Congo Actualité n. 136

SOMMAIRE

EDITORIAL: Entre une proclamation et l’autre, le Congo risque le chaos

1. ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES: IRREGULARITÉS ET FRAUDES

2. L’OPPOSITION EN QUÊTE DE STRATÉGIES

3. UNE CRISE POLITIQUE À L’HORIZON

4. LE VERDICT DE LA COUR SUPRÊME

5. LES RÉACTIONS DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

6. ENCORE UNE FOIS, TSHISEKEDI SE PROCLAME PRESIDENT ELU

7. JOSEPH KABILA INVESTI PRESIDENT

EDITORIAL: ENTRE UNE PROCLAMATION ET L’AUTRE, LE CONGO RISQUE LE CHAOS

Deux prétendus gagnants.

Le 20 décembre 2011, Joseph Kabila, a prêté serment comme Président de la République. Etienne Tshisekedi a annoncé qu’il va faire la même chose demain, le vendredi 23 décembre, au Stade des Martyrs, à Kinshasa. Parmi les pays étrangers, personne ne veut remettre en question la victoire de Kabila. La communauté Internationale, en particulier les États et les institutions les plus proches de la RD Congo, comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Belgique, l’Union Européenne, ont accueilli les prétendus résultats du scrutin du bout des dents, en déclarant d’abord attendre une vérification des résultats par la Cour Suprême de Justice et, enfin, en désertant la cérémonie d’investiture, en déléguant leurs ambassadeurs. Les gouvernements africains ont délégué leurs ministres. Seul Mugabe du Zimbabwe était présent, lui qui, avec désinvolture, est resté au pouvoir après des élections discutables. Après les élections, Tshisekedi n’a pas fait de discours incitant à la violence, mais il a refusé de faire appel à la Cour, considérée comme pro-Kabila. Il reste convaincu de sa prétendue victoire et agit en conséquence, sans dialogue avec l’adversaire. L’UDPS, son parti, a proposé des manifestations pacifiques dans le pays. Ce sera vraiment ainsi? Comment réagira l’adversaire qui dirige une armée souvent sans scrupules? Qu’est-ce qui pourra arriver à la population? Peut-être, à la fin, ne deviendra-t-elle comme l’herbe piétinée par deux éléphants qui se battent?

Le risque d’une violence généralisée.

Tous les observateurs ont remarqué que, en plus des irrégularités causées par des insuffisances d’organisation, il ya eu des fraudes. Tous tombent d’accord pour dire que ces fraudes ont été commises par le camp kabiliste. Tous condamnent la main dure jusqu’ici utilisée par le président sortant. Qu’est-ce qui va se passer maintenant? Le risque est que le régime actuel s’oppose, de manière forte, au rassemblement de demain au Stade des Martyrs. Le risque est qu’il y ait encore plus de morts qui s’ajouteront aux dizaines de ceux qui ont été tués par l’armée et la police ces dernières semaines. Le risque est que le Pays entier tombe encore une fois dans la violence. Dans le Pays, il n’y a aucune personnalité charismatique comme un Martin Luther King, pour mobiliser et éduquer dans la lutte non-violente. Par contre, il y a un sentiment généralisé d’avoir atteint la limite de l’endurance, ce qui peut conduire à des décisions radicales. Au même temps, à l’Est, un soi disant mouvement de résistance contre l’occupation du Pays annonce son apparition et invite à la mobilisation générale et armée, pour en découdre finalement avec l’occupation du Pays par le Rwanda, l’Ouganda et leurs commanditaires en Amérique et en Europe et pour mettre fin à l’expropriation de ses richesses.

Le chemin de la violence prouve à suffisance à la population de l’Est du pays qu’il apporte de grandes souffrances, la destruction et la mort. Dans la lutte armée, les idéaux les plus purs sont généralement corrompus, de sorte que finalement la population se trouve coincée de tous les côtés. Ce qui peut donner lieu à une nouvelle main-d’œuvre pour d’autres massacres c’est la condition de pauvreté et de chômage à laquelle la majorité des jeunes doit faire face. La fragilité de la population de l’Ouest du Pays vis-à-vis d’une aventure armée est le fait de ne pas avoir connu, sinon partiellement, les affres de la guerre et d’avoir souvent considéré les souffrances des populations de l’Est comme lointaines et presque étrangères à leur vie.

