{"id":2701,"date":"2016-04-04T09:21:13","date_gmt":"2016-04-04T07:21:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/?p=2701"},"modified":"2016-04-04T09:21:34","modified_gmt":"2016-04-04T07:21:34","slug":"congo-actualite-n-274","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/2016\/04\/congo-actualite-n-274\/","title":{"rendered":"Congo Actualit\u00e9 n. 274"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: center;\"><strong>QUI SONT LES TUEURS DE BENI?<\/strong><\/h1>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Groupe d\u2019\u00e9tude sur le Congo<\/h2>\n<h2 style=\"text-align: center;\">Mars 2016<a href=\"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-admin\/post-new.php#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><u>[1]<\/u><\/a><\/h2>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong>SOMMAIRE<\/strong><\/h1>\n<p>I. R\u00c9SUM\u00c9 ET RECOMMANDATIONS<\/p>\n<p>II. INTRODUCTION<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">III. PR\u00c9SENTATION DES FAITS<\/p>\n<p>IV. QUI SONT LES TUEURS ? UNE \u00c9VALUATION DES HYPOTH\u00c8SES<\/p>\n<p>a. Les rebelles ADF<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Aper\u00e7u historique des ADF<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Les ADF et leurs pr\u00e9sum\u00e9s liens avec d\u2019autres groupes terroristes<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Les auteurs des massacres de Beni: les ADF, mais pas seulement les ADF<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Les ADF et les massacres de Kamango et de Kikingi en 2013<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">La grande s\u00e9rie de massacres commis de 2014 \u00e0 2016<\/li>\n<\/ul>\n<p>b. Les FARDC: entre omnipr\u00e9sence et inefficacit\u00e9<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Complicit\u00e9 passive des FARDC<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Participation directe des FARDC aux massacres<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Observations et conclusion partielle sur la piste FARDC<\/li>\n<\/ul>\n<p>c. Les anciens du RCD\/K-ML<\/p>\n<p>V. PRINCIPALES CONCLUSIONS<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<!--more--><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong>I. R\u00c9SUM\u00c9 ET RECOMMANDATIONS<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis octobre 2014, aux environs de la ville de Beni, dans le nord-est de la R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo (RD Congo), plus de cinq cent personnes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es et des dizaines de milliers ont fui leurs foyers. La mission de l\u2019ONU et le gouvernement congolais ont d\u00e9clar\u00e9 publiquement que les massacres sont l\u2019\u0153uvre des rebelles ougandais des Allied Democratic Forces (ADF). Les recherches du Groupe d\u2019\u00e9tude sur le Congo (GEC) indiquent que la d\u00e9finition des ADF est \u00e0 revoir. Au lieu d\u2019un groupe islamiste \u00e9tranger motiv\u00e9 par la vengeance, il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019un groupe qui, au cours de vingt ann\u00e9es de pr\u00e9sence autour de Beni, a fini par tisser des liens forts avec les milices et des groupes d\u2019int\u00e9r\u00eats locaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre enqu\u00eate pr\u00e9liminaire indique que la responsabilit\u00e9 des massacres ne peut pas \u00eatre attribu\u00e9e seulement aux ADF. En plus des commandants qui appartiennent strictement aux ADF, certains membres des Forces arm\u00e9es de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (FARDC), des anciens du Rassemblement congolais pour la d\u00e9mocratie\u2013Kisangani\/Mouvement de lib\u00e9ration (RDC\u2013K\/ML), ainsi que des membres des milices communautaires sont aussi intervenus dans les attaques contre la population civile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne pouvons pas nous prononcer sur les cha\u00eenes de commandement ou sur les motivations de ces groupes, mais il est clair que le gouvernement congolais et la Mission de l\u2019Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RD Congo (MONUSCO) n\u2019ont pas fait les efforts suffisants pour r\u00e9pondre \u00e0 cette crise et ont mal identifi\u00e9 l\u2019ennemi. Souvent, bien qu\u2019ayant perdu des centaines de soldats dans les op\u00e9rations contre les ADF qui ont eu lieu avant juillet 2014, les FARDC n\u2019ont pas r\u00e9agi \u00e0 temps pour prot\u00e9ger la population pendant et apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements, un manque d\u2019initiative que l\u2019on reproche aussi \u00e0 la MONUSCO. Nos chercheurs ont document\u00e9 des cas o\u00f9 des officiers des FARDC ont dissuad\u00e9 leurs unit\u00e9s d\u2019intervenir pendant des massacres et il existe de nombreuses preuves indiquant que des membres des FARDC ont activement particip\u00e9 aux massacres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">RECOMMANDATIONS:<\/p>\n<ul style=\"text-align: justify;\">\n<li>Le gouvernement devrait constituer dans les plus brefs d\u00e9lais une commission d\u2019enqu\u00eate sp\u00e9ciale dirig\u00e9e par un procureur militaire haut grad\u00e9 pour enqu\u00eater sur les actes de violence perp\u00e9tr\u00e9s autour de Beni depuis octobre 2014. Les r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate devraient \u00eatre rendus publics;<\/li>\n<li>La MONUSCO devrait mener une enqu\u00eate en vue d\u2019\u00e9tablir les responsabilit\u00e9s dans les massacres de Beni;<\/li>\n<li>Le S\u00e9nat et l\u2019Assembl\u00e9e de la RDC nationale devraient constituer une commission d\u2019enqu\u00eate conjointe charg\u00e9e de situer les responsabilit\u00e9s politiques, notamment le r\u00f4le qu\u2019ont pu jouer les responsables des institutions en charge de la s\u00e9curit\u00e9 dans la commission des massacres autour de Beni;<\/li>\n<li>Le gouvernement congolais devrait proposer un plan de stabilisation et de s\u00e9curisation pour le territoire de Beni qui implique les FARDC, les communaut\u00e9s locales et la MONUSCO.<\/li>\n<\/ul>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong>II. INTRODUCTION<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre octobre 2014 et d\u00e9cembre 2015, autour de la ville de Beni, plus d\u2019un demi-millier de civils ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s, essentiellement \u00e0 l\u2019arme blanche. Paradoxalement, l\u2019identit\u00e9 des responsables est \u00e0 ce jour rest\u00e9e une \u00e9nigme et pr\u00eate \u00e0 controverse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s le d\u00e9but, les institutions officielles et les m\u00e9dias ont d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait de membres des ADF, un groupe rebelle ougandais bas\u00e9 en RDC. L\u2019explication semblait logique puisque les massacres ont commenc\u00e9 au premier semestre de 2014, juste apr\u00e8s le d\u00e9mant\u00e8lement des bastions des ADF par les Forces arm\u00e9es de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (FARDC) dans la plaine de la Semuliki, adjacente au Mont Ruwenzori. Les partisans de cette th\u00e9orie disent que les ADF auraient \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9es par un esprit de vengeance \u00e0 l\u2019encontre des populations locales, parce que celles-ci les auraient signal\u00e9es aux Forces de S\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette version a vite \u00e9t\u00e9 contredite ou nuanc\u00e9e par diff\u00e9rentes parties. Certaines autorit\u00e9s gouvernementales ont vu dans les ADF la main invisible de Mbusa Nyamwisi, un leader local pass\u00e9 \u00e0 l\u2019opposition. De son c\u00f4t\u00e9, celui-ci a accus\u00e9 des officiers des FARDC d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois commandants des FARDC et des ADF. Entre temps, une commission parlementaire, institu\u00e9e en vue de faire la lumi\u00e8re sur les massacres, avait d\u00e9nonc\u00e9 des carences dans le commandement des FARDC.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, la co\u00efncidence de ces massacres avec les migrations r\u00e9centes des populations d\u2019expression kinyarwanda a accentu\u00e9 les sp\u00e9culations concernant l\u2019identit\u00e9 des meurtriers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 cette \u00e9nigme et l\u2019ampleur de la violence, aucune investigation approfondie n\u2019a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e par le gouvernement de Kinshasa, les Nations Unies, ou les organisations non-gouvernementales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pr\u00e9sente enqu\u00eate essaie de r\u00e9pondre aux questions suivantes: Qui a perp\u00e9tr\u00e9 les massacres? Quelles sont les causes sociales et structurelles qui se cachent derri\u00e8re ces massacres? Quels sont les enjeux, les strat\u00e9gies et les motivations des acteurs directement ou indirectement int\u00e9ress\u00e9s par l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Beni?