Mai 18 2017

Congo Actualité n.321

 

 

SOMMAIRE

  1. LE RAPATRIEMENT DE LA DÉPOUILLE D’ETIENNE TSHISEKEDI DE NOUVEAU REPORTÉ
    1. Une éventuelle inhumation à Kabeya Kamuanga, la ville natale, au Kasaï-Oriental
    2. L’UDPS annonce le rapatriement de la dépouille le 12 mai et l’enterrement au siège du parti, à Limete (Kinshasa)
    3. La Police arrête le constructeur du mausolée
    4. Le poste de la police installé à proximité du siège de l’UDPS à Limete attaqué par des inconnus
    5. Le gouverneur interdit l’enterrement de Tshisekedi au siège de l’UDPS
    6. L’UDPS décide de renvoyer le rapatriement de la dépouille d’Etienne Tshisekedi
    7. La Police interdit les entrées et sorties du siège de l’UDPS
  2. LE RASSEMBLEMENT DE L’OPPOSITION (RASSOP)
    1. Une nouvelle plateforme: le RASSOP courant tshisekediste / CAT
    2. Naissance du Regroupement des Députés du Rassemblement (RDR)
    3. Le Rassemblement / aile de Limete: disposé à rencontrer le président Joseph Kabila

1. LE RAPATRIEMENT DE LA DÉPOUILLE D’ETIENNE TSHISEKEDI DE NOUVEAU REPORTÉ

 

a. Une éventuelle inhumation à Kabeya Kamuanga, la ville natale, au Kasaï-Oriental

 

Le 2 avril, l’ancien conseiller juridique d’Etienne Tshisekedi, Peter Kazadi, a déclaré que la famille d’Etienne Tshisekedi et l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) «sont en train de réfléchir sérieusement pour que le corps de feu Etienne Tshisekedi soit enterré» dans son village natal à Kabeya Kamuanga ou à Mbuji-Mayi dans le Kasaï-Oriental. Il a expliqué que cette décision pourrait être prise suite à la «mauvaise foi du gouvernement, (qui ne veut pas) réserver des funérailles dignes à Etienne Tshisekedi». Etienne Tshisekedi est décédé le 1er février à Bruxelles de suite d’une embolie pulmonaire. Son corps est toujours gardé dans la capitale de Belgique. Sa famille, son parti et le gouvernement ne s’accordent toujours pas sur le lieu de son inhumation.[1]

 

Le 17 avril, Félix Tshisekedi, fils de feu Etienne Tshisekedi, a annoncé que sa famille biologique a décidé de l’enterrer dans son village d’origine, Kabeya Kamuanga, dans la province du Kasaï Oriental. Une décision qui fait suite à des longs jours d’infructueuses tractations entre le gouvernement et les familles politique et biologique du défunt. Pour Félix Tshisekedi, son père doit être enterré en attendant un gouvernement qui pourra lui offrir des obsèques dignes de ce nom. «Nous avons décidé d’enterrer le président Tshisekedi dans le Kasaï. Demain, quand nous serons au pouvoir, on pourra l’honorer comme il se doit. La date du rapatriement de son corps sera fixée dans les heures à venir», a affirmé le président du Rassemblement.[2]

 

Le 17 avril, l’ancien conseiller juridique de feu Etienne Tshisekedi, Péter Kazadi, a affirmé que sa dépouille sera rapatriée avec ou sans autorisation des autorités. «On n’a pas besoin d’une autorisation pour rapatrier le corps du président Tshisekedi», a-t-il dit avant de préciser que le lieu où sera exposé son corps avant son transfèrement dans son village natal est en cours d’examen.[3]

 

b. L’UDPS annonce le rapatriement de la dépouille le 12 mai et l’enterrement au siège du parti, à Limete (Kinshasa)

 

Le 22 avril, le secrétaire général de l’UDPS, Jean-Marc Kabund, a annoncé que le corps de feu Etienne Tshisekedi sera rapatrié en RDC le 12 mai prochain. Jean-Marc Kabund a précisé que, après avoir parcouru les diverses dispositions de la loi, l’UDPS et la famille du défunt ont décidé de son inhumation au sein de la permanence même du parti, dans la commune de Limete à Kinshasa.

Le secrétaire général de l’UDPS a affirmé que «la dépouille mortelle de l’illustre disparu sera exposée au Palais du peuple pour les hommages populaires mérités. […] L’UDPS sollicite la sécurisation des obsèques par les forces de l’ordre de la RDCongo, ainsi que par celles de la Monusco, conformément à la résolution 23-48 du Conseil de Sécurité des Nations Unies».