Chercher des alternatives.

En ce moment, tous sont appelés à réfléchir pour rechercher, proposer et mettre en œuvre des stratégies alternatives. Il n’y a plus de temps pour soutenir l’un ou l’autre candidat retenu comme le meilleur. Il y a eu des élections. À ce stade, soutenir l’un ou l’autre n’a de sens que sur la base de preuves claires sur l’issue du vote. Mais après la proclamation des résultats par la Commission Électorale Nationale Indépendante, confirmés par la Cour Suprême, on doit se demander s’il reste encore une marge pour s’engager encore. Même s’il n’y avait aucun effet pratique, pour le respect que l’on doit a vérité et à la justice, nous devons encore chercher et trouver la vérité des urnes. Au moins pour ce qui est encore possible, car certaines irrégularités sont, hélas, irrémédiables. Une annulation de l’élection n’est pas maintenant envisageable, pour le coût économique d’un nouveau processus électoral. Par ailleurs, les problèmes ont commencé le 15 janvier 2011, quand on a adopté la modification de la Constitution supprimant le deuxième tour des élections présidentielles.

Prenant en compte les propositions faites par les divers pays, groupes, réseaux et individus, comme Réseau Paix pour le Congo nous osons faire les propositions suivantes:

Dans l’immédiat:

1. Il faut exiger, avec toute énergie, au Président Joseph Kabila et à son gouvernement de ne pas recourir à des mesures de violence indiscriminée et disproportionnée pour réprimer l’expression de la population civile, étant l’armée et la police de l’État au service du Peuple.

2. On devrait demander aux deux protagonistes principaux et à leurs alliés politiques un dialogue inconditionné, en vue du bien du Pays.

3. On pourrait examiner les résultats électoraux des bureaux de vote, grâce à la présence des milliers d’observateurs nationaux au moment du vote et du dépouillement des bulletins de vote. A ce moment où l’on assiste à une polarisation des différents intervenants, il paraît utile l’aide d’une commission internationale de vérification, acceptées par les deux parties, avec un délai précis.

4. On devrait immédiatement mettre en place un système de surveillance attentive sur le décompte des voix des élections législatives, car on a déjà signalé des cas de fraude.

5. Prenant en compte l’important consentement qu’Etienne Tshisekedi réunit auprès de la population congolaise, une pression internationale doit être faite sur Joseph Kabila, afin de trouver une forme de partage du pouvoir, si ce n’est pas avec Tshisekedi lui-même, à cause de son intransigeance, au moins avec un autre de son parti.

6. La société civile, les institutions éducatives et les confessions religieuses doivent continuer leur engagement pour la formation des citoyens, en vue de consolider la démocratie et d’exercer le contrôle populaire sur les élus.

A long et moyen terme:

7. Toutes les institutions éducatives, religieuses et laïques doivent travailler pour faire avancer la démocratie à travers la formation de base et des initiatives locales.

8. La continuation du processus électoral doit devenir une école pour construire le futur de l’ensemble du pays.

Dans ce moment crucial, la presse et les décideurs politiques internationaux ne peuvent pas abandonner la RD Congo. L’échec partiel de ce processus électoral est aussi la conséquence d’une longue histoire d’exploitation internationale des richesses du pays et de l’ambiguïté de la politique internationale, qui se plie aux diktats des intérêts économiques, financiers et politiques qui empêchent les peuples dans leur chemin vers la liberté.