<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong>III. PR\u00c9SENTATION DES FAITS<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que s\u2019est-il pass\u00e9 exactement dans les environs de la ville de Beni entre octobre 2014 et f\u00e9vrier 2016?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plupart des m\u00e9dias ont accept\u00e9, sans la remettre en cause, la version de l\u2019arm\u00e9e congolaise et de la MONUSCO: les ADF, un groupe de miliciens islamistes, ont \u00e9t\u00e9 tenues responsables des tueries.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre enqu\u00eate confirme que les ADF sont, en grande partie, responsables de la violence. Mais il est aussi \u00e9vident que l\u2019interpr\u00e9tation des autorit\u00e9s et de la presse, qui voient les ADF comme \u00abun groupe djihadiste et islamiste\u00bb, \u00abappartenant \u00e0 la mouvance islamique\u2026 en contact avec des djihadistes de Somalie et du Kenya\u00bb, entretenant \u00abdes liens av\u00e9r\u00e9s avec les Shebabs\u00bb ne refl\u00e8te pas la r\u00e9alit\u00e9. Apr\u00e8s plus de vingt ans v\u00e9cus en terre congolaise, les ADF se sont profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans la soci\u00e9t\u00e9 locale et ont tiss\u00e9 des liens avec d\u2019autres groupes arm\u00e9s locaux. Il n\u2019est donc pas surprenant que le r\u00e9seau de tueurs inclue des ADF d\u2019origine ougandaise, mais aussi des soldats des FARDC, d\u2019anciens officiers du RCD\/K-ML, et des milices communautaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les massacres ont d\u00e9but\u00e9 le 2 octobre 2014 \u00e0 Mukoko et \u00e0 Kokola, \u00e0 plus de 20 kilom\u00e8tres au nord de la ville de Beni. Des victimes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9capit\u00e9es devant les membres de leur famille, des malades ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9membr\u00e9s dans leurs lits d\u2019h\u00f4pital et des centaines de civils ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s \u00e0 l\u2019aide d\u2019armes blanches. L\u2019on peut penser qu\u2019au moins 551 personnes sont mortes tout au long de ces tueries.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant les personnes cibl\u00e9es, il est difficile de faire des g\u00e9n\u00e9ralisations. Malgr\u00e9 certaines rumeurs, toutes les communaut\u00e9s religieuses ont \u00e9t\u00e9 vis\u00e9es, m\u00eame si la majorit\u00e9 des victimes \u00e9tait chr\u00e9tienne, religion la plus repr\u00e9sent\u00e9e d\u00e9mographiquement dans la r\u00e9gion. Les t\u00e9moins interrog\u00e9s attestent que les tueurs ne s\u2019int\u00e9ressent pas \u00e0 la religion de leurs victimes. De la m\u00eame fa\u00e7on, la plupart des assassinats ont \u00e9t\u00e9 commis sans discrimination ethnique apparente. N\u00e9anmoins, des indices font le lien avec un conflit entre les communaut\u00e9s originaires du territoire de Beni qui se sentent marginalis\u00e9es, et plus exactement entre les Mbuba, consid\u00e9r\u00e9s comme autochtones, et les Nande, accus\u00e9s d\u2019avoir envahi le territoire des Mbuba.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En outre, les massacres ont connu un mode op\u00e9ratoire vari\u00e9, ce qui pourrait conduire \u00e0 penser que plusieurs groupes aient \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Types d\u2019armes: armes blanches (69 %), armes \u00e0 feu (27 %) et incendies (4 %).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Tranches d\u2019heures: nuit \/ apr\u00e8s 21h00\u00a0(55 %), soir \/ de 17h00 \u00e0 21h00 (38 %) er journ\u00e9e \/ de 6h00 \u00e0 17h00 (7 %).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Langues utilis\u00e9es par les tueurs\u00a0: Kiswahili (47%), Kinyarwanda (20%), Lingala (15%), Luganda (13%), Anglais (4%), Arabe (3%), Kinande (2%), Kimbuba (1%), silence (2%) et langue inconnue (2%).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les tueurs se d\u00e9ploient en groupes de taille variable, pouvant compter d\u2019une dizaine \u00e0 une cinquantaine de personnes. Ils surprennent souvent leurs victimes pendant la nuit dans leur sommeil, mais op\u00e8rent aussi parfois le soir, au moment o\u00f9 les paysans rentrent des champs, d\u00eenent ou boivent leur bi\u00e8re. La composition des groupes diff\u00e8re aussi: ce sont parfois des petits groupes, ou alors des groupes mixtes compos\u00e9s d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils utilisent parfois la ruse pour distraire leurs cibles ou les voisins: les enfants jouent du tam-tam et chantent pendant qu\u2019une partie des adultes tue et qu\u2019une autre surveille les parages ou attend que l\u2019op\u00e9ration soit termin\u00e9e pour compter les morts. Les assaillants peuvent piller le lieu du massacre ou repartir sans rien emporter. Ils peuvent \u00eatre v\u00eatus de tenues militaires des FARDC, entre autres, ou combiner des qamis avec des v\u00eatements ordinaires. Dans tous les cas, apr\u00e8s les carnages, ils se retirent tranquillement, sans pr\u00e9cipitation; on a aussi remarqu\u00e9 qu\u2019ils pr\u00e9f\u00e8rent utiliser les armes blanches : machettes, haches, couteaux, marteaux et houes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cours du deuxi\u00e8me semestre 2015, les dynamiques de violence ont chang\u00e9 de mani\u00e8re subtile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les affrontements ont pris une autre tournure: les massacres de civils ont baiss\u00e9 d\u2019intensit\u00e9 au profit d\u2019affrontements militaires entre un groupe arm\u00e9 non clairement identifi\u00e9 et les FARDC, essentiellement sur le tron\u00e7on routier Mbau-Eringeti. L\u2019exemple le plus frappant de cette tendance a \u00e9t\u00e9 l\u2019attaque contre des positions FARDC et de la MONUSCO \u00e0 Eringeti, le 29 novembre 2015. Pendant cette attaque, les assaillants ont fait preuve de comp\u00e9tences militaires et strat\u00e9giques tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9es, en attaquant simultan\u00e9ment plusieurs positions militaires. De m\u00eame, le 13 janvier, des pr\u00e9sum\u00e9s combattants des ADF ont lanc\u00e9 des attaques simultan\u00e9es contre des positions FARDC et celles de la MONUSCO \u00e0 Opira, tuant quatre soldats.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong>IV. QUI SONT LES TUEURS ? UNE \u00c9VALUATION DES HYPOTH\u00c8SES<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gouvernement central et son appareil militaire ont, depuis le d\u00e9but, conclu que les ADF \u00e9taient responsables des tueries et n\u2019ont, par cons\u00e9quent, pas men\u00e9 d\u2019investigation. La MONUSCO a confirm\u00e9 ce discours.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong>a. Les rebelles ADF<\/strong><\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Aper\u00e7u historique des ADF<\/em><\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ADF sont un groupe rebelle ougandais qui a \u00e9merg\u00e9 des tensions n\u00e9es au sein de la communaut\u00e9 musulmane ougandaise. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, des membres de la secte des Tabligh ont affront\u00e9 le Conseil supr\u00eame islamique au sujet de la direction d\u2019une mosqu\u00e9e \u00e0 Kampala. Suite \u00e0 cette dispute, Jamil Mukulu et plusieurs autres dirigeants Tabligh ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s. Apr\u00e8s leur lib\u00e9ration en 1993, ils ont commenc\u00e9 \u00e0 mobiliser une petite arm\u00e9e \u00e0 l\u2019ouest de l\u2019Ouganda, avec le soutien du gouvernement soudanais, en riposte au soutien de Kampala \u00e0 la r\u00e9bellion de l\u2019Arm\u00e9e populaire de lib\u00e9ration du Soudan (APLS).