Mar 16 2017

Congo Actualité n. 313

SOMMAIRE

INTRODUCTION

  1. L’APRÈS TSHISEKEDI AU SEIN DU RASSEMBLEMENT DE L’OPPOSITION
    1. La restructuration des organes dirigeants
    2. La désignation de la nouvelle direction provoque des dissensions
    3. Deux expulsions
    4. La crise actuelle du Rassemblement vue de l’extérieur
    5. Vers une certaine réunification

 

INTRODUCTION

 

Après un mois et demi après la mort d’Etienne Tshisekedi, le Rassemblement de l’opposition (RASSOP) peine à se donner une nouvelle direction.

Jusqu’à présent, le RASSOP était pratiquement coordonné par un seul organisme, le Comité des Sages, dont feu Etienne Tshisekedi était président. Ces derniers jours, le RASSOP a procédé à la restructuration de son organisation interne, en créant bien quatre organes de direction: la présidence du bureau politique, la présidence du Conseil des Sages, la coordination des actions et le Conseil de discipline. Ensuite, il a nommé Félix Tshisekedi (UDPS) et Pierre Lumbi (G7), respectivement comme président du Bureau politique et président du Conseil des Sages. Cependant, leur nomination n’a pas été unanime et a provoqué une certaine nombre de dissensions, suivies de quelques cas d’expulsions. Toutefois, plusieurs dissidents sont déjà rentrés dans les rangs du Rassemblement, ce qui a contribué à sauvegarder l’unité du même Rassemblement.

Il est donc souhaitable qu’il puisse résoudre le plus tôt possible cette problématique interne concernant la question de sa nouvelle direction, pour permettre la poursuite du dialogue avec les autres forces politiques du Pays, en vue d’une conclusion rapide des pourparlers relatifs aux modalités pratiques à adopter en vue de l’application de l’accord du 31 décembre 2016.

 

 

1. L’APRÈS TSHISEKEDI AU SEIN DU RASSEMBLEMENT DE L’OPPOSITION

 

a. La restructuration des organes dirigeants

 

Le 27 février, le Rassemblement de l’Opposition (RASSOP) a été restructuré en 4 instances dirigeantes: la présidence politique, le Conseil des Sages, la coordination des actions et le Conseil de discipline.

– Le Président assure la représentation du Rassemblement auprès des tiers (personnes morales et physiques, institutions de la République et privées). Il veille au bon fonctionnement du Rassemblement et supervise l’ensemble de ses activités. Il est le porte-parole du Rassemblement et il arbitre les différends entre les composantes du Rassemblement. Il préside un comité restreint, cadre de concertations, d’échange d’informations et d’évaluation de la marche du Rassemblement.

Le Comité restreint comprend le président du Rassemblement, le président et le vice présidents du Conseil des Sages, le coordonnateur des actions et ses adjoints, ainsi que les animateurs des institutions issus du Rassemblement.

– Le Conseil des Sages est un cadre de concertation et un organe d’orientation, de contrôle et de décision du Rassemblement. Il décide de l’adhésion des membres du Rassemblement postérieure à la signature de l’acte d’engagement de Genval. Il est composé de 43 membres provenant des composantes, suivant le quota ci- après: UDPS (12), G7 (8) Dynamique (8), AR (4), CAT (4), CR (2), Front du Peuple (1), G14 (1), MPP (1), Société civile (2). Le Conseil est dirigé par un président, suivi de 3 adjoints. Son président est le futur président du Conseil national du Suivi de l’Accord (CNSA).

– La coordination des Actions est l’organe d’exécution des décisions du président et du conseil des sages. Elle conçoit et propose au président et au Conseil des Sages les actions à mener sur terrain et les exécute.

– Le Conseil de discipline est un organe de discipline et de règlement des conflits mis à la disposition du président, pour l’assister dans la bonne marche du Rassemblement.