Le gouvernorat de Kinshasa a dit ne pas être au courant du rapatriement de la dépouille d’Étienne Tshisekedi dans la capitale congolaise le 12 mai, comme il a été annoncé par l’UDPS. Il a ajouté de n’avoir pas autorisé aucun enterrement au siège de l’UDPS à Limete.

Le gouvernement de la RDC avait exclu, au cours d’un conseil extraordinaire des ministres, l’option d’enterrer Etienne Tshisekedi dans un site urbanisé habité. Selon le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadary, cette décision était prise pour ne pas violer les textes règlementant l’organisation des funérailles en RDC.[4]

 

Le 29 avril, l’UDPS a écrit à l’Hôtel de Ville pour lui «notifier» de sa décision d’enterrer Tshisekedi au siège du parti à Limete.[5]

 

Le 1er mai, le Porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a dit ne pas être «au courant» ni du rapatriement de la dépouille de feu Etienne Tshisekedi, ni de l’organisation des funérailles.

Même son de cloche du côté du porte-parole de la Police, le Colonel Mwanamputu, qui a dit n’avoir reçu aucune demande de la part gouvernorat de la ville de Kinshasa, censé s’occuper de cet événement. De son côté, le représentant de la famille biologique, Mgr Gérard Mulumba, petit frère de feu Étienne Tshisekedi, a confirmé ce rapatriement comme annoncé: «Pour nous, c’est le 12 [mai] et pas une autre date. Vouloir ou pas, le rapatriement de la dépouille de Tshisekedi aura lieu le 12 mai» . Monseigneur Mulumba a par ailleurs révélé que la famille du défunt a bel et bien écrit aux autorités au sujet de ces funérailles, sans avoir de réponse de la part du gouvernement.

Les autorités provinciales de Kinshasa avait déjà fait savoir que l’enterrement sur un «site urbanisé et habité était interdit par la loi».[6]

 

Le 2 mai, le secrétaire général de l’UDPS, Jean-Marc Kabund, a lancé l’opération «Mandalala» , en français «rameaux», en rapport avec le rapatriement de la dépouille d’Etienne Tshisekedi annoncé pour le 12 mai prochain. Dans un communiqué signé le 28 avril, il a affirmé que, «tenant compte de l’envergure nationale de l’illustre disparu et se référant à la loi et à la pratique en matière des inhumations dans la ville de Kinshasa et à travers le pays, notamment le cas du professeur Bianganyi Tampon enterré dans l’enceinte de l’Université chrétienne Cardinal Malula située sur l’avenue Saïo dans la commune de Kasa-Vubu, l’UDPS a choisi d’enterrer le président Etienne Tshisekedi Wa Mulumba à la permanence du parti, située sur le petit boulevard Lumumba, dans la commune de Limete». L’UDPS rappelle également, à ce sujet, que les travaux de construction du caveau destiné à accueillir la dépouille de son président décédé il y a deux mois à Bruxelles ont déjà commencé. Le parti souligne en outre que ce choix d’inhumer le feu président du conseil des sages du Rassemblement dans l’enceinte du siège de son parti résulte de la volonté de la veuve avec la famille mais aussi de l’opinion nationale. L’UDPS appelle par ailleurs l’Hôtel de Ville de mettre en place les dispositions nécessaires pour la sécurisation des obsèques. Quant au rapatriement du corps du défunt, la date du 12 mai est maintenue.[7]

 

Le 2 mai, l’Hôtel de ville de Kinshasa a accusé réception de la lettre que l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) a écrit au gouverneur de la ville de Kinshasa André Kimbuta, pour l’informer de l’enterrement d’Etienne Tshisekedi au siège du parti situé à Limete tel que décidé par les deux familles (politique et biologique) de l’illustre disparu. En attendant la réaction du gouverneur Kimbuta, le ministre provincial de l’intérieur, Emmanuel Akweti, n’a pas voulu commenté sur ces prises de position de l’UDPS et de la famille Tshisekedi.[8]

 

Le 3 mai, le porte-parole de la Mission de l’ONU en RDCongo (Monusco), Charles Bambara, a confirmé la disponibilité de la son organisation pour sécuriser les obsèques d’Étienne Tshisekedi, mais en soutien à la Police nationale congolaise (PNC), sans se substituer aux forces de sécurité de Kinshasa.[9]