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir de 1995, les ADF s\u2019\u00e9taient implant\u00e9es dans la partie congolaise du massif du Ruwenzori, o\u00f9 elles s\u2019\u00e9tait alli\u00e9es de mani\u00e8re formelle \u00e0 l\u2019Arm\u00e9e Nationale de Lib\u00e9ration de l\u2019Ouganda (NALU), un groupe motiv\u00e9 par les revendications de la communaut\u00e9 ethnique ougandaise Konjo, install\u00e9e elle aussi dans le secteur congolais de Ruwenzori depuis 1988. Le Nalu avait d\u00e9j\u00e0 tiss\u00e9 des relations \u00e9troites avec les autorit\u00e9s locales, notamment avec Enoch Muvingi Nyamwisi, le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Mbusa Nyamwisi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ADF\/Nalu (le nouveau groupe issu de l\u2019alliance entre les ADF et le Nalu) s\u2019est tout de suite int\u00e9gr\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 congolaise. Des commandants ougandais ont \u00e9pous\u00e9 des femmes congolaises et se sont investis activement dans le commerce transfrontalier de bois, de minerais, ainsi que dans l\u2019agriculture. Les leaders locaux ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la puissance militaire des ADF-Nalu, et, en contrepartie, ces m\u00eames leaders ont aid\u00e9 les rebelles ougandais \u00e0 se cacher au moment des attaques de l\u2019arm\u00e9e ougandaise et de ses alli\u00e9s congolais locaux. Il convient de signaler qu\u2019un grand nombre de commandants des ADF-Nalu \u00e9tait de la communaut\u00e9 Kondjo, qui est install\u00e9e de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re avec l\u2019Ouganda et qui partage la m\u00eame langue et les m\u00eames coutumes que la communaut\u00e9 Nande. Ce sont surtout les communaut\u00e9s locales s\u2019estimant marginalis\u00e9es(surtout les Mbuba et les Talinga) qui ont vu dans leurs alliances avec les ADF-Nalu une opportunit\u00e9 de s\u2019\u00e9manciper.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 cette dynamique locale, entre 1996 et 2000, les ADF-Nalu sont rest\u00e9s focalis\u00e9s sur l\u2019Ouganda. Ils ont men\u00e9 des attaques en Ouganda, ciblant des installations gouvernementales et des civils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, dans cette p\u00e9riode, les ADF \/NALU ont renforc\u00e9 leurs liens avec un groupe rebelle congolais, le RCD\/K-ML, qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1999, suite aux tensions n\u00e9es au sein du Rassemblement congolais pour la d\u00e9mocratie (RCD), un autre groupe arm\u00e9 cr\u00e9\u00e9 et appuy\u00e9 par le Rwanda.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sous la direction de son pr\u00e9sident Mbusa Nyamwisi, le RCD\/K-ML installe son \u00e9tat-major \u00e0 Beni en 1999, avec le soutien militaire du gouvernement ougandais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mbusa Nyamwisi joue \u00e0 ce moment-l\u00e0 un jeu d\u00e9licat, puisqu\u2019il continue \u00e0 entretenir des relations clandestines avec les ADF-Nalu, alors que l\u2019arm\u00e9e ougandaise maintient le d\u00e9ploiement de ses forces \u00e0 Beni. Cette situation change en 2002, quand le RCD\/K-ML noue une alliance avec le gouvernement de Kinshasa, au point d\u2019aboutir \u00e0 la formation d\u2019un gouvernement de transition et \u00e0 l\u2019int\u00e9gration des troupes du RCD\/K-ML au sein de la nouvelle arm\u00e9e nationale entre 2003 et 2006. Depuis cette int\u00e9gration, un groupe d\u2019anciens soldats de l\u2019Arm\u00e9e patriotique congolaise (APC), la branche militaire du RCD\/K-ML, est rest\u00e9 \u00ab\u00a0en r\u00e9serve\u00a0\u00bb dans les for\u00eats de la Vall\u00e9e du Semuliki et a gard\u00e9 des relations \u00e9troites avec les ADF-Nalu. Cette nouvelle configuration permet encore une fois aux ADF de renforcer leurs liens avec le RCD\/K-ML.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2007, la partie NALU du groupe a succomb\u00e9 aux pressions militaires et s\u2019est vu offrir l\u2019amnistie<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">par le gouvernement ougandais. Dans les ann\u00e9es suivantes, les ADF se sont radicalis\u00e9es davantage et ont adopt\u00e9 un r\u00e8glement int\u00e9rieur strictement islamiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les FARDC, parfois soutenues par les Nations Unies, ont lanc\u00e9 plusieurs offensives d\u2019envergure contre ces ADF, les plus embl\u00e9matiques \u00e9tant l\u2019op\u00e9ration Keba I en 2005, l\u2019op\u00e9ration Ruwenzori en juin 2010, l\u2019op\u00e9ration Radi Strike en mars 2012, et l\u2019op\u00e9ration Sukola I depuis janvier 2014.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette derni\u00e8re op\u00e9ration a connu une baisse d\u2019intensit\u00e9 \u00e0 la fin ao\u00fbt 2014, suite \u00e0 la mort du g\u00e9n\u00e9ral Bahuma, remplac\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Charles Muhindo Akilimali, alias Mundos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019apr\u00e8s le Groupe d\u2019experts des Nations Unies, ces op\u00e9rations ont caus\u00e9 beaucoup de morts parmi les ADF. Un ancien coordonnateur du Groupe des experts de l\u2019ONU estime qu\u2019un millier de membres des ADF est peut-\u00eatre mort de faim, ces personnes s\u2019\u00e9tant r\u00e9fugi\u00e9es dans la for\u00eat du parc national. Toutefois, ces offensives n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9stabiliser la hi\u00e9rarchie du mouvement. Sous pression, les ADF ont d\u00fb se scinder en plusieurs groupes. Jamil Mukulu est parti et a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 en Tanzanie le 20 avril 2015. D\u2019autres groupes sont rest\u00e9s au Congo, le plus important d\u2019entre eux sous le commandement de Seka Baluku. Malgr\u00e9 les offensives lanc\u00e9es contre ces groupes et l\u2019arrestation de Mukulu, leur r\u00e9seau d\u2019approvisionnement, qui est actif au Congo comme en Ouganda, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9serv\u00e9 dans une large mesure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le groupe ADF aurait compt\u00e9 500 combattants en 1995, puis 1500 en 1998, avant que ce nombre ne rechute \u00e0 environ 500 en 2005. Selon d\u2019autres sources, les estimations de leurs effectifs varient d\u00e9sormais de 100 \u00e0 260 combattants. Le groupe ADF est inscrit sur la Terrorist Exclusion List des \u00c9tats-Unis d\u00e8s 2001. Il est dirig\u00e9 depuis 2007 par Jamil Mukulu, un chr\u00e9tien converti \u00e0 l\u2019Islam, vis\u00e9 par des sanctions de l\u2019ONU depuis 2011 et de l\u2019Union europ\u00e9enne depuis 2012.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Les ADF et leurs pr\u00e9sum\u00e9s liens avec d\u2019autres groupes terroristes<\/em><\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les all\u00e9gations des autorit\u00e9s ougandaises et de certains commentateurs sur de pr\u00e9tendus liens avec des r\u00e9seaux islamistes internationaux n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9es, et le Groupe des experts de l\u2019ONU a conclu en janvier 2015 que \u00ab<em>il n\u2019y a pas de preuves cr\u00e9dibles qui sugg\u00e8rent que les ADF ont, ou ont eu dans un pass\u00e9 r\u00e9cent, des liens avec des groupes terroristes \u00e9trangers tels que Al-Shabaab, Al Qaeda ou Boko Haram<\/em>\u00bb. Il est aussi \u00e0 noter que, contrairement \u00e0 ces autres groupes islamistes, les ADF ne font pratiquement aucun effort pour se manifester publiquement. Ils n\u2019ont ni porte-parole, ni site Internet et ne sont pas visibles dans les m\u00e9dias sociaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dan Fahey, un ancien coordonnateur du Groupe des experts de l\u2019ONU qui a interrog\u00e9 des dizaines de prisonniers des ADF, a conclu: \u00ab<em>R\u00e9cemment, le groupe s\u2019est tourn\u00e9 vers l\u2019int\u00e9rieur (sic), semble avoir abandonn\u00e9 son ambition de renverser le pouvoir en Ouganda et essaie plut\u00f4t de cr\u00e9er une utopie recluse \u00e0 l\u2019est du Congo<\/em>\u00bb.