Jan 09 2018

La marche des catholiques aussi sous le coup de la barbarie de la répression

Editorial Congo Actualité n. 346– Par le Réseau Paix et Congo

Le 31 décembre, la marche promue par le Comité Laïque de Coordination des Laïcs (CLC) du diocèse de Kinshasa a été violemment réprimée par la police, tirant souvent à balles réelles sur les manifestants et jetant des gaz lacrymogènes même à l’intérieur de certaines églises. Le bilan provisoire de cette barbarie est d’une dizaine de morts, plusieurs dizaines de blessés et plus d’une centaine d’arrestations.

Objectifs et modalités de la marche

 

L’objectif de la marche était de demander au Président de la République et au Gouvernement l’application intégrale de l’Accord entre l’opposition et la majorité signé le 31 décembre 2016, grâce à la médiation des Evêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO ). Parmi les requêtes  avancées, l’on peut citer les suivantes:

«1. Une déclaration publique du Président de la République qu’il ne sera pas candidad à sa propre succession conformément à la Constitution;

  1. La mise en application effective, intégrale et de bonne foi de l’accord de la Saint Sylvestre, notamment des mesures ci-après:
  2. La libération de tous les prisonniers politiques
  3. La fin de l’exil des opposants menacés d’arrestation à leur retour au pays
  4. La fin du dédoublement des partis politiques
  5. La libération des espaces médiatiques et particulièrement de la RTCN
  6. La réouverture des médias injustement fermés
  7. La restructuration de la CENI, afin de recréer la confiance entre l’électorat et l’institution organisatrice des élections
  8. L’utilisation du calendrier récemment proposé par la CENI comme outil de travail pour l’élaboration d’un calendrier électoral consensuel
  9. Le libre exercice des activités politiques par tous».

En ce qui concerne les modalités de la marche, le CLC s’était inspiré aux principes de la non-violence et avait recommandé de:

«– Marcher en priant et en chantant des hymnes, portant dans les mains des chapelets, des bibles, des crucifix, des images sacrées, des rameaux de paix.

– éviter toute forme de violence: incendie de pneus, érection de barricades, propos violents, insultes, jets de pierres et autres actes de vandalisme.

– ne pas considérer les policiers, les militaire et les autres agents de sécurité comme ennemis.

– Ne pas fuir devant la police, mais serrer les rangs et chantez des hymnes ou s’agenouiller pour prier. Rester unis et, si la police veut arrêter quelqu’un, se constituer tous comme prisonniers».

Il y a eu de nombreuses adhésions à la marche promue par le CLC, dont celles des partis politiques de l’opposition, des mouvements civiques et des ONG pour la défense des droits de l’homme.

 

Pourquoi cette violente répression?

 

– La première cause est certainement l’interdiction de la marche par le gouverneur de Kinshasa, qui déjà depuis plusieurs mois ne « prend pas acte » des différentes manifestations organisées par l’opposition. Dans le cas de cette marche, le gouverneur  a profité du fait que la lettre, que le CLC lui avait envoyé pour l’informer, n’indiquait ni l’adresse, ni aucun numéro de téléphone du CLC, ni l’itinéraire prévu (points de départ et d’arrivée).

– Mais la cause principale est probablement l’adhésion des partis politiques de l’opposition et des mouvements civiques. Un succès de la marche des Chrétiens aurait été une victoire aussi pour les partis politiques de l’opposition qui, après la mort de leur principal leader, Etienne Tshisekedi, au début de février 2016, ont vu leurs manifestations se réduire à des simples journées  «ville morte», à cause de l’implacable répression par les soi disant forces de l’ordre. Un succès de la marche du 31 décembre aurait pu renforcer l’opposition et lui donner l’occasion de déclencher ce processus de «soulèvement populaire» qu’elle attend depuis longtemps et que la majorité présidentielle redoute, d’autant plus que l’opposition continue à déclarer qu’elle ne reconnaîtra plus Joseph Kabila comme président de la République à partir du 1er janvier 2018, en exigeant, par conséquence, une transition sans Kabila pour organiser les élections.

– Cependant, malgré la répression, la marche des chrétiens du 31 décembre 2017 représente un pas en avant par rapport aux dernières manifestations de l’opposition où la population ne sortait quasiment pas de la maison. En effet, le 31 décembre, en particulier dans la capitale Kinshasa, des milliers de personnes ont bravé la peur et sont descendues dans la rue.

 

Maintenant, la balle est dans le champ du président Kabila et du gouvernement

 

Les requêtes avancées par le CLC à l’occasion de cette marche sont très claires. Maintenant, la balle est dans le champ du président Kabila et du gouvernement.

– Le CLC n’a pas demandé la démission de l’actuel Président de la République, ni exigé une transition sans lui. Il lui a simplement demandé une déclaration officielle de ne pas se représenter  comme candidat pour un troisième mandat  lors des prochaines élections, conformément à la constitution. Si le président Kabila acceptait de répondre positivement à cette requête, un tel geste pourrait lui restituer la confiance de la majorité du peuple congolais qui maintenant lui a tourné le dos.

– En outre, l’application des mesures de décrispation politique prévues par l’accord de la Saint Sylvestre 2016 pourrait contribuer à réduire la tension  actuellement existante entre l’opposition et la majorité.

En ce qui concerne la question des prisonniers politiques et des exilés, il s’agit de personnalités politiques officiellement accusées de viol, appropriation illicite de biens immobiliers, outrages contre le Chef de l’État, attentat contre la sécurité de l’État, … Cependant, on sait que, derrière ces accusations souvent orchestrés à propos, il y a des motifs politiques indéniables. Les raisons invoquées (équité de la justice, défense des droits des personnes lésées, …) pour garder ces personnes en prison ou en exil sont souvent artificielles et fonctionnelles à des intérêts politiques. Tous ces cas devraient donc être revus, en fonction des intérêts supérieurs de la nation

Concernant l’interdiction, par les autorités administratives compétentes, des manifestations organisées par l’opposition et du fonctionnement de certains médias (radios, télévisions, journaux, …) gérés par des membres de l’opposition, elle constitue souvent une grave violation des droits de manifestation et d’expression, pour favoriser les intérêts politiques de la majorité au pouvoir. La marche du 31 décembre n’a fait que rappeler au Président de la République et au Gouvernement qu’il leur appartient de respecter et de faire respecter ces droits fondamentaux dans un régime démocratique.