 

Le 3 mai, le secrétaire général de l’UDPS, Jean Marc Kabund, a demandé au président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, de permettre l’exposition du corps d’Etienne Tshisekedi au palais du peuple: «Nous tenons à vous informer que la dépouille du président Tshisekedi sera rapatriée au pays le 12 mai et sera inhumée au siège du parti. Compte tenu de l’envergure nationale et internationale de l’illustre disparu et en vue d’organiser des obsèques dignes de son rang, nous vous demandons de bien vouloir accorder l’exposition de sa dépouille au Palais du peuple, depuis le jour de l’arrivée du corps à Kinshasa jusqu’à son enterrement, suivant le programme officiel des obsèques qui vous sera communiqué».[10]

 

Le 4 mai, après une rencontre avec André Kimbuta, gouverneur de la ville Kinshasa, le secrétaire général de l’UDPS, Jean-Marc Kabund, a fait savoir que son parti maintenait le programme de l’arrivée à Kinshasa de la dépouille d’Etienne Tshisekedi pour le 12 mai. Il a également indiqué que l’opposant historique sera inhumé au siège de son parti.[11]

 

Le 4 mai, le secrétaire général de l’UDPS, Jean Marc Kabund, et le conseiller juridique d’Etienne Tshisekedi, Peter Kazadi, se sont tous les deux rendus au siège du parti, à la 11ème rue Limete, pour se rendre compte de l’état d’avancement des travaux de construction d’un mausolée pour l’enterrement d’Etienne Tshisekedi.[12]

 

c. La Police arrête le constructeur du mausolée

 

Le 4 mai, l’entrepreneur belge Bruno Michaux chargé de construire le mausolée de feu Etienne Tshisekedi au siège du parti dans le quartier de Limete, à Kinshasa, a été arrêté, avant d’être remis en liberté le lendemain à la mi-journée. «La police m’a arrêté hier vers 19h alors que je sortais de la permanence de l’UDPS à Limete. Les agents affirmaient que je construisais le mausolée sans autorisation, ce qui est faux. J’attendais justement l’autorisation et je travaillais seulement sur la construction d’une fosse septique», a-t-il affirmé. «Ils m’ont mis les menottes et m’ont emmené au commissariat de [la commune] de Lemba, puis à l’Inspection générale de la police. Pendant ce temps, des hommes armés, en civil, mais qui portaient des bottes de militaires, ont attaqué ma maison. Ils l’ont pillée, ont cassé le coffre et sont repartis avec 32 000 dollars et mon passeport. On m’a relâché [ce vendredi] à midi en me disant que c’était une erreur», poursuit ce Belge qui dit vivre en RD Congo depuis 40 ans. Bruno Michaux doit être reçu à l’ambassade de Belgique pour voir quelles suites donner à son interpellation, contre laquelle il a l’intention de porter plainte.[13]

 

Le 5 mai, les camions transportant du sable pour la construction du Mausolée d’Étienne Tshisekedi sont empêchés d’entrer au siège de l’Udps par les éléments de la police.[14]

 

Le 5 mai, Bruno Michaux, l’architecte belge engagé par l’UDPS pour la construction du mausolée d’Etienne Tshisekedi, a été convoqué pour se présenter au bureau de la police le lundi 8 mai.

Le 8 mai, il ne s’est pas présenté à la police, tout simplement parce que la convocation qui lui a été remise porte la date du 8 mai… 2018 au lieu du 8 mai 2017.[15]

 

Le 6 mai, les autorités politico-administratives et sécuritaires de la ville de Kinshasa ont convoqué toutes les compagnies aériennes. Au cours de cette rencontre, les compagnies aériennes, essentiellement internationales, auraient reçu l’ordre de ne pas embarquer le corps d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Selon un cadre de la Compagnie Air France qui a participé à cette réunion, aucune autorisation de survol de l’espace aérien congolais ou d’atterrissage sur le territoire national ne sera accordée à toute société d’aviation qui en fera la demande. Motif: l’UDPS et la famille biologique d’Étienne Tshisekedi n’ont pas associé le pouvoir dans leur démarche de rapatriement.[16]

 