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Les auteurs des massacres de Beni: les ADF, mais pas seulement les ADF<\/em><\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce qui concerne les auteurs des massacres perp\u00e9tr\u00e9s sur le territoire de Beni (Nord Kivu), la piste ADF se fonde sur le mobile plausible que les membres des ADF, dispers\u00e9s par l\u2019op\u00e9ration Sukola I, et dont les voies de ravitaillement auraient \u00e9t\u00e9 coup\u00e9es, se seraient veng\u00e9s contre les populations civiles qui les auraient trahis en informant les FARDC de leurs d\u00e9placements et de leurs offensives. En attaquant la population civile, les ADF vengeraient les pertes de leurs membres au cours de l\u2019op\u00e9ration Sukola I. Plusieurs faits soutiennent cette hypoth\u00e8se: le port des qamis par les assaillants, la longue barbe de certains d\u2019entre eux, l\u2019usage du luganda ou d\u2019un swahili proche de celui parl\u00e9 en Ouganda et l\u2019utilisation d\u2019armes blanches. Trois prisonniers des ADF arr\u00eat\u00e9s par les FARDC nous ont aussi confirm\u00e9 que les commandants des ADF parlaient ouvertement de leur participation aux massacres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, cette hypoth\u00e8se ne correspond pas vraiment aux habitudes et aux strat\u00e9gies du mouvement. Les ADF ne se sont jamais engag\u00e9es dans une insurrection prolong\u00e9e contre l\u2019\u00c9tat congolais. Leur objectif affich\u00e9 \u00e9tait de renverser le gouvernement ougandais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1988, par exemple, les ADF ont br\u00fbl\u00e9 vifs plus de 50 \u00e9tudiants \u00e0 Kichwamba et ont aussi \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s d\u2019avoir commis plusieurs attaques \u00e0 la grenade \u00e0 Kampala. Dans la m\u00eame p\u00e9riode, le groupe a enlev\u00e9 plus de 150 \u00e9tudiants pr\u00e8s de la fronti\u00e8re avec le Congo. Toutefois, depuis plusieurs ann\u00e9es, le commandement du mouvement para\u00eet davantage concern\u00e9 par sa propre survie dans l\u2019est de la RDCongo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, les massacres perp\u00e9tr\u00e9s autour de Beni constitueraient de loin les attaques les plus meurtri\u00e8res de leur histoire et ne cadreraient pas avec leur mode op\u00e9ratoire pr\u00e9c\u00e9dent, selon lequel leurs attaques contre la population locale s\u2019\u00e9taient typiquement limit\u00e9es \u00e0 renforcer leur contr\u00f4le sur le commerce et sur le territoire local.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019apr\u00e8s nos enqu\u00eates, cette hypoth\u00e8se qui consid\u00e8re les ADF comme les seuls responsables des tueries semble convaincante en ce qui concerne les massacres peu m\u00e9diatis\u00e9s qui ont eu lieu \u00e0 Kamango en 2013. Elle devient cependant moins cr\u00e9dible lorsqu\u2019on \u00e9voque la s\u00e9rie de massacres d\u00e9clench\u00e9e depuis octobre 2014.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Les ADF et les massacres de Kamango et de Kikingi en 2013<\/em><\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs r\u00e9cits recueillis aupr\u00e8s de t\u00e9moins des \u00e9v\u00e8nements de Kamango le 11 juillet 2013 et de ceux de Kikingi-Mwenda, qui se sont d\u00e9roul\u00e9s du 11 au 17 d\u00e9cembre 2013 (20 morts), 29 attribuent ces massacres aux ADF. La force de cette hypoth\u00e8se qui attribue les massacres de Kamango et de Kikingi en 2013 aux ADF r\u00e9side d\u2019abord dans la forte concordance des t\u00e9moignages. Les t\u00e9moins ont fourni des comptes-rendus tr\u00e8s similaires sur la s\u00e9quence des \u00e9v\u00e9nements et l\u2019identit\u00e9 des tueurs. Il faut aussi noter que les t\u00e9moins avaient la capacit\u00e9 de reconna\u00eetre les assaillants: la population de la r\u00e9gion connaissait bien les ADF sous le contr\u00f4le desquelles elle avait v\u00e9cu depuis plus d\u2019une d\u00e9cennie. Le jour de l\u2019attaque de Kamango, ils sont arriv\u00e9s en nombre et ont tenu un meeting pr\u00e9sid\u00e9 par Kasadha Kalume Amisi, un commandant des ADF. \u00c0 Kikingi, ils se seraient, par ailleurs, eux-m\u00eames pr\u00e9sent\u00e9s comme membres des ADF et auraient donn\u00e9 trois heures \u00e0 la population pour \u00e9vacuer la localit\u00e9, dans l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019une attaque contre les FARDC. A l\u2019expiration de l\u2019ultimatum, ils ont commenc\u00e9 par tuer les notables, pour convaincre la population \u00e0 quitter les lieux. Toutefois, il est important d\u2019insister sur la nature h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne des ADF. Pendant cette m\u00eame p\u00e9riode, un groupe d\u2019anciens soldats de l\u2019APC, sous le commandement d\u2019Hilaire Kombi, \u00e9tait bas\u00e9 dans la m\u00eame zone et avait des relations av\u00e9r\u00e9es avec les ADF. Il est possible que ces troupes aient aussi \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9es dans ces massacres.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong><em>La grande s\u00e9rie de massacres commis de 2014 \u00e0 2016<\/em><\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant la grande s\u00e9rie de massacres d\u00e9clench\u00e9e le 2 octobre 2014 et qui se poursuit toujours plus d\u2019une ann\u00e9e apr\u00e8s, l\u2019hypoth\u00e8se qui en attribue la responsabilit\u00e9 enti\u00e8re aux ADF ne convainc pas la plupart des t\u00e9moins que notre \u00e9quipe de recherche a rencontr\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble logique de consid\u00e9rer que les membres des ADF survivants puissent \u00eatre tent\u00e9s de venger la mort de nombreux d\u2019entre eux et la destruction de leurs camps par les FARDC.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jeune homme, r\u00e9cent d\u00e9serteur des ADF et ancienne escorte de Seka Baluku, commandant des ADF apr\u00e8s le d\u00e9part de Jamil Mukulu, a \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 par la MONUSCO. Selon lui, tous les massacres \u00e9taient planifi\u00e9s par Baluku. La m\u00eame source indique n\u00e9anmoins que les ADF n\u2019\u00e9taient pas responsables de tous les massacres. D\u2019apr\u00e8s lui, les dirigeants des ADF eux-m\u00eames se sont rendu compte qu\u2019il y avait aussi d\u2019autres tueurs sur le terrain, mais ils n\u2019ont pas pu les identifier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fille, faite prisonni\u00e8re par un groupe de tueurs, et qui a r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019\u00e9chapper, t\u00e9moigne que les membres de son groupe se pr\u00e9sentaient comme membres de la NALU, jamais comme faisant partie des ADF, et ce malgr\u00e9 leur appartenance \u00e0 l\u2019Islam. Elle d\u00e9clare que certains parlaient le kinyarwanda et d\u2019autres le kiswahili. Un autre d\u00e9serteur est un motard qui s\u2019est rendu et qui a avou\u00e9 qu\u2019il avait aid\u00e9 les ADF \u00e0 perp\u00e9trer les massacres. Il a avou\u00e9 qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 pour explorer la zone entre Ngadi et Oicha avant les massacres. Il se serait rendu parce qu\u2019il avait peur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une investigation du Bureau des Nations Unies pour les Droits de l\u2019Homme a obtenu des t\u00e9moignages des rescap\u00e9s des massacres et des membres des ADF qui confirment leurs conclusions selon lesquelles les ADF ont \u00e9t\u00e9 responsables de la majorit\u00e9 des massacres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, nous jugeons que, au regard de la quantit\u00e9 et de la qualit\u00e9 des t\u00e9moignages, il est peu probable que les ADF aient perp\u00e9tr\u00e9 seuls les massacres de Beni entre octobre 2014 et septembre 2015, et que l\u2019interpr\u00e9tation commune d\u00e9signant les combattants des ADF comme les assassins, est erron\u00e9e. Trois \u00e9l\u00e9ments s\u00e8ment le doute sur cette hypoth\u00e8se et invitent \u00e0 la prudence quant \u00e0 la valeur \u00e0 lui accorder.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premi\u00e8rement, nous avons r\u00e9colt\u00e9 plusieurs t\u00e9moignages provenant des FARDC qui contestent l\u2019hypoth\u00e8se des ADF et privil\u00e9gient la piste FARDC. Par ailleurs, au cours de rencontres avec des responsables locaux facilit\u00e9es par l\u2019Initiative pour un leadership coh\u00e9sif (ILC), plusieurs autorit\u00e9s locales et de la soci\u00e9t\u00e9 civile ont insist\u00e9 sur la participation des leaders locaux \u00e0 la violence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deuxi\u00e8mement, il y a des faits et des observations qui ne cadrent pas avec cette hypoth\u00e8se. Par exemple, certains parmi les tueurs parlent le kinyarwanda et le lingala, tandis que la grande majorit\u00e9 des recrues des ADF sont des Ougandais ou des personnes originaires du territoire de Beni qui ne parlent par le kinyarwanda. D\u2019apr\u00e8s certains prisonniers des ADF, le commandement est presque uniquement compos\u00e9 d\u2019Ougandais et les langues parl\u00e9es pendant les op\u00e9rations sont le luganda ou le swahili. Les m\u00eames prisonniers disent qu\u2019il \u00e9tait interdit de tuer les enfants, alors que beaucoup de mineurs figuraient parmi les victimes. Il y a aussi des t\u00e9moins qui ont vu les tueurs boire de la bi\u00e8re avant les massacres &#8211; par exemple, avant le massacre de Ngadi &#8211; ce qui ne correspond pas aux coutumes des ADF, qui suivent une discipline strictement islamique. Cette interdiction de consommer de l\u2019alcool a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par des d\u00e9serteurs des ADF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Troisi\u00e8mement, l\u2019histoire du groupe rebelle r\u00e9sum\u00e9e ci-dessus indique qu\u2019il est presque impossible<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">que les ADF aient perp\u00e9tr\u00e9 les massacres sans la complicit\u00e9 d\u2019autres acteurs locaux, et qu\u2019il faut au<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">moins revoir ce que nous entendons par \u00ab\u00a0ADF\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong>b. Les FARDC: entre omnipr\u00e9sence et inefficacit\u00e9<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une implication des combattants des FARDC \u00e9mise par la population locale, l\u2019opposition politique et certaines voix issues de l\u2019arm\u00e9e nationale, fait son chemin depuis fin octobre 2014.