 

1. ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES: IRREGULARITÉS ET FRAUDES

Le 14 décembre, Victoria Nuland, porte-parole du département d’Etat Américain, a affirmé que « la gestion et l’exécution technique de l’élection présidentielle ont été gravement entachées (d’irrégularités), ont manqué de transparence et n’ont pas été à la hauteur des gains démocratiques vus dans des élections africaines récentes ». Victoria Nuland a dit toutefois ignorer si ces manquements et le peu de transparence du scrutin « ont été suffisants pour changer le résultat ». Les Etats-Unis appellent encore « les autorités congolaises concernées » à examiner les allégations d’irrégularités « avec le plus d’ouverture et de transparence possibles. » « Un examen technique rapide du processus électoral », écrit Mme Nuland, permettrait d’afficher des résultats « plus crédibles », et de montrer « si les irrégularités ont été provoquées par un manque d’organisation ou par des fraudes ». Les Etats-Unis, a-t-elle ajouté, sont prêts à « fournir une aide technique ».

Le consensus s’élargit autour de l’existence d’une fraude importante lors la présidentielle au Congo. Reste à évaluer le montant du désastre. Selon l’hebdomadaire « Jeune Afrique », l’importance de la fraude pourrait être considérable, en raison de l’arrivage massif et tardif d’une certaine quantité de bulletins de vote. Ce journal indique qu’après la fermeture officielle des bureaux de vote le 28 novembre, alors que, à cause de la pénurie des bulletins de vote dans certains bureaux de vote, la Ceni avait décidé de prolonger le scrutin de deux jours, deux avions ont acheminé à Lubumbashi des millions de bulletins à partir de Johannesbourg. Après quoi, les événements auraient été si confus que l’on a fini par se demander ce qu’il était advenu de ces bulletins. Ont-ils été distribués dans les bureaux de vote en souffrance ou détournés et cochés en faveur du président Kabila?

En ce qui concerne la compilation des résultats des élections présidentielle, on note, de manière générale, une augmentation très forte des inscrits et de la participation dans les zones proches de Joseph Kabila et un enrôlement plus faible et une participation moindre dans les régions plutôt favorables à l’opposition… On voit bien que si des tentatives de fraudes ont bien eu lieu, c’est en « gonflant » artificiellement le vote pro-Kabila et en « minorant » le vote Tshisekedi que le tour de passe-passe a pu s’opérer. Notamment dans les fameux Centres de compilation, où, dans le désordre le plus absolu, on a observé « des sacs de bulletins empilés, piétinés ou renversés sur le sol, souvent sous la pluie ». De cette façon, une partie des preuves fournies par les bulletins et le P.V. ont été perdues, facilitant ainsi la fraude.

Les observateurs électoraux ont dressé une longue liste d’irrégularités et de fraudes.

Thierry Vircoulon, qui a suivi le vote pour l’International Crisis Group, observe que par un hasard étrange, les résultats ont disparu surtout là où le président est le moins populaire. À Kinshasa, par exemple. Ou dans la province de Kasaï. «C’étaient des disparitions géographiquement sélectives.» Facile à imaginer qui a dessiné cette géographie. Et à quelle fin.

Le responsable d’International Crisis Group (ICG) pour l’Afrique centrale, Thierry Vircoulon, estime qu’il faudrait « une contre-expertise des résultats par un tiers indépendant ». Selon Thierry Vircoulon, cette contre-expertise n’est pas très compliquée techniquement. Par contre, c’est compliqué politiquement. Il ne s’agit évidemment pas d’aller recompter tous les bulletins de vote. L’opposition a déjà construit un gros dossier sur le sujet, avec de nombreux cas précis d’irrégularités. Les partis politiques d’opposition peuvent le faire, mais il serait intéressant qu’une expertise soit réalisée par un tiers indépendant… que ce soit le Centre Carter qui a déjà beaucoup travaillé sur ces élections ou une autre organisation internationale spécialisée dans les élections. Mais politiquement, c’est complexe. Pour en arriver là, il faudrait faire de grosses, grosses pressions sur le président Kabila. Il faudrait aussi qu’il accepte une éventuelle victoire de son opposant. Et il faudrait aussi mettre de l’argent. Mais c’est probablement le seul moyen pour désamorcer la bombe à retardement congolaise qui menace d’exploser à plus ou moins brève échéance.