Cette restructuration, dont le but est de contenter tout le monde, est soutenue principalement par le duo UDPS-G7. Les autres composantes sont soit réticentes, soit opposées à cette vaste restructuration . Selon certaines indiscrétions, la présidence a été attribué à l’UDPS et Félix Tshisekedi, chef de la délégation du Rassemblement aux Négociations Directes, est pressenti comme Président du Rassemblement. En ce qui concerne la présidence du Conseil des Sages, c’est le nom du G7 Pierre Lumbi qui est cité pour occuper ce poste.[1]

 

b. La désignation de la nouvelle direction provoque des dissensions

 

Le 2 mars, Félix Tshisekedi (UDPS) et Pierre Lumbi (G7) ont été désignés, par consensus, respectivement comme président du Rassemblement et président du Conseil des Sages.

Toutefois, leur désignation n’a pas fait l’unanimité au sein du Rassemblement. Certaines personnalités de cette plateforme ont quitté la séance. Parmi elles: Lisanga Bonganga (Coalition des Amis de Tshisekedi – CAT), Martin Fayulu Ecide), Dr Gérard Kabamba (G14), ou encore Joseph Olengankoy (FONUS). [2]

 

Le 3 mars, les Évêques de la Cenco ont remis la lettre laissée par feu Étienne Tshisekedi à Félix Tshisekedi, en sa qualité de nouveau chef du Rassemblement. A son tour, Félix Tshisekedi a remis aux évêques les documents de restructuration du Rassemblement. Étaient présents aux côtés de Félix Tshisekedi: Valentin Mubake, Pierre Lumbi, Delly Sesanga, Christopher Ngoyi et Jean-Pierre Lisanga. Toutefois, Valentin Mubake et Jean-Pierre Lisanga ont déclaré de «ne pas reconnaître Lumbi» comme président du Conseil des Sages à cause de son appartenance, dans le passé, à la Majorité Présidentielle. Selon Valentin Mubake, ce poste reviendrait à l’UDPS. Il a même affirmé «être d’accord avec Bruno Tshibala» qui, pourtant, est dans le camp de Joseph Olengha Nkoy qui conteste le nouveau leadership du Rassemblement.[3]

 

Le 3 mars, l’ancien secrétaire général adjoint et ex-porte-parole de l’UDPS mais actuel porte-parole du Rassemblement, Bruno Tshibala, s’est opposé à la restructuration du Rassemblement car, selon lui, négociée entre l’UDPS et le G7 et non prévue par la déclaration de Genval, qui constitue l’acte fondateur de cette plateforme politique. Il a, par conséquent, rejeté aussi la désignation de Félix Tshisekedi et de Pierre Lumbi.[4]

 

Le 3 mars, une fraction des opposants regroupés au sein de la Dynamique dirigée par Gilbert Kiakwama a désigné Joseph Olengha Nkoy président du Conseil des sages du Rassemblement.

Un peu plutôt dans la journée, l’autre aile de la Dynamique de l’opposition dirigée par Martin Fayulu avait pour sa part pris acte de la restructuration intervenue au Rassemblement. Ainsi le groupe de Fayulu reconnait le leadership du duo Félix Tshisekedi et Pierre Lumbi, alors que celui de Kiakwama, renforcé par certains cadres de l’UDPS, dont le Secrétaire général adjoint Bruno Tshibala, ont désavoué Pierre Lumbi.

La désignation de Joseph Olengha Nkoy comme président du Conseil des Sages du Rassemblement consacre ainsi la division tant redoutée de la plus grande plateforme de l’opposition. On pourra désormais parler de deux factions du Rassemblement de l’opposition: l’aile Kasavubu et l’aile Limete.[5]

 

Le 3 mars, dans un communiqué de presse, la Conférence des présidents de l’Alternance pour la République (AR) de la frange Sessanga a réaffirmé son soutien à la nouvelle configuration du Rassemblement, ainsi qu’aux nouveaux dirigeants élus comme successeurs d’Etienne Tshisekedi, notamment Félix Tshilombo Tshisekedi et Pierre Lumbi Okongo, respectivement président et président du Conseil des sages du Rassemblement. La Conférence des Présidents de l’AR apporte également son soutien à Delly Sessanga, Coordonateur de la plateforme et à Jean Bertrand Ewanga, son Secrétaire Exécutif. Elle confirme aussi la suspension de Raphaël Katebe Katoto, en attendant le rapport de la commission de discipline de