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9clenchement de la violence est survenu dans un contexte turbulent. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, le malaise croissant \u00e9tait palpable au sein de l\u2019arm\u00e9e nationale. Les tueries ont commenc\u00e9 au lendemain du d\u00e9but du proc\u00e8s des assassins pr\u00e9sum\u00e9s du colonel Mamadou Ndala qui s\u2019est tenu \u00e0 Beni. Ce colonel \u00e9tait commandant en second de l\u2019op\u00e9ration Sukola I avant d\u2019\u00eatre tu\u00e9 \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de Beni le 2 janvier 2014. Le tribunal militaire a, en l\u2019occurrence, trouv\u00e9 qu\u2019un r\u00e9seau d\u2019officiers des FARDC avait \u00e9t\u00e9 manipul\u00e9 par les ADF, afin de tuer le colonel Ndala. Entre-temps, le nouveau commandant des op\u00e9rations des FARDC, le g\u00e9n\u00e9ral de brigade Charles Muhindo Akilimali, commun\u00e9ment appel\u00e9 \u00ab Mundos \u00bb, a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 civile locale d\u2019\u00eatre inefficace, voire m\u00eame complice des massacres. Aussi, les tueries ont d\u00e9but\u00e9 dix mois apr\u00e8s le lancement de l\u2019op\u00e9ration Sukola I contre les ADF et moins de deux mois apr\u00e8s la mort du g\u00e9n\u00e9ral Bahuma, premier commandant de l\u2019op\u00e9ration Sukola I. Apr\u00e8s la mort de Bahuma, les op\u00e9rations ont ralenti, ce qui a peut-\u00eatre permis aux ADF de se regrouper et de lancer une contre-offensive.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Complicit\u00e9 passive des FARDC<\/em><\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon plusieurs t\u00e9moignages, les FARDC refusent d\u2019intervenir pendant, ou plut\u00f4t, juste apr\u00e8s les massacres. La non-assistance \u00e0 personne en danger se manifeste par la non-poursuite ou la poursuite tardive des tueurs, m\u00eame lorsque les FARDC ont \u00e9t\u00e9 alert\u00e9es \u00e0 temps. Parmi les t\u00e9moins rencontr\u00e9s, certains affirment avoir personnellement alert\u00e9 les FARDC mais cela n\u2019a abouti \u00e0 rien. Les membres des FARDC n\u2019arrivent souvent que le lendemain matin pour compter et ramasser les corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019apr\u00e8s ces t\u00e9moins, les raisons donn\u00e9es par les FARDC incluent le fait que \u00ables FARDC ne combattent pas la nuit\u00bb ou qu\u2019ils attendent \u00abl\u2019ordre et\/ou un renfort de Beni pour intervenir ou traquer les massacreurs\u00bb. Ce dernier motif nous a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par un commandant des FARDC qui a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu\u2019on lui avait somm\u00e9 de ne pas r\u00e9agir sans ordre de la hi\u00e9rarchie militaire. Cette inaction est vraiment choquante compte tenu de la proximit\u00e9 des camps des FARDC avec les lieux des crimes, comme ce fut le cas \u00e0 Ngadi le 15 octobre 2014, \u00e0 Mavivi le 11 mai 2015, \u00e0 Eringeti le 17 octobre et le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 2014 et \u00e0 Tenambo le 8 octobre 2014.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette passivit\u00e9 se retrouve aussi dans les investigations. Apr\u00e8s les massacres de Masulukwede et de Tepiomba, par exemple, les FARDC ont tard\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre lorsque la MONUSCO a demand\u00e9 qu\u2019une d\u00e9l\u00e9gation mixte FARDC-MONUSCO se rende sur le lieu du massacre. Finalement, au lieu d\u2019entrer par Mavivi, le colonel Dieudonn\u00e9 Muhima a d\u00e9vi\u00e9 le chemin de la d\u00e9l\u00e9gation mixte en amenant la MONUSCO et les FARDC \u00e0 Mamundyoma, malgr\u00e9 des protestations des repr\u00e9sentants de l\u2019ONU.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus accablants encore sont les t\u00e9moignages recueillis sur le terrain qui sugg\u00e8rent que certains officiers auraient interdit aux soldats d\u2019intervenir au moment des massacres; tout soldat qui violait cette interdiction \u00e9tait menac\u00e9 d\u2019une des sanctions suivantes: interpellation, mutation, ou abandon par le bataillon. Le cas de Ngadi, lors de l\u2019attaque du 15 octobre 2014 \u00e0 Beni, est frappant. Un sous-lieutenant en faction pr\u00e8s du lieu du massacre t\u00e9moigne: \u00abQuand on a tu\u00e9 les gens de Ngadi, nous avions re\u00e7u l\u2019ordre par Motorola de la part du colonel Murenzi, notre chef, de ne pas sortir, de rester standby, de ne pas faire le patrol autour du camp. Et au matin, on avait trouv\u00e9 des gens (sic)\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces propos sont corrobor\u00e9s par le rapport du groupe de parlementaires fourni le 9 novembre 2014: le rapport cite le \u00abcas d\u2019un major qui, contact\u00e9 par un enfant rescap\u00e9, alors que les tueries \u00e9taient en cours et que les cris des victimes parvenaient \u00e0 la position qu\u2019il contr\u00f4lait, a menac\u00e9 de fusiller tout \u00e9l\u00e9ment de son unit\u00e9 qui oserait intervenir et a m\u00eame arrach\u00e9 les chargeurs de certains des \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9occup\u00e9s d\u2019intervenir. Il en est de m\u00eame d\u2019un colonel qui a jug\u00e9 utile de recevoir et de garder un rescap\u00e9 pour aller constater les d\u00e9g\u00e2ts le lendemain matin\u00bb. Un officier des FARDC relate un autre incident inqui\u00e9tant: \u00abEn levant les corps, ils les appellent des tomates. Le Commandant Kevin se moque des victimes en disant: \u00ab\u00a0comme \u00e7a les Nande paient pour leur tribalisme\u00a0\u00bb\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu\u2019au moment de la r\u00e9daction de ce rapport, le gouvernement n\u2019avait encore entrepris aucune enqu\u00eate officielle sur les massacres pour clarifier les faits. Quand des chercheurs ind\u00e9pendants essaient de mener une enqu\u00eate, on les en emp\u00eache parfois.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Participation directe des FARDC aux massacres<\/em><\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 de l\u2019inefficacit\u00e9 et des atermoiements des FARDC, des all\u00e9gations de sources s\u00fbres \u00e9voquent leur participation active dans les massacres. N\u00e9anmoins, il reste difficile de savoir exactement dans quelle mesure la hi\u00e9rarchie de l\u2019arm\u00e9e a \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9e dans ces abus et quelles motivations auraient conduit certains de ses membres \u00e0 participer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cas 1: Mayangose, de f\u00e9vrier \u00e0 mars 2015<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre f\u00e9vrier et mars 2015, plusieurs petites localit\u00e9s de la contr\u00e9e de Mayangose, au nord-est de Beni, situ\u00e9es aux confins du Parc national des Virunga, ont v\u00e9cu des massacres successifs. Le premier a eu lieu \u00e0 Kididiwe dans la nuit du 3 au 4 f\u00e9vrier 2015 et a caus\u00e9 vingt et un morts. La nuit suivante, trois autres personnes ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9es \u00e0 Kambi ya Miba. Une autre vague de massacres a ensuite eu lieu au milieu du mois: deux morts \u00e0 Malolu dans la nuit du 15 au 16 f\u00e9vrier et neuf morts \u00e0 Matukaka dans la nuit du 18 au 19 f\u00e9vrier 2015.