 

2. L’OPPOSITION EN QUÊTE DE STRATÉGIES

Le 12 décembre, le leader de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDSP), Etienne Tshisekedi, « a lancé un appel à la communauté internationale pour trouver une solution. On attend un signe de la communauté internationale » pour une médiation, a déclaré le directeur de cabinet de l’opposant, Albert Moleka. Mais « cela n’empêche pas la population d’utiliser son droit à des marches pacifiques pour protester contre les résultats frauduleux (de la présidentielle), qui sont une provocation », a-t-il ajouté en n’écartant pas la possibilité d’appeler à de telles actions. « La solution est que la vérité des urnes soit respectée. Nous sommes victimes d’un hold-up électoral commis par un homme qui dispose d’une force militaire violente à laquelle l’opposition ne peut pas faire face », a-t-il conclu.

Le 13 décembre, Vital Kamerhe, candidat de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) à l’élection présidentielle a déclaré que «l’opposition saisit le secrétaire général et le conseil de sécurité des Nations unies, la commission de l’Union africaine, de l’Union européenne, la SADC, la CEAC au sujet de la crise politique post électorale en RDC, en vue de solliciter leur médiation».

Le 14 décembre, Jacquemin Shabani, secrétaire général de l’UDPS, a déclaré que son parti a réaffirmé « la victoire » de son leader, « en dépit de toutes les manoeuvres orchestrées par le pouvoir déchu » et a appelé le « peuple à protéger sa victoire » à travers des « manifestations pacifiques et démocratiques ». Il a précisé que « la crise post-électorale provoquée par la publication des résultats provisoires de l’élection présidentielle par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) demeure une crise éminemment politique, donc il faut envisager aussi des solutions politiques ». Il a ajouté que ces solutions peuvent provenir d’une médiation, internationale ou non, mais l’important est qu’elles ne viennent pas d’un recours à la violence.

Léon Kengo, Antipas Mbusa et Adam Bombole, tous trois candidats à la présidentielle, ont demandé l’annulation du scrutin du 28 novembre et la mise en place d’un gouvernement de transition pour en organiser d’autres. «Pas question!», rétorquent les dirigeants de l’UDPS, pour qui Tshisekedi a largement gagné les élections.

Le 15 décembre, le parti de Vital Kamerhe, l’Union pour la Nation Congolaise, réclame un réexamen du comptage des votes « sous la supervision de la Monusco  » (Mission de l’Onu pour la stabilisation du Congo). Il ne dit toutefois pas comment y parvenir. Or de nombreux centres de compilation (où étaient rassemblés les PV des bureaux de vote) sont de véritables chaos, parsemés de feuilles piétinées. Ou s’agit-il des seuls résultats affichés sur les bureaux de vote, qui ne correspondent pas à ceux annoncés par la Ceni ?

 

3. UNE CRISE POLITIQUE À L’HORIZON

Dans le cadre de la confirmation des résultats de la CENI par la CSJ, il y a lieu de s’attendre à une réaction de l’Opposition. Une Opposition qui présente plusieurs cas de figure. Le premier porte sur l’annulation des élections et la mise en place d’un gouvernement de transition chargé d’organise de nouvelles élections. Alternative proposée par les candidats Kengo, Mbusa et Bombole Adam. Le deuxième cas de figure est de l’UDPS qui tient à la «victoire de Tshisekedi». Elle rejette toute annulation du scrutin et insiste sur la reconnaissance d’Etienne Tshisekedi comme candidat élu président. Enfin, la troisième hypothèse est celle de l’implication de la communauté internationale pour exercer une réelle pression sur la CENI pour qu’elle procède au recomptage des bulletins de vote, appuyée par une expertise internationale, pour résoudre les problèmes techniques supposés être à la base des nombreuses irrégularités relevées. Il est un fait indéniable que toutes ces propositions ne rencontrent nullement la proposition de la Mouvance présidentielle. Pour elle, si les irrégularités relevées sont réelles, elles ne peuvent pas influencer l’ordre établi tel que proclamé par la CENI. Par conséquent, la réélection du candidat Kabila est légitime.