Le 8 mai, l’ancien conseiller juridique d’Etienne Tshisekedi, Peter Kazadi, a affirmé que, après son arrivée à Kinshasa, la dépouille du feu président de l’UDPS sera gardée à la morgue de l’hôpital du cinquantenaire. L’UDPS maintient toujours la date du 12 mai prochain pour le rapatriement du corps d’Etienne Tshisekedi. Aucun consensus n’est jusqu’à ce jour trouvé entre l’UDPS et les autorités de Kinshasa quant à la date du rapatriement et le lieu d’inhumation de l’ancien président du conseil des sages du Rassemblement.[17]

 

d. Le poste de la police installé à proximité du siège de l’UDPS à Limete attaqué par des inconnus

 

Le 9 mai, le poste de la police installé à proximité du siège de l’UDPS à Limete et commis à sa surveillance, a été attaqué par des inconnus aux environs de 4h00 du matin. Selon des sources proches des forces de l’ordre, des « combattants », surnom donné aux militants de ce parti de l’opposition, ont brûlé un camion, une grande tente et des motocyclettes de la police.

Le commandant de la police de Limete a affirmé que, «vers 04h00 (03h00 GMT), nous avons été attaqués par une cinquantaine de jeunes gens armés (…) sortis du siège de l’UDPS. Ils ont brûlé le véhicule et une tente, tabassé des policiers qui étaient de garde (…) brûlé nos bureaux ici au commissariat et ont fait évader 28 détenus parmi les plus dangereux violeurs poursuivis par le tribunal pour enfants. Un agent est décédé de suites de ses blessures».

La Police a renforcé sa présence aux alentours de la permanence du parti. À la mi-journée, elle occupait le siège de l’UDPS totalement vide.[18]

 

Selon les dirigeant de l’UDPS, il s’agit d’un montage de la Majorité Présidentielle dans le but d’en faire porter le chapeau au parti et retarder le retour de la dépouille d’Etienne Tshisekedi, prévu ce 12 mai. Le Porte-parole de l’UDPS, Augustin Kabuya, a affirmé qu’il s’agit d’une stratégie montée par le régime Kabila pour fermer le siège de l’Udps et empêcher la poursuite des travaux de construction du Mausolée.

Le secrétaire général de l’UDPS, Jean-Marc Kabund, a réfuté l’hypothèse de la police: «Depuis tôt ce matin, des policiers en faction devant le siège de notre formation politique ont investi notre permanence. Pour justifier leur acte, ils ont incendié un camion et une tente de la police». Il s’est par ailleurs interrogé: «Comment des militants de l’UDPS peuvent-ils parvenir à incendier une tente et un camion de la police en présence des forces de l’ordre bien armées qui veillent jour et nuit devant notre quartier général?». Selon Jean-Marc Kabund, «il s’agit d’un montage orchestré par le gouvernement dans le but de repousser l’arrivée du corps de notre président. Il faut que les gens sachent que Tshisekedi ne sera jamais enterré à l’étranger comme Mobutu et d’autres. Qu’il pleuve ou qu’il neige le président sera enterré en RDC». Il a précisé que «la police a pris le contrôle du siège, elle ne veut plus que les gens entrent, elle a tout fermé et a bloqué tous les accès. Tout cela, c’est pour empêcher la construction du mausolée».

Le Secrétaire général de l’UDPS a annoncé en outre une réunion des hautes instances du parti avec la famille biologique d’Etienne Tshisekedi, dans le but d’examiner sur le maintien ou pas de la date du 12 mai pour le rapatriement de la dépouille.[19]

 

e. Le gouverneur interdit l’enterrement de Etienne Tshisekedi au siège de l’UDPS

 

Le 9 mai, dans sa réponse à la lettre du secrétaire général de l’UDPS qui lui demandait de permettre l’exposition du corps d’Etienne Tshisekedi au palais du peuple, siège du Parlement, le président de l’Assemblée Nationale, Aubin Minaku, a demandé à l’UDPS d’attendre, car la décision devrait être concertée avec le président de la chambre haute du parlement, Leon Kengo Wa Dondo.[20]

 

Le 9 mai, l’Hôtel de ville de Kinshasa a annoncé l’interdiction d’enterrer Etienne Tshisekedi au siège de l’UDPS à Limete. «Votre proposition de procéder à l’inhumation de l’illustre disparu au siège de votre parti politique ne saurait être retenue pour non-conformité à la loi», a répondu André Kimbuta, gouverneur de la ville de Kinshasa, dans une correspondance adressée au Secrétaire général de l’UDPS, Jean-Marc Kabund. Dans cette lettre, l’autorité urbaine a exhorté au respect des prescrits de la législation en la matière. Évoquant les textes de certaines lois, telles que l’ordonnance du 4 septembre 1909 sur les cimetières, du 13 février 1949 sur l’exhumation et transfert, du 15 mars 1950 sur le service des inhumations et police des cimetières ainsi que l’arrêté du gouverneur général du 16 mai 1907 sur les concessions de sépultures, André Kimbuta a rappelé qu’«aucune inhumation ne pourra avoir lieu que dans un terrain affecté et aucune habitation ne peut être élevée à une distance inférieure à 50 mètres de cimetières».