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un policier, qui a men\u00e9 des enqu\u00eates sur les tueries r\u00e9p\u00e9t\u00e9es dans la contr\u00e9e de Mayangose en f\u00e9vrier et mars 2015, affirme qu\u2019il a obtenu des preuves que les membres du 1006\u00e8me r\u00e9giment bas\u00e9s \u00e0 Kithahomba (\u00e0 5 km sur l\u2019axe Beni-Nyaleke) seraient les auteurs de ces tueries. Les criminels \u00e9tant issus du pouvoir, affirme ce policier, les enqu\u00eateurs de la PNC ont attribu\u00e9 la responsabilit\u00e9 aux ADF pour se couvrir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une rescap\u00e9e de Kididiwe\/Mayangose, qui est sortie de sa cabane pour se cacher dans son champ afin d\u2019\u00e9chapper aux tueurs, t\u00e9moigne qu\u2019elle a entendu de simples tirs en l\u2019air de la part des FARDC en r\u00e9ponse \u00e0 ceux des assaillants. Elle ajoute que les meurtriers ont pri\u00e9 en arabe avant de tuer, mais qu\u2019ils se sont exprim\u00e9s en kiswahili et en lingala au moment de quitter le lieu du crime, ce qui a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9 par un autre rescap\u00e9. Cette rescap\u00e9e ajoute que les membres des FARDC bas\u00e9s \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de Mayangose \u00e9taient au courant des pr\u00e9paratifs de l\u2019attaque car, le soir pr\u00e9c\u00e9dant les massacres nocturnes, ils avaient pr\u00e9venu un certain Mbale, le fils de Kimbulu, en lui conseillant<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">de ne pas se rendre \u00e0 Mayangose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre rescap\u00e9e a vu, depuis sa cachette, son mari et sa concubine se faire ligoter et \u00e9gorger le 24 mars 2015, puis elle a entendu le groupe \u00e9lectrog\u00e8ne de la rizi\u00e8re se mettre en marche pour pouvoir diffuser de la musique chez Kimbulu. Elle confirme que les assaillants parlaient un kiswahili congolais et le lingala et qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient ensuite dirig\u00e9s tranquillement vers le parc, les FARDC n\u2019apparaissant que le lendemain matin. Comme indiqu\u00e9 ult\u00e9rieurement, des d\u00e9serteurs des ADF disent qu\u2019ils parlent le kiswahili ou le luganda pendant les op\u00e9rations, non pas le lingala.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un t\u00e9moin interne aux FARDC, du grade de sous-lieutenant, confirme aussi la participation des FARDC et la fa\u00e7on dont ont r\u00e9clute des militaires aussi, pr\u00eats \u00e0 tuer, en leur payant 250 $ par personne d\u00e9capit\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cas 2: Les massacres de Tenambo-Mamiki, le 8 octobre 2014<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 8 octobre 2014, sept personnes ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9es \u00e0 Tenambo: trois par balle et quatre \u00e0 l\u2019arme blanche. Un rescap\u00e9, Modeste Leblanc, attaqu\u00e9 le premier vers 19h00 et bless\u00e9 au bras gauche, au cou et \u00e0 la t\u00eate, t\u00e9moigne que le major Byamungu du 808\u00e8me r\u00e9giment et son escorte ont particip\u00e9 \u00e0 la tuerie. Il les a reconnus le soir de l\u2019attaque. Il les conna\u00eet bien parce qu\u2019il participe aux travaux communautaires du camp des FARDC de Tenambo Mamiki et il pr\u00e9tend que le major Byamungu convoite sa femme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il reste \u00e0 savoir si c\u2019est le m\u00eame groupe de Byamungu qui, une heure plus tard, est all\u00e9 massacrer six villageois \u00e0 Mamiki, \u00e0 1,5 km de chez Leblanc. Le chef de la localit\u00e9 de Tenambo t\u00e9moigne que,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">comme il avait plu, en suivant les traces des pieds, on a pu constater que ceux qui avaient attaqu\u00e9 Leblanc s\u2019\u00e9taient justement dirig\u00e9s vers Mamiki. Le t\u00e9moignage d\u2019un rescap\u00e9 de Mamiki apporte des compl\u00e9ments d\u2019informations sur le massacre: \u00ab<em>C\u2019\u00e9tait le 08 octobre 2014. Ils \u00e9taient arriv\u00e9s dans le village vers 20 heures. On avait entendu des coups de feu venant de vers Tenambo un peu avant. Ils parlaient plusieurs langues: le lingala et le swahili. Je crois que parmi les assaillants il y avait quelques soldats de FARDC, parce que leur langue ressemble \u00e0 celle parl\u00e9e par les soldats des r\u00e9giments<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cas 3: Ngadi, le 15 octobre 2014<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mercredi 15 octobre 2014, \u00e0 Ngadi, une localit\u00e9 qui fait partie de la ville de Beni, on a massacr\u00e9 trente et une personnes. Une femme de 86 ans qui a surv\u00e9cu au massacre de Ngadi nous raconte son exp\u00e9rience: \u00ab<em>J\u2019\u00e9tais dehors avec six membres de ma famille, devant ma maison. Un groupe de trois militaires Fardc sont venus en nous saluant (sic). Ils ont demand\u00e9 l\u2019\u00e9tat de la s\u00e9curit\u00e9 (sic), puis ils nous ont inform\u00e9s que les ADF venaient de massacrer dans le village voisin et qu\u2019ils venaient nous prot\u00e9ger. Ils ont r\u00e9uni tout le village. Ensuite ils ont commenc\u00e9 \u00e0 tuer les gens. Ce sont des militaires de Sukola qui nous ont tu\u00e9<\/em>\u00bb. Elle a ajout\u00e9 que les soldats parlaient en kinyarwanda et en swahili. Selon d\u2019autres sources, l\u2019avant-veille du massacre de Ngadi, un officier des FARDC avait pr\u00e9venu une \u00e9tudiante habitant \u00e0 Ngadi et lui avait demand\u00e9 de quitter le quartier, car un \u00e9v\u00e9nement grave se pr\u00e9parait dans le quartier de Boikene. Le jour de l\u2019attaque, le g\u00e9n\u00e9ral de brigade Mundos avait retir\u00e9 les soldats des FARDC de leur position habituelle \u00e0 Ngadi. Ensuite, les assaillants seraient arriv\u00e9s tranquillement, auraient regard\u00e9 un match de football et bu de la bi\u00e8re dans un bar avant de commencer le massacre. Or les membres des ADF, qui sont soumis \u00e0 une discipline islamique stricte, ne boivent traditionnellement pas d\u2019alcool.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ces trois cas s\u2019ajoutent des t\u00e9moignages g\u00e9n\u00e9raux. Deux officiers sup\u00e9rieurs des FARDC ont fait part de leurs soup\u00e7ons sur l\u2019implication de leurs coll\u00e8gues aux tueries.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par exemple, un sous-lieutenant qui a particip\u00e9 aux op\u00e9rations Sukola I, nous a dit ceci: \u00ab<em>Je crois que il y a eu un groupe d\u2019ADF qui a tu\u00e9, mais pas beaucoup (sic). Puis il y a eu les hommes abandonn\u00e9s de Hilaire et de Bisamaza. Mais ensuite, ceux qui ont beaucoup tu\u00e9, ce sont des hommes des r\u00e9giments. Surtout dans notre r\u00e9giment, le 808\u00e8me<\/em>\u00bb. La m\u00eame source a t\u00e9moign\u00e9 sur le transfert de munitions et d\u2019armes des FARDC \u00e0 deux civils qu\u2019elle pensait \u00eatre li\u00e9s aux ADF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un colonel des FARDC a confirm\u00e9 le fait: \u00ab<em>Nous savons qu\u2019il y a des officiers FARDC qui collaborent avec les ADF. Mais nous ne savons pas qui. Ils connaissent nos fr\u00e9quences de Motorola <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>et ils suivent nos op\u00e9rations<\/em>\u00bb. Le m\u00eame colonel s\u2019\u00e9tonnait de constater que les ADF \u00e9taient toujours<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">bien ravitaill\u00e9es et \u00e9quip\u00e9es, malgr\u00e9 les op\u00e9rations men\u00e9es contre elles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre t\u00e9moignage accablant provient d\u2019un employ\u00e9 d\u2019une morgue locale: \u00ab<em>Je lave les corps \u00e0 la fois des personnes massacr\u00e9es et des soldats morts. [\u2026] Un jour, on a amen\u00e9 des soldats morts \u00e0 [\u2026] en octobre 2014 [\u2026], des soi-disant ADF. Or, c\u2019\u00e9tait des soldats des FARDC et le Colonel Mugisha est venu s\u2019occuper de ces corps de 4 soldats. Comment 4 soldats sont-ils morts parmi les assaillants? [\u2026] Chaque fois que des soldats sont amen\u00e9s \u00e0 la morgue, il y a une d\u00e9l\u00e9gation envoy\u00e9e par le G\u00e9n\u00e9ral Mundos qui arrive et r\u00e9cup\u00e8re tous les v\u00eatements et autres insignes. Or, dans nos consignes, il est prescrit que nous devons incin\u00e9rer tout et ensuite habiller (sic) le mort d\u2019une nouvelle tenue, c\u2019est ce qu\u2019on fait pour les militaires qui meurent naturellement<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une participation des FARDC \u00e0 certains massacres a aussi \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9e par d\u2019autres chercheurs. Un rapport du Bureau des Nations Unies pour les Droits de l\u2019Homme rapporte deux cas o\u00f9 les FARDC ont particip\u00e9 \u00e0 des massacres conjointement avec des ADF: le 8 octobre 2014 \u00e0 Oicha, huit personnes auraient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es et six autres bless\u00e9es par des soldats du 809\u00e8me r\u00e9giment des FARDC bas\u00e9 \u00e0 Oicha; la nuit du 25 au 26 d\u00e9cembre 2014 \u00e0 Ndalia, sept civils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9gorg\u00e9s par des soldats appartenant au 905\u00e8me r\u00e9giment des FARDC qui ont collabor\u00e9 avec des ADF.