Positions tranchantes, de part et d’autre. Point de non retour. Au nom de la «légitimité», il ne fait l’ombre d’aucun doute que le président Kabila usera de toutes les prérogatives pour gouverner. Mais de l’autre côté, au nom de «la vérité des urnes», l’Opposition s’emploiera à ne pas légitimer le fait accompli. Un bras de fer s’annonce à l’horizon. C’est déjà l’impasse. Le retour en force de la crise politique avec toutes les conséquences imprévisibles. Dos au mur, la classe politique et la CENI sont en train de prendre en otage la population congolaise, en la plongeant de nouveau dans la souffrance et la misère. Quelles que soient les raisons évoquées par les uns et les autres, ils n’auront pas du tout accompagné le peuple congolais dans sa volonté de relever le front longtemps courbé pour bâtir un pays plus beau qu’avant, dans la paix.

Selon Thierry Vircoulon, de ICG, à ce stade, trois scénarios sont possibles: un rejet populaire immédiat de Joseph Kabila à Kinshasa et dans les Kasai où il est extrêmement impopulaire; un incident spontané entre les forces de sécurité et des opposants qui dégénère en émeute; une absence apparente de réaction immédiate mais des problèmes de sécurité localisés et récurrents dans les provinces en 2012 plus ou moins instrumentalisés par une opposition marginalisée.

Comment faire pour sortir de la crise politique? Les quelques tentatives de manifestations dans l’Est du pays (à Bukavu, Goma, Lubumbashi) ont été étouffées dans l’oeuf par les forces de sécurité qui ont maintenant une technique bien rodée pour empêcher tous rassemblement. Au Katanga, il y a des débuts de représailles sur les Congolais originaires du Kasaï, ce qui était malheureusement attendu.

La communauté internationale doit exiger la transparence du processus électoral et notamment une contre-vérification des résultats électoraux par un tiers indépendant. Elle doit rester vigilante en ce qui concerne les résultats des législatives qui sont un des éléments-clés du futur paysage politique, elle doit condamner tout acte de violence post-électorale et exiger que des enquêtes soient faites en ce qui concerne les violations des droits de l’homme liées aux élections.

 

4. LE VERDICT DE LA COUR SUPRÊME

Le 15 décembre, la Cour Suprême de Justice (CSJ) a examiné le recours introduit par Vital Kamerhe, président de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) qui a demandé l’annulation du scrutin pour fraudes. Dans sa requête, il a dénoncé des « violations intentionnelles » de la loi électorale par la Céni, notamment le non respect du délai d’affichage des listes d’électeurs et de publication de la cartographie des bureaux de vote. Les listes d’électeurs pour chacun des 64.000 bureaux devaient être affichées 30 jours avant le scrutin, or elles ne l’ont été que 48h avant. Il a dénoncé également « la circulation illégale et irrégulière de bulletins de vote avant » le scrutin, et d’autres « déjà cochés en faveur du candidat Numéro 3 » Kabila le jour du vote. Les résultats « manquent de sincérité », a-t-il ajouté, en citant des bureaux où Kabila a obtenu 100% des voix, les 3,2 millions d’électeurs qui ont voté par dérogation car absents des listes, et des différences entre des résultats de la Céni et ceux publiés dans les bureaux.

A l’ouverture de l’audience vers 13H00 (12H00 GMT), avec 4 heures de retard, le président de la CSJ, Théodore Tuka, a exigé la présence du plaignant Vital Kamerhe et a reformulé sa requête, en estimant qu’elle visait non seulement la Céni mais aussi le candidat Kabila.

Le président de l’UNC est donc venu assister à l’audience sur demande de la cour qui a exigé la présence physique des candidats présidents concernés par le procès. Ses avocats ont demandé l’application de la loi à toutes les parties, en exigeant la présence du candidat Joseph Kabila aussi. Les juges se sont rétractés et ont rejeté la demande.

Les avocats de Vital Kamerhe se sont alors retirés. Ils ont affirmé refuser «d’assister à une parodie de justice». L’audience s’est poursuivie en leur absence.

Le ministère public a demandé à la Cour de déclarer recevable la requête du président de l’Union pour la nation congolaise (UNC) mais de la juger infondée car «dépourvue des preuves».

