Nov 07 2017

Nikki Haley en Rd Congo → une visite décisive

Editorial Congo Actualité n. 339 – Par le Réseau Paix et Congo

Une crise politique très grave issue de la non organisation des élections

 

Le 25 octobre, l’ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations Unies, Nikki Haley, est arrivée à Kinshasa pour une visite officielle qui s’est effectuée dans un contexte politique très critique.

L’accord du 31 décembre 2016 signé par la majorité présidentielle et l’opposition prévoit l’organisation des élections présidentielles, législatives nationales et législatives provinciales avant  la fin de décembre 2017, tout en admettant la possibilité que, suite à des éventuels retards ou à certains problèmes, la Commission électorale, le Gouvernement et le Conseil National de Suivi de l’Accord peuvent évaluer, da manière consensuelle, le temps nécessaire pour parachever l’organisation des élections.

En effet, la Commission électorale a récemment déclaré que, pour organiser ces élections, il lui faudrait 504 jours (17 mois) de préparation, à partir de la fin de l’opération d’enrôlement des électeurs. Cela signifie que, selon la Commission électorale, elle ne pourrait pas les organiser avant juin 2019.

Pour sa part, estimant cette date trop tardive et en passant sous silence la possibilité d’un éventuel report, d’ailleurs prévu d’une certaine façon par l’accord même, l’opposition dénonce une violation de l’Accord du 31 décembre 2016. Si l’élection présidentielle n’avait pas lieu avant le 31 décembre 2017, l’opposition exige une période de transition sans l’actuel président Joseph Kabila à la tête du Pays, à partir du 1er janvier 2018.

 

L’avenir incertain d’une transition sans Kabila

 

Plusieurs seraient les éléments de ce projet de transition sans Kabila (TSK):

– la démission de l’actuel président de la République, Joseph Kabila, ou sa destitution par le peuple, à travers des manifestations massives qui pourraient se transformer en un soulèvement populaire général. Si la première hypothèse semble peu probable, cette deuxième pourrait entraîner des conséquences néfastes: violence, répression, morts et arrestations.

– la désignation, par consensus, d’un président de la République de transition; la création d’un gouvernement de transition et la restructuration du Comité de présidence de la Commission électorale, ce qui présumerait un troisième dialogue entre la majorité et l’opposition et qui prolongerait encore plus le temps nécessaire pour l’organisation des élections, sans avoir aucune certitude d’arriver à un consensus dans le plus bref délais. Un premier dialogue avait eu lieu à la Citadelle de l’Union Africaine  et s’était terminé avec l’accord du 18 août 2016. Un deuxième dialogue a eu lieu avec la médiation des évêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (Cenco) et s’était conclu avec l’accord du 31 décembre 2016. Plusieurs observateurs trouvent donc inutile d’engager un troisième dialogue sans avoir d’abord épuisé la mise en œuvre des accords précédents.

 

L’étrange résignation de la Communauté internationale face à un deuxième report des élections à 2018

 

C’est dans ce contexte que l’ambassadrice Nikki Haley a rencontré, entre autres, le président de la Commission électorale, les représentants de l’opposition et le président de la République.

Bien que le Rassemblement de l’Opposition / aile Limete ait souhaité que l’ambassadrice appuie l’idée d’une transition sans Kabila, elle a plutôt demandé d’organiser les élections en 2018, sans pour autant faire référence à une éventuelle démission du Président de la République.

En proposant la date boutoir de 2018, Nikki Haley a offert aux autorités congolaises, et sur un plateau d’or, ce qu’elles attendaient: une deuxième année supplémentaire de pouvoir au président Kabila, dont le deuxième et dernier mandat présidentiel s’est déjà terminé le 19 décembre 2016. Si l’accord du 31 décembre 2016 avait déjà officiellement cautionné un premier report des élections à décembre 2017, Nikki Haley a confirmé un deuxième report à 2018. L’ambassadeur des États-Unis semble, donc, n’avoir satisfait qu’une seule partie, celle de la majorité présidentielle, sans tenir compte de la deuxième partie, l’opposition, qui, par conséquent, est restée seule à exiger les démissions de Joseph Kabila, principale cause, selon elle, de l’impasse du processus électoral en cours.

 

L’organisation des élections le plus tôt possible: la priorité de tous

 

En effet, convaincue qu’il n’y aura pas d’élections jusqu’à ce que Joseph Kabila sera président de la République et Corneille Nangaa continuera à être président de la Commission électorale, l’opposition semble s’être concentrée sur son projet de transition sans Kabila, une hypothèse qui, sans le soutien de la communauté internationale, n’apparaît que comme un rêve irréaliste et irréalisable. L’opposition devrait donc porter son attention sur le processus électoral et s’engager concrètement dans la mise en œuvre d’un calendrier électoral qui, tout en tenant compte des différentes difficultés techniques, logistiques et financières, pourrait permettre l’organisation des élections le plus tôt possible, y compris en 2018.

Pour sa part, si la majorité présidentielle veut être une force véritablement démocratique, elle doit nécessairement abandonner la stratégie du report des élections aux calendes grecques et promouvoir une dynamique électorale qui facilite l’alternance démocratique au sommet de l’État.

D’autre part, le Gouvernement aussi, en collaboration avec les partenaires internationaux, doit assumer ses propres responsabilités vis-à-vis du financement et de la logistique du processus électoral. Enfin, après la visite de l’Ambassadeur Nikki Haley, recommandant l’organisation des élections en 2018, la Commission électorale n’a plus aucune raison pour renvoyer ultérieurement la publication du calendrier électoral que tout le monde attend depuis très longtemps.