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Observations et conclusion partielle sur la piste FARDC<\/em><\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est clair que les FARDC sont coupables de passivit\u00e9 et d\u2019inefficacit\u00e9 face \u00e0 la violence et cela va en s\u2019aggravant \u00e0 cause d\u2019un manque \u00e9vident de transparence et de l\u2019absence d\u2019enqu\u00eates au niveau judiciaire et l\u00e9gislatif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les multiples t\u00e9moignages r\u00e9colt\u00e9s par notre \u00e9quipe d\u00e9noncent une participation directe des soldats des FARDC dans certains massacres. Il est cependant difficile de conna\u00eetre les motifs de cette probable implication ou de comprendre la cha\u00eene de commandement. Il est, par exemple, possible que des membres des FARDC aient \u00e9t\u00e9 instrumentalis\u00e9s par d\u2019autres personnes ou par des r\u00e9seaux sans l\u2019accord de leur hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les all\u00e9gations faites \u00e0 l\u2019encontre des FARDC surgissent dans un contexte particulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s la mort du colonel Mamadou Ndala et du g\u00e9n\u00e9ral Bahuma, dont le succ\u00e8s contre le groupe rebelle M23 galvanisait le moral des troupes, une animosit\u00e9 a \u00e9clat\u00e9 au grand jour, puis s\u2019est enracin\u00e9e au sein des FARDC, entre les anciens du Congr\u00e8s national pour la d\u00e9fense du peuple ou CNDP (parlant essentiellement le kinyarwanda) et leurs homologues. Ce facteur pourrait expliquer que certains t\u00e9moins aient de bonnes raisons d\u2019accuser Mundos et ceux qu\u2019ils appellent les \u00abrwandophones\u00bb. Plusieurs officiers des FARDC nous ont confi\u00e9 qu\u2019il y aurait des traitres au sein des forces arm\u00e9es. Ils pr\u00e9tendent que ces traitres se trouveraient essentiellement parmi les \u00abrwandophones\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire principalement parmi les soldats appartenant aux r\u00e9giments issus de l\u2019int\u00e9gration de l\u2019ancienne r\u00e9bellion du CNDP dans l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des tensions profondes sont constat\u00e9es au sein de l\u2019arm\u00e9e, surtout entre les officiers issus du CNDP et les anciens soldats, les premiers \u00e9tant souvent appel\u00e9s \u00ables Rwandais\u00bb, et les seconds, \u00ables Congolais\u00bb. Les premiers commandaient en 2014 la moiti\u00e9 des r\u00e9giments et disposaient d\u2019un armement impressionnant, ce qui a cr\u00e9\u00e9 des ranc\u0153urs chez les \u00abCongolais\u00bb. En outre, sur les lignes de front on trouve toujours beaucoup d\u2019anciens commandants \u00abrwandophones\u00bb du CNDP.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon une source interne aux FARDC, un commandant de bataillon d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le mardi 12 mai 2015 \u00abdans une embuscade\u00bb sur l\u2019axe Mbau-Kamango, aurait en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9 avec son adjoint par un militaire qui ne supportait plus de devoir ob\u00e9ir aux ordres de reculer, alors qu\u2019il avait entendu le lieutenant-colonel transmettre par t\u00e9l\u00e9phone un itin\u00e9raire \u00e0 des rebelles en kinyarwanda.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs sources au sein des FARDC accusent les anciens du CNDP d\u2019\u00eatre impliqu\u00e9s dans les massacres et d\u2019avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la protection du g\u00e9n\u00e9ral de brigade Mundos.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><strong>c. Les anciens du RCD\/K-ML<\/strong><\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les FARDC et les ADF sont loin d\u2019\u00eatre les seuls acteurs militaires dans le territoire de Beni.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Compte tenu de la forte pr\u00e9sence d\u2019anciens officiers des APC au sein de l\u2019arm\u00e9e et des liens historiques entre les ADF et les APC, il est aussi possible que la complicit\u00e9 des FARDC recoupe l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019implication des anciens du RCD\/K-ML.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs t\u00e9moignages cr\u00e9dibles confirment la participation d\u2019anciens officiers de l\u2019APC (la branche<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">arm\u00e9e du RCD\/K-ML) dans certains massacres. D\u2019apr\u00e8s ces t\u00e9moignages, ces individus auraient planifi\u00e9 et perp\u00e9tr\u00e9 des massacres au tout d\u00e9but de cette vague de tueries, au milieu de l\u2019ann\u00e9e 2014. Ils y auraient par la suite renonc\u00e9 une fois que la spirale de violence semblait leur \u00e9chapper.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme pour l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019implication des FARDC, nous ne pouvons pas nous prononcer sur la<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">cha\u00eene de commandement de ces officiers. Nous pouvons seulement sp\u00e9culer sur leurs motivations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le RCD\/K-ML contr\u00f4lait le territoire de Beni entre 1999 et 2003, mais ses r\u00e9seaux \u00e9conomiques et politiques ont perdur\u00e9 pendant beaucoup plus longtemps. Le RCD\/K-ML, qui \u00e9tait compos\u00e9 majoritairement de Nande, a tiss\u00e9 des relations fortes avec l\u2019\u00e9lite \u00e9conomique locale, en fournissant<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">des exon\u00e9rations fiscales et douani\u00e8res consid\u00e9rables en contrepartie de \u00abpr\u00e9financements\u00bb &#8211; ou montants forfaitaires. Cela a permis aux op\u00e9rateurs \u00e9conomiques de prosp\u00e9rer et de baisser les prix des marchandises import\u00e9es. Aujourd\u2019hui, la nostalgie de cette p\u00e9riode se ressent dans la population et Mbusa Nyamwisi reste populaire. En 2011, plus de la moiti\u00e9 de la population du territoire de Beni a vot\u00e9 pour l\u2019opposition et une bonne partie des administrateurs et des chefs locaux en place avant les massacres gardaient une certaine loyaut\u00e9 envers le RCD\/K-ML.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gouverneur Julien Paluku, lui-m\u00eame ancien membre du RCD\/K-ML, a critiqu\u00e9 Nyamwisi pour avoir permis les massacres. Cette d\u00e9nonciation pourrait, bien s\u00fbr, rev\u00eatir un caract\u00e8re politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, ces all\u00e9gations peuvent \u00eatre fond\u00e9es, d\u00e8s que les relations entre la famille Nyamwisi et les ADF-Nalu ont commenc\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980 et se sont renforc\u00e9es quand Mbusa Nyamwisi a pris la direction du RDC\/K-ML en 1999.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a deux groupes arm\u00e9s dans le territoire de Beni qui sont cens\u00e9s \u00eatre li\u00e9s aux r\u00e9seaux du RCD\/K-ML. Un de ces groupes \u00e9tait dirig\u00e9 par Kava wa Seli, un Mai-Mai qui commande un groupe arm\u00e9 dans la Vall\u00e9e de la Semuliki, au nord-ouest de Butembo, depuis environ 2005. L\u2019autre groupe \u00e9tait sous le commandement d\u2019Hilaire Kombi, un ancien officier du RCD\/K-ML, qui a d\u00e9sert\u00e9 en 2012 pour cr\u00e9er l\u2019Union pour la r\u00e9habilitation de la d\u00e9mocratie du Congo (URDC), un autre groupe arm\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est important de noter que le territoire occup\u00e9 par ces deux groupes arm\u00e9s congolais &#8211; notamment les villages d\u2019Isale, de Mualika et de Kikingi &#8211; \u00e9tait situ\u00e9 dans la zone d\u2019influence des ADF avec qui ils \u00e9taient en contact. D\u2019apr\u00e8s un rapport du Groupe des experts de l\u2019ONU de 2013, l\u2019URDC serait en partie responsable des enl\u00e8vements des habitants de la zone, qui sont souvent attribu\u00e9s aux ADF.