Selon l’organe de la loi, la partie requérante n’a pas pu démontrer que les électeurs non favorables au candidat gagnant n’ont pas voté. Il a, en outre, soutenu que l’absence de témoins n’est pas un motif d’invalidation. Et d’ajouter que la requête n’a pas apporté la preuve que les témoins du candidat Vital Kamerhe ont été éconduits. Toujours selon l’organe de la loi, il n’a pas été prouvé que le candidat n° 3 a utilisé les moyens de l’Etat pour battre sa campagne. Enfin, il a précisé que la procédure aurait conduit à la radiation du candidat mais non à l’invalidation du scrutin. Quant à l’existence de deux procès-verbaux à Idiofa, il a estimé que ce moyen n’est pas fondé, du fait que ces procès-verbaux n’ont pas été fournis. Le ministère public a conclu en disant à la Cour: «La requête doit être déclarée recevable dans la forme, mais non fondée».

Le 16 décembre, après avoir examiné tous les documents présentés par Vital Kamerhe, la Cour reçoit le recours sur le plan de la forme, mais le rejette dans son fond. Selon les juges, la violation de la loi électorale par la Ceni que dénonce l’UNC n’est pas de nature à faire annuler le scrutin présidentiel du 28 novembre. Selon la Cour, Kamerhe n’apporte pas la preuve que des bulletins de vote étaient déjà en circulation avant et le jour du scrutin. Il n’apporte pas non plus la preuve que les témoins aient été entravés dans leur mission dans les bureaux de vote et lors du transport des bulletins vers les centres de compilation. Sur le manque de sincérité des résultats, la photocopie d’un PV n’est pas jugée valable.

La CSJ a donc confirmé la totalité des résultats provisoires annoncés le 9 décembre par la Commission électorale (Céni). Enfin, la Cour « a proclamé élu à la majorité simple président de la République démocratique du Congo Monsieur Joseph Kabila ».

Le 17 décembre, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a qualifié de «non événement», l’arrêt rendu par la Cour suprême de justice (CSJ). Selon le secrétaire général de l’UDPS, Jacquemin Shabani, la «RDC est entré dans une crise politique».

 

5. LES RÉACTIONS DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE

L’Union Européenne, constatant que la Cour suprême de justice a confirmé les résultats proclamés par la CENI, « en dépit de défaillances relevées par les autorités congolaises mêmes et la CENI », réitère dans une déclaration « sa préoccupation quant aux déficiences sérieuses et l’absence de transparence dans la compilation et la publication des résultats des élections présidentielles ».

L’UE a menacé de « réévaluer » son « soutien » au pays si des progrès ne sont pas réalisés dans le dépouillement des votes des législatives. « Il importe à présent que des leçons soient tirées sans attendre et que la compilation des résultats pour les élections législatives soit faite dans des conditions garantissant transparence et crédibilité », a indiqué Mme Ashton, Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité.

« L’UE encourage résolument la CENI et les autorités congolaises à tenir compte des préoccupations des missions d’observation, à mettre en oeuvre leurs recommandations et à s’ouvrir à la coopération avec l’opposition », a-t-elle ajouté.

Appelant « toutes les forces politiques à préserver la paix », l’UE a souligné que « toute action de violence doit être proscrite en même temps que le droit légitime de s’exprimer doit être préservé » et que « le dialogue politique constitue un moyen indispensable pour atteindre cet objectif ».

« L’UE demande à ce que lumière soit faite sur les violations alléguées des droits de l’homme rapportées dans le contexte électoral et, s’il y a lieu, que les responsables soient traduits en justice », conclut la déclaration de Mme Ashton.

Les Etats-Unis se sont dits « profondément déçus » de la validation des résultats par la CSJ, « sans évaluer complètement les nombreux rapports faisant état d’irrégularités » a commenté la secrétaire d’Etat Hillary Clinton dans un communiqué. La chef de la diplomatie américaine a dénoncé un scrutin mal géré et « manquant de transparence », et suggéré « une révision du processus électoral ».