Enfin, André Kimbuta a rappelé les conditions requises pour le rapatriement de la dépouille: «Pour permettre à la police d’assurer une bonne sécurité, il vous faut fournir les détails sur le plan de vol, l’itinéraire à suivre par le cortège funèbre, la confirmation du lieu d’exposition ainsi que le programme définitif de l’organisation mise en place…».[21]

 

f. L’UDPS décide de renvoyer le rapatriement de la dépouille d’Etienne Tshisekedi

 

Le 9 mai, dans un communiqué rendu public dans la soirée, l’UDPS a décidé, «au nom de la paix», de renvoyer «sine die» le rapatriement de la dépouille d’Etienne Tshisekedi à Kinshasa, pour faire échec à un plan de chaos orchestré par le pouvoir.[22]

 

Depuis trois mois et demi, c’est un véritable dialogue de sourds entre les autorités, le parti et la famille de Etienne Tshisekedi. Les autorités refusent l’inhumation du corps d’Etienne Tshisekedi au siège du parti de l’UDPS. Elles brandissent une loi de 1914 qui interdit l’enterrement à moins de 50 mètres d’une habitation. Le parti d’Etienne Tshisekedi se dit ouvert à d’autres sites, sauf celui d’un cimetière, indigne de la personnalité de l’opposant historique, selon eux.

Un blocage persistant. Pour certains, la famille et le parti, l’UDPS, auraient – dès le départ – mal géré cet enterrement en le politisant. Dans un premier temps, des cadres de l’UDPS ont en effet conditionné le retour de la dépouille mortelle d’Etienne Tshisekedi à la nomination d’un nouveau Premier ministre. Politiser l’enterrement, c’était prendre le risque de crisper la majorité et de bloquer les discussions. L’autre explication de cet énième report c’est la crainte, de part et d’autre, de débordements sécuritaires. Pour les autorités, il faut à tout prix éviter que le retour d’Etienne Tshisekedi et son enterrement ne se transforment en manifestations de l’opposition. Mais pour l’UDPS aussi, le moindre débordement pourrait lui être reproché par les autorités.[23]

 

Le 10 mai, la Police a levé son interdiction d’accès au siège de l’UDPS qui est de nouveau accessible aux responsables de ce parti politique depuis l’après midi, après avoir été mis sous scellés par les forces de l’ordre. La levée de l’interdiction intervient étrangement juste après l’annonce du report du rapatriement de la dépouille d’Étienne Tshisekedi à Kinshasa.[24]

 

g. La Police interdit les entrées et les sorties du siège de l’UDPS

 

Le 11 mai, le porte-parole de l’UDPS Augustin Kabuya a affirmé que les policiers empêchent aux cadres du parti d’accéder au siège. Selon lui, seuls quelques cadres du parti, dont le secrétaire général Jean-Marc Kabund, ont réussi à pénétrer dans l’enceinte de la permanence pour participer une réunion. «Nous ne pouvons pas entrer à la permanence de l’UDPS ni sortir. Nous avons eu la chance d’entrer ce matin, mais depuis que nous sommes là, on nous empêche de sortir», se plaint Augustin Kabuya.

Encore dans l’après-midi, un de secrétaires nationaux de l’UDPS, Eteni Longondo, a affirmé: «Nous sommes séquestrés. La police a renforcé sa présence. Nous sommes venus travailler normalement. En venant, on a trouvé des policiers à l’entrée. Ils nous ont laissé entrer, mais là ils nous empêchent de sortir. Maintenant, la permanence est entourée par des militaires. La police pense que nous voulons falsifier les traces de la présumée attaque de son commissariat».

Félix Tshisekedi, président du Rassemblement/Limete et secrétaire général adjoint de l’Udps, a rejoint Jean-Marc Kabund tard dans la soirée. Il est entré au siège de son parti après une longue altercation avec les éléments de la police qui lui ont interdit d’y accéder à bord de sa voiture.