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est donc probable que ces groupes arm\u00e9s aient \u00e9t\u00e9 complices des attaques des ADF \u00e0 Kamango et \u00e0 Kikingi en 2013. C\u2019est ce que r\u00e9v\u00e8lent en tout cas les t\u00e9moignages d\u2019un membre du groupe d\u2019Hilaire Kombi. Les deux chefs de ces groupes arm\u00e9s, Kava wa Seli et Hilaire Kombi, se sont rendus en 2013 et ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9s \u00e0 Kinshasa. Toutefois, on accuse les membres restants de leurs groupes d\u2019avoir particip\u00e9 aux massacres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un officier des FARDC a t\u00e9moign\u00e9 qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 contact\u00e9 par ses anciens camarades du RCD\/K-ML en 2014 pour participer aux massacres. Il s\u2019est dit \u00ab<em>convaincu que les premiers massacreurs \u00e9taient la coalition des ex-M23, ex-APC et certains d\u00e9mobilis\u00e9s ADF<\/em>\u00bb. Un deuxi\u00e8me t\u00e9moin, ancien soldat de l\u2019APC, reconna\u00eet avoir particip\u00e9 \u00e0 certains massacres et avoue qu\u2019il a aussi \u00e9t\u00e9 contact\u00e9 par des anciens officiers du RDC-K\/ML en 2014. Un troisi\u00e8me t\u00e9moin, autre ancien officier du RCD\/K-ML, avoue son implication dans la premi\u00e8re phase des massacres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019apr\u00e8s les deux premiers t\u00e9moins, l\u2019objectif aurait \u00e9t\u00e9 de chasser la population locale pour pouvoir<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">cr\u00e9er une base arri\u00e8re autour de Beni. Le premier raconte: \u00ab<em>En tuant \u00e0 Mayimoya et \u00e0 Mukoko, les assaillants auraient comme objectif, faire peur aux agriculteurs pour que ceux-ci quittent leurs champs qui serviraient de bases pour attaquer les grandes agglom\u00e9rations<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame si ces t\u00e9moignages sont cr\u00e9dibles, il est toutefois difficile de savoir dans quelle mesure Mbusa Nyamwisi est impliqu\u00e9 dans ces \u00e9v\u00e9nements ou de d\u00e9terminer la cha\u00eene de commandement.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong>V. PRINCIPALES CONCLUSIONS<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">La violence perp\u00e9tr\u00e9e autour de Beni depuis octobre 2014 est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019une des plus meurtri\u00e8res, mais aussi comme la plus opaque de l\u2019histoire r\u00e9cente du pays. Il s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s difficile de discerner les coupables, leurs motivations et les cha\u00eenes de commandement. Le rapport actuel ne pr\u00e9tend pas pr\u00e9senter des conclusions d\u00e9finitives, mais rassemble plut\u00f4t des t\u00e9moignages en vue de corriger la version r\u00e9p\u00e9t\u00e9e par les autorit\u00e9s nationales et internationales qui accusent les ADF d\u2019\u00eatre responsables de tous les actes de violence commis autour de Beni. En effet, plusieurs groupes, que l\u2019on assimile aux ADF, semblent \u00eatre impliqu\u00e9s dans les massacres: des membres des FARDC, des r\u00e9seaux d\u2019anciens du RCD\/K-ML et des milices locales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette analyse conduit \u00e0 plusieurs conclusions<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premi\u00e8rement, malgr\u00e9 l\u2019ampleur de la violence et les doutes qui persistent au sujet de la responsabilit\u00e9 exclusive des ADF, les autorit\u00e9s nationales et internationales ont affich\u00e9 une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u00e9tonnante de par leur manque d\u2019investigation approfondie. Un rapport du Bureau Conjoint des Nations Unies pour les Droits de l\u2019Homme, ainsi que celui des d\u00e9put\u00e9s nationaux et ceux du Groupe des experts de l\u2019ONU auraient d\u00fb inciter les autorit\u00e9s congolaises et la MONUSCO \u00e0 mener une enqu\u00eate plus approfondie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La gravit\u00e9 de la situation exige plusieurs investigations. Il faut que la justice militaire nomme une commission d\u2019enqu\u00eate sp\u00e9ciale, dirig\u00e9e par un procureur militaire haut grad\u00e9, et qui soit mandat\u00e9e pour enqu\u00eater sur les massacres perp\u00e9tr\u00e9s depuis octobre 2014. Du c\u00f4t\u00e9 de la MONUSCO aussi, il faut que son bureau des droits humains puisse mener une autre enqu\u00eate. Enfin, il faut que les autres institutions nationales assument pleinement leur r\u00f4le de supervision, en particulier les commissions de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 du S\u00e9nat et de l\u2019Assembl\u00e9e nationale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le deuxi\u00e8me constat de notre enqu\u00eate concerne la complexit\u00e9 profonde de la violence. Il est tr\u00e8s probable que la violence implique plusieurs acteurs locaux, r\u00e9gionaux et nationaux. Compte tenu de ces liens, il est clair que l\u2019approche exclusivement militaire actuellement en cours ne sera pas suffisante. S\u2019il est prouv\u00e9 que des acteurs autres que les ADF sont impliqu\u00e9s dans la violence, surtout des politiciens ou des officiers des FARDC, des mesures politiques et diplomatiques doivent \u00eatre prises, pour sanctionner ou faire pression sur ces acteurs, afin qu\u2019ils changent de comportement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plus, il faudra ancrer les efforts de pacification dans un dialogue communautaire, comme le pr\u00f4ne la Strat\u00e9gie Internationale de Soutien \u00e0 la Stabilisation et \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 (I4S) dans sa version r\u00e9vis\u00e9e. Cette approche n\u00e9cessite que les communaut\u00e9s de base participent \u00e0 la planification des patrouilles, aux d\u00e9ploiements militaires, aux efforts de d\u00e9veloppement et aux projets de d\u00e9mobilisation et de r\u00e9insertion. Des efforts dans ce sens ont \u00e9t\u00e9 entam\u00e9s par l\u2019Initiative pour un Leadership Coh\u00e9sif (ILC), une organisation non-gouvernementale qui a facilit\u00e9 plusieurs rencontres entre les chefs de Beni en 2015 et en 2016. Ces initiatives doivent \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9es et reli\u00e9es aux approches militaires et humanitaires existantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les racines de la violence dans la r\u00e9gion sont profondes. L\u2019utilisation de la violence \u00e0 des fins politiques remonte au moins aux ann\u00e9es 1990 et est li\u00e9e aux conflits entre les chefs coutumiers au sujet de la gestion des terres, et \u00e0 une culture politique qui a vu les \u00e9lites \u00e9conomiques pactiser avec des groupes arm\u00e9s pour obtenir des avantages dans le secteur du commerce et des faveurs dans les extorsions transfrontali\u00e8res. Pour transformer ces dynamiques, il faut d\u2019abord les comprendre et ensuite adopter une strat\u00e9gie \u00e0 long terme qui aborde le probl\u00e8me dans son int\u00e9gralit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 nous, nous avons pr\u00e9sent\u00e9 dans ce rapport une analyse de la violence qui tente de modifier le discours habituel sur cette m\u00eame violence pour remettre en question l\u2019hypoth\u00e8se qui attribue toutes les responsabilit\u00e9s aux ADF. Plus que jamais, les ADF repr\u00e9sentent aujourd\u2019hui l\u2019arbre qui cache la for\u00eat et derri\u00e8re lequel d\u2019autres acteurs tentent de fuir leur responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-admin\/post-new.php#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><u>[1]<\/u><\/a> Texte complet\u00a0: <a href=\"http:\/\/congoresearchgroup.org\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Rapport-Beni-GEC-21-mars.pdf\"><u>http:\/\/congoresearchgroup.org\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Rapport-Beni-GEC-21-mars.pdf<\/u><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>QUI SONT LES TUEURS DE BENI? Groupe d\u2019\u00e9tude sur le Congo Mars 2016[1] SOMMAIRE I. R\u00c9SUM\u00c9 ET RECOMMANDATIONS II. INTRODUCTION III. PR\u00c9SENTATION DES FAITS IV. QUI SONT LES TUEURS ? UNE \u00c9VALUATION DES HYPOTH\u00c8SES a. Les rebelles ADF Aper\u00e7u historique des ADF Les ADF et leurs pr\u00e9sum\u00e9s liens avec d\u2019autres groupes terroristes Les auteurs des &hellip; <\/p>\n<p><a class=\"more-link btn\" href=\"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/2016\/04\/congo-actualite-n-274\/\">Lire la suite<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"footnotes":""},"categories":[4,6],"tags":[118,24,37,173],"class_list":["post-2701","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-congo-actualite","category-rdcongo","tag-beni","tag-congo-actualite-2","tag-fardc","tag-massacrees","item-wrap"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2701","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2701"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2701\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2703,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2701\/revisions\/2703"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2701"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2701"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.paceperilcongo.it\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2701"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}