Le ministre belge des Affaires Etrangères, Didier Reynders, a aussi regretté l’absence d’un « examen plus approfondi, critique et indépendant des résultats » par la CSJ.

Le Sénat américain a vigoureusement protesté contre l’arrêt de la Cour suprême de justice ayant déclaré Joseph Kabila Kabange vainqueur de la présidentielle et exige une révision transparente des résultats des élections. Ce sont les sénateurs Coons et Isakson qui sont à la base de cette déclaration, intervenue après la décision prononcée par la CSJ le 16 décembre. Ils ne comprennent pas la confirmation des résultats de la CENI en dépit des rapports d’irrégularités répandues. Celles-ci, si elles ne sont pas corrigées, elles risquent de conduire la RdCongo une escalade de la violence si pas à la déstabilisation du pays. Pour parer à ces éventualités, ces deux sénateurs appellent les parties en présence à s’engager dans un dialogue au sujet de certaines étapes et envisager un processus de médiation formelle avec le soutien de la communauté internationale. Ils ont aussi réitéré le soutien des Etats-Unis aux côtés du peuple congolais dans son effort de faire avancer la démocratie à travers les moyens pacifiques. Ils n’ont pas manqué de demander à Joseph Kabila de travailler avec Etienne Tshisekedi wa Mulumba pour résoudre leurs désaccords en faveur de la restauration du processus.

Le 19 décembre, dans un communiqué de presse, Amnesty International (A.I.) a déclaré que «les forces de sécurité de la RDCongo doivent mettre fin à une vague d’arrestations politiques et, en particulier, aux arrestations arbitraires et illégales menées à la suite de l’élection présidentielle aux résultats contestés. Des dizaines d’arrestations ont eu lieu dans le pays depuis l’élection du 28 novembre. Les personnes visées sont souvent des membres et des partisans de l’opposition politique. Les informations dont dispose A.I. suggèrent que cette pratique est utilisée comme une méthode d’intimidation et que parmi les victimes se trouvent des civils, des journalistes, des avocats et des responsables de l’opposition politique, mais aussi des agents des forces de sécurité.

Amnesty International prie vivement les autorités congolaises de fournir des informations sur ce qu’il est advenu des personnes arrêtées, et de les libérer si elles ne sont pas rapidement inculpées d’une infraction reconnue par la loi et autorisées à contester la légalité de leur maintien en détention ainsi qu’à consulter un avocat et à voir leur famille.

 

6. ENCORE UNE FOIS, TSHISEKEDI SE PROCLAME PRESIDENT ELU

Le 18 décembre, rejetant les résultats de la présidentielle ayant donné la victoire au sortant Joseph Kabila, qui sera investi Président de la République le 20 décembre, Etienne Tshisekedi a répété qu’il se considérait comme le « président élu » de la RD Congo et a annoncé qu’il prêterait serment le 23 décembre, devant le peuple réuni au Stade des Martyrs, à Kinshasa.

Etienne Tshisekedi a demandé aux animateurs des institutions actuelles de démissionner. «Le gouvernement de monsieur Kabila est démis depuis ce jour », a déclaré le président national de l’UDPS lors d’un point de presse en sa résidence de Kinshasa/Limete.

«Les départements ministériels seront dirigés par les secrétaires généraux, jusqu’à nouvel ordre. Les onze gouverneurs de province sont également démis et remplacés par les directeurs provinciaux» a indiqué Etienne Tshisekedi.

«Les officiers, sous-officiers, caporaux et soldats de l’armée nationale congolaise sont enjoints de n’obéir qu’à l’autorité légitime. La police nationale souveraine, fera de même», a-t-il affirmé.

Il a qualifié le président Kabila, de « fauteur en eaux troubles »: «Quant aux fauteurs en eau trouble, à commencer par Monsieur Kabila, je vous demande, à vous tous, de rechercher ce monsieur partout où il est dans le territoire national et de me l’amener ici vivant. Celui qui m’amènera Kabila ici ligoté, aura une récompense très importante».