La « fermeture de la permanence » de l’UDPS est intervenue après que la police congolaise a accusé les militants de ce parti d’avoir attaqué ses installations.[25]

 

Le 12 mai, dans l’après-midi, le secrétaire général de l’UDPS, Jean-Marc Kabund a quitté le siège de son parti avec tous les cadres et membres du parti (une quinzaine) qui s’y trouvaient depuis jeudi dans la matinée. Le lieu est toujours occupé par les forces de l’ordre, même si les accès sont de nouveau autorisés. «Pour le moment, la permanence est restée vide. Il n’y a que les militaires qui sont à l’intérieur», a déclaré le porte-parole de l’UDPS, Augustin Kabuya, qui accuse les dirigeants de la Majorité présidentielle d’instrumentaliser les agents des forces de l’ordre à des fins politiques.[26]

 

Le 13 mai, après trois jours de blocus, les éléments de la police qui occupaient le siège de l’Udps, ont quitté les lieux. «Ils sont partis ce samedi matin», a confirmé Augustin Kabuya, le porte-parole de l’Udps. Il a précisé, cependant, que seuls les policiers qui étaient à l’intérieur de la permanence se sont retirés, pas les autres qui sont positionnés devant le siège.

Le cadre Udps a dénoncé cette occupation de la permanence de son parti par «la police politique». Mais, bien avant toute reprise des activités, l’Udps exige une enquête par la police scientifique de la Monusco. Question d’éviter de tomber dans le piège de dépôt en cachette d’armes, qui pourrait justifier la thèse selon laquelle le parti entretiendrait une milice.[27]

 

 

2. LE RASSEMBLEMENT DE L’OPPOSITION (RASSOP)

 

a. Une nouvelle plateforme: le RASSOP courant tshisekediste / CAT

 

Le 4 mai, la Coalition des Alliés d’Etienne Tshisekedi (CAT) a annoncé qu’elle devient une plateforme autonome de l’Opposition, dénommée RASSOP courant tshisekediste / CAT. Par conséquent, elle ne fait plus partie de cinq composantes du Rassemblement dirigé par le tandem Pierre Lumbi – Félix Tshisekedi. C’est l’une des résolutions du conclave de ce groupe d’opposants clôturé au terme d’environ deux semaines de travaux.

«La Coalition des Alliés du président Étienne Tshisekedi passe désormais du statut de composante du Rassemblement, en plateforme autonome de l’Opposition politique», a annoncé Jean Pierre Lisanga Bonganga, chef de file et coordonnateur du RASSOP courant tshisekediste/CAT. Selon lui, «la naissance de ce nouveau courant trouve sa justification et sa raison d’être dans le souci de perpétuer l’héritage politique d’Etienne Tshisekedi, basé sur sa quête permanente de l’Etat de droit et l’émergence de la démocratie par des voies pacifiques».

Selon les résolutions du conclave, le RASSOP courant tshisekediste/CAT pense que, «avec la signature de l’Arrangement particulier, l’Accord du 31 décembre 2016 devient complet et, de ce fait applicable». C’est dans ce contexte qu’il considère la nomination du Premier ministre Bruno Tshibala comme conforme à l’esprit et à la lettre de l’Accord de la Saint Sylvestre. Le RASSOP courant tshisekediste/CAT promet d’apporter ainsi son appui au nouveau chef du Gouvernement «en prenant une part active au Gouvernement d’union nationale, qu’il est appelé à former». D’où, l’appel lancé à tous les Congolais de soutenir la prochaine équipe gouvernementale.

Néanmoins, dans sa déclaration marquant la fin des travaux, Lisanga Bonganga a fort insisté sur le fait que «cette position ne constitue nullement un chèque en blanc, car le RASSOP courant tshisekediste / CAT se réserve de prendre toutes ses responsabilités, au cas où ce Gouvernement ne reflèterait pas l’esprit et la lettre de l’Arrangement particulier». Par ailleurs, le chef de file du Courant Tshisekediste a rappelé la nécessité pour les parties signataires de l’Accord du 31 décembre, de se réunir rapidement, pour dégager le consensus autour de la personnalité qui doit succéder au président Étienne Tshisekedi, à la tête du Conseil National de Suivi de l’Accord.

