u2019autres tueries. Pour le faire, des officiers de Sukola I ont rencontr\u00e9 des chefs locaux \u00e0 Beni et ont sollicit\u00e9 la collaboration des ADF.<br \/>\nS&rsquo;il est difficile de conna\u00eetre la pens\u00e9e exacte des d\u00e9cideurs, des sources proches d&rsquo;eux ont affirm\u00e9 que la direction de Sukola I \u00e9tait plus d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 neutraliser l&rsquo;opposition politique que de mettre fin aux violences.<br \/>\nApr\u00e8s l\u2019affaiblissement de sa capacit\u00e9 de mobilisation et pour garder le contr\u00f4le sur le territoire, l\u2019ex APC avait adopt\u00e9 une nouvelle strat\u00e9gie, celle de la lutte arm\u00e9e, y compris les massacres des civils.<br \/>\nCertains commandants de l\u2019op\u00e9ration Sukola I avaient pris connaissance de ces plans et, naturellement, ont organis\u00e9 une contrattaque. Les commandants de Sukola I ont contact\u00e9 des autorit\u00e9s coutumi\u00e8res et des commandants des milices dirig\u00e9es par des ancien commandants de l\u2019APC et ils ont utilis\u00e9 leurs combattants pour commettre des meurtres et puis arr\u00eater leurs anciens collaborateurs pour les attaques perp\u00e9tr\u00e9es.<br \/>\nAlors que Mundos assumait la direction de Sukola I, les nominations au sein de cette op\u00e9ration sugg\u00e8rent que Kinshasa visait \u00e0 infiltrer les r\u00e9seaux de l\u2019ex-APC et de ses alli\u00e9s. Adrian Loni (alias \u00abMuhumuza\u00bb ou \u00abYesse\u00bb) \u00e9tait un facilitateur important de cette strat\u00e9gie. Adrian fut pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l&rsquo;APC pendant la seconde guerre du Congo et il avait entretenu des relations \u00e9troites avec des nombreux commandants de l&rsquo;ex-APC et avec des chefs coutumiers leurs alli\u00e9s. Adrian fut nomm\u00e9 lieutenant-colonel dans l\u2019op\u00e9ration Sukola I, gr\u00e2ce \u00e0 ses relations avec le gouvernement congolais. De ce poste, il a organis\u00e9 plusieurs massacres.<br \/>\nPareillement, un autre officier de l&rsquo;ex-APC \u00e9troitement impliqu\u00e9 dans des groupes arm\u00e9s et dans des enl\u00e8vements en 2013-2014, Muhindo Charles Lwanga, avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 dans l\u2019op\u00e9ration Sukola I, tout en entretenant des liens avec des combattants locaux impliqu\u00e9s dans des tueries.<br \/>\nLorsque Mundos fut \u00e9loign\u00e9 de Beni \u00e0 la mi-2015, le colonel \u00abTipi Ziro Ziro\u00bb facilita des attaques, en collaboration avec des autorit\u00e9s et des combattants Vuba.<br \/>\nLes violences de Bambuba-Kisiki ont eu lieu, au moins en partie, dans un contexte ethnique, pour r\u00e9tablir le contr\u00f4le des Vuba sur les migrants Nande.<br \/>\nLes officiers de Sukola I impliqu\u00e9s dans des tueries ont \u00e9galement facilit\u00e9 l&rsquo;entr\u00e9e de Rwandophones dans la r\u00e9gion.<br \/>\nLes ADF sont rest\u00e9es actives sur ces r\u00e9seaux, en collaborant avec les acteurs arm\u00e9s locaux \u00e0 diff\u00e9rents moments, pour chercher profit de tous les c\u00f4t\u00e9s. C\u2019est dans ce contexte que des officiers des ADF, dont Feza, Baluku et Braida, ont particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;organisation et \u00e0 la r\u00e9alisation de nombreuses attaques.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Cf <a href=\"http:\/\/congoresearchgroup.org\/new-crg-investigative-report-mass-killings-in-beni-territory\/?lang=fr\">http:\/\/congoresearchgroup.org\/new-crg-investigative-report-mass-killings-in-beni-territory\/?lang=fr<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LES MASSACRES DE BENI: VIOLENCE POLITIQUE, DISSIMULATIONS ET COOPTATIONS &nbsp; Groupe d\u2019\u00c9tude sur le Congo (GEC) Rapport d\u2019enqu\u00eate n. 2 (1\u00e8re Partie) Septembre 2017[1] SOMMAIRE 1. INTRODUCTION 2. LES LIENS ENTRE LES ADF\/NALU, LES MILICES LOCALES ET LA POLITIQUE DANS LE TERRITOIRE DE BENI (1980-2010) a. L\u2019int\u00e9gration politique des ADF \/ NALU (1980 &#8211; 1997) &hellip; <\/p>\n<p><a class=\"more-link btn\" href=\"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/2020\/04\/congo-actualite-n-400\/\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[390,383,24,387,384,381,338,389,391,343,388,385,386,30,183,382,392],"class_list":["post-3881","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-congo-actualite","tag-akili-mwindo-mundos","tag-armee-populaire-congolaise-apc","tag-congo-actualite-2","tag-enoch-nyamwisi","tag-ex-apc","tag-forces-armees-rdcongo-fardc","tag-forces-democratiques-alliees-adf","tag-frank-kakolele-bwambale","tag-hilaire-kombi","tag-massacres-de-beni","tag-mbusa-nyamwisi","tag-milice-mayangose","tag-milice-vuba","tag-monusco","tag-nande","tag-rassemblement-congolais-pour-la-democratie-kisangani-mouvement-de-liberation-rcd-k-ml","tag-rwandophones","item-wrap"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3881","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3881"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3881\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4166,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3881\/revisions\/4166"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3881"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3881"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3881"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}