Il a, par la même occasion, appelé la population congolaise au calme: «Du climat d’entente qui va régner au pays dépendra la confiance que les investisseurs extérieurs peuvent faire à notre pays (…) Je vous demande donc de garder votre calme et votre sérénité…».

Etienne Tshisekedi a remis à l’intention de l’opinion publique tant nationale qu’internationale, l’ensemble du rapport du Bureau de compilation de l’Udps et Alliés dans lequel les vrais résultats de l’élection présidentielle sont donnés avec toutes les indications, bureau de vote par bureau de vote, selon les procès-verbaux de chaque bureau de vote affichés le jour des élections. Le document, de plus de 500 pages, est accompagné d’un résumé des résultats qui donne le Président Etienne Tshisekedi gagnant avec 56.2% des votes contre 35,91% pour le président sortant.

Etienne Tshisekedi a déclaré que toute autre manifestation de prise de pouvoir est «non évènement» pour le peuple congolais qu’il doit tout simplement l’ignorer. Cela confirme l’annonce faite déjà le 17 décembre par le S.G. de l’Udps, M. Shabani, de la déclaration de ville morte pour la journée de mardi 20/12/2011 tant à Kinshasa que sur l’ensemble d territoire de la RDCongo.

« Je ne suis pas prêt à négocier avec (Daniel Ngoy) Mulunda (le président de la Céni) ni avec (Joseph) Kabila », a-t-il également déclaré, alors que l’un des candidats battus à la présidentielle, l’opposant Vital Kamerhe, s’était dit prêt à un dialogue avec le président sortant.

Pour sa part, le secrétaire général de la Majorité présidentielle (MP), Aubin Minaku, a qualifié les propos du président de l’UDPS de «vaste blague et d’incitation à la rébellion».

Pour Thierry Vircoulon, directeur du programme Afrique centrale à l’ONG International Crisis Group (ICG), « c’est excessif de dire que c’est un appel à la rébellion, c’est plutôt le retour d’une technique politique qui a malheureusement fait la preuve de son inefficacité ».

Le 21 décembre, auparavant déjà autoproclamé « président élu » de la RD Congo après avoir rejeté les résultats de la présidentielle, Etienne Tshisekedi a confirmé sa « prestation de serment » le vendredi, 23 décembre, trois jours après l’investiture de Joseph Kabila comme Président de la République. Annoncée par Tshisekedi lui-même, sa prestation de serment a été confirmée à Kinshasa par voie de tracts appelant les Congolais à venir « nombreux assister à la cérémonie ». Le rendez-vous est fixé à 10H00 (09H00 GMT) au stade des Martyrs. « Nous avons programmé d’aller au stade. Si (le chef de l’Etat Joseph) Kabila veut opposer des chars à la population, ce sera de sa responsabilité », a confirmé Jacquemin Shabani, secrétaire général de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), le parti de Tshisekedi. Depuis dimanche, des blindés de la Garde républicaine sont positionnés aux abords du stade de Martyrs et dans quelques autres lieux de la capitale. Interrogé pour savoir si une autorisation avait été demandée auprès des autorités locales, M. Shabani a répondu: « Vous n’imaginez tout de même pas que le président de la République va demander l’autorisation à quiconque pour faire une manifestation? ».

 

7. JOSEPH KABILA INVESTI PRESIDENT

Le 20 décembre, Joseph Kabila a prêté serment, comme Président de la République Démocratique du Congo, devant la Cour suprême de justice (CSJ) à Kinshasa, sur l’esplanade de la Cité de l’Union africaine. Seul le président zimbabwéen Robert Mugabe, parmi les chefs d’Etat invités, s’était déplacé pour la cérémonie d’investiture. Une douzaine d’autres chefs d’Etat africains invités étaient représentés par leur Premier ministre (Gabon, Rwanda, Tanzanie), le président de l’Assemblée nationale (Centrafrique) ou des ministres (Congo-Brazzaville, Afrique du Sud, Angola, Burundi, Tchad…). Quelques ambassadeurs de pays occidentaux aussi (Belgique, France, GB, USA…) ont assisté à la cérémonie.