Dans ce contexte, Lisanga Bonganga a balayé d’un revers de la main les accusations faites à son encontre, après avoir signé l’Arrangement particulier. Pour lui, «il ne s’agissait pas d’une corruption et moins encore d’une manipulation par la Majorité ou le pouvoir en place», mais d’une rupture avec le Katumbisme. Après avoir rappelé que, lors du dialogue à la CENCO, le Rassemblement était représenté par cinq composantes: UDPS, Dynamique, AR, G7 et CAT, il a affirmé que «deux plateformes (Dynamique et CAT) sont signataires de l’Arrangement particulier et sont membres du courant tshisekediste, tandis que l’AR et le G7, non signataires de cet Arrangement particulier, sont tous du courant katumbiste».[28]

 

b. Naissance du Regroupement des Députés du Rassemblement (RDR)

 

Le 10 mai, les députés des partis membres du Rassemblement ont créé un regroupement parlementaire qui est dénommé Regroupement des Députés du Rassemblement (RDR) et qui réunit ceux qui ne soutiennent pas le gouvernement mis en place par Bruno Tshibala. Le RDR est présidé par le G7 Khonde Vila Kikanda. L’UDPS Fabien Mutomb en est le vice-président et l’AR Jean-Bertrand Ewanga a été désigné rapporteur et porte-parole.

Ce groupe des députés qui soutiennent le président du Rassemblement Félix Tshisekedi et le président des sages Pierre Lumbi a promis de mener des actions au sein de l’Assemblée nationale, sans donner des détails.

Le député Muhindo Zangi, président du groupe parlementaire du MSR, l’un des coordonnateurs des députés du G7 et du Rassemblement au sein de la chambre basse du Parlement, a affirmé que «les députés membres des partis politiques du Rassemblement sont organisés et vont mener des actions au Parlement comme députés du Rassemblement. Le Rassemblement aujourd’hui sur le plan formel regroupe plus de cent trente députés. Mais comme vous le savez, il y a des députés qui ont gouté au miel, il y a certains élus qui ne sont pas avec nous. Aujourd’hui, nous avons quatre-vingt-trois députés qui sont restés fidèles dans la logique de l’opposition». Pour lui, les députés dont les partis sont représentés au gouvernement font désormais partie intégrante de la Majorité. «Ce groupe reste le seul de l’opposition au Parlement parce que les autres opposants ont déjà adhéré au gouvernement, ils sont membres du gouvernement et au vu de la loi sur l’opposition politique, ils ne sont plus membres de l’opposition», a rappelé Muhindo Nzangi.

Par ailleurs, Konde Vila Kikanda a précisé qu’il est constitué à titre informel. Il fonctionnera au sein de l’Assemblée nationale en vue de parler le même langage et prendre des positions communes lorsqu’il faudra voter des lois. Ce regroupement, a-t-il rassuré, s’exprimera au nom du Rassemblement qui, à travers le Comité des sages, lui donnera des orientations pour qu’il n’y ait pas divergence des vues. L’objectif étant l’harmonisation des points de vue, le regroupement des députés nationaux dont les partis sont membres du Rassemblement des forces sociales et politiques du changement travaillera de commun accord avec le comité des sages.[29]

 

c. Le Rassemblement / aile de Limete: disposé à rencontrer le président Joseph Kabila

 

Le 11 mai, le député Christophe Lutundula, cadre du G7 et membre du Rassemblement de l’Opposition dirigé par Félix Tshisekedi, a affirmé que son groupement politique est toujours disposé à rencontrer le président Joseph Kabila pour «appliquer» l’accord du 31 décembre.

Le Rassemblement refuse toujours de reconnaître le Premier ministre Bruno Tshibala, y compris l’arrangement particulier signé le 27 avril à Kinshasa.

De son côté, Adolphe Lumanu, cadre du parti au pouvoir et membre de la Majorité Présidentielle a réagi à la déclaration de Christophe Lutundula, en affirmant que la coalition du Rassemblement aile Félix Tshisekedi doit d’abord reconnaître Joseph Kabila comme Président de la République: «Quand ils accepteront de le considérer comme le président de la République, et non pas comme le chef de file d’une famille politique, comme ils veulent le faire passer dans l’opinion… alors il les recevra». Adolphe Lumanu a ensuite rappelé que le Rassemblement de l’Opposition / aile Félix Tshisekedi – Pierre Lumbi avait pourtant refusé de le rencontrer en avril dernier: «Le Président Kabila les avait invité quand il a organisé les consultations. Qui a refusé de répondre à l’invitation?». En effet, le Rassemblement / Limete avait refusé de participer aux consultations entamées par Joseph Kabila en avril dernier, accusant le Chef de l’Etat d’être à la fois « juge et partie ».

Par ailleurs, selon Adolphe Lumanu, «l’accord est déjà là. Il est mis en oeuvre avec la nomination du Premier ministre, et très récemment, de l’ensemble de l’équipe gouvernementale. Il est mis en oeuvre avec la signature de l’arrangement particulier qui reste ouvert à ceux qui étaient empêchés ou qui se résoudront à revisiter leurs positions initiales».

Il s’est même mué en farouche défenseur du Premier ministre Bruno Tshibala comme membre du Rassemblement «originel»: «Nous estimons que ce Premier ministre est davantage du Rassemblement originel par rapport à la vision de Monsieur Lutundula. Parce que, ce Premier ministre: a-t-il été le Porte-parole du Rassemblement oui ou non? Etait-il le modérateur des travaux de Genval oui ou non? N’a-t-il pas été le Secrétaire général adjoint de l’UDPS?». Et il ajoute: «Le fait qu’il s’est opposé à la restructuration [du Rassemblement], parce qu’elle n’est pas conforme aux résolutions de Genval, le fait qu’il refuse qu’on mette à la tête du CNSA quelqu’un qui est qualifié dans leur milieu comme Kabiliste, … pour cela, il n’est pas du Rassemblement?».[30]

 

[1] Cf Radio Okapi, 03.04.’17

[2] Cf Politico.cd, 17.04.’17

[3] Cf Politico.cd, 17.04.’17

[4] Cf Radio Okapi, 22.04.’17; RFI, 23.04.’17; Politico.cd, 22.04.’17

[5] Cf Politico.cd, 03.05.’17

[6] Cf Politico.cd, 01.05.’17

[7] Cf Will Cleas Nlemvo et Stanys Bujakera – Actualité.cd, 02.05.’17

[8] Cf Stanys Bujakera – Actualité.cd, 02.05.’17

[9] Cf Politico.cd, 03.05.’17

[10] Cf Stanys Bujakera – Actualité.cd, 09.05.’17

[11] Cf Radio Okapi, 05.05.’17

[12] Cf Stanys Bujakera – Actualité.cd, 04.05.’17

[13] Cf Pierre Boisselet – Jeune Afrique, 05.05.’17

[14] Cf Jeff Kaleb Hobiang – 7sur7.cd, 05.05.’17

[15] Cf Stanys Bujakera – Actualité.cd, 06.05.’17 https://actualite.cd/2017/05/06/larchitecte-mausolee-de-tshisekedi-officiellement-convoque-police/ ; RFI, 09.05.’17

[16] Cf Jeff Kaleb Hobiang – 7sur7.cd, 07.05.’17

[17] Cf Stanys Bujakera – Actualité.cd, 08.05.’17

[18] Cf Radio Okapi, 09.05.’17; Politico.cd, 09.05.’17; Actualité.cd, 09.05.’17; AFP – Africatime, 09.05.’17

[19] Cf Jeff Kaleb Hobiang – 7sur7.cd, 09.05.’17; Stanys Bujakera – Actualité.cd, 09.05.’17; Trésor Kibangula – Jeune Afrique, 09.05.’17

[20] Cf Stanys Bujakera – Actualité.cd, 09.05.’17

[21] Cf Politico.cd, 09.05.’17; Jeff Kaleb Hobiang – 7sur7.cd, 09.05.’17 http://7sur7.cd/new/2017/05/flash-kimbuta-refuse-linhumation-de-tshisekedi-au-siege-de-ludps/

[22] Cf Patrick Maki – Actualité.cd, 10-05.’17

[23] Cf RFI, 11.05.’17

[24] Cf Politico.cd, 10.05.’17

[25] Cf Radio Okapi, 11.05.’17; Stanys Bujakera – Actualité.cd, 11.05.’17

[26] Cf Radio Okapi, 12.05.’17

[27] Cf Alphonse Muderhwa – 7sur7.cd, 13.05.’17

[28] Cf Rachidi Mabandu – Forum des As – Kinshasa, 05.05.’17; Alphonse Muderhwa – 7sur7.cd, 04.05.’17

[29] Cf Radio Okapi, 11.05.’17; Le Potentiel – Kinshasa, 11.05.’17

[30] Cf Politico.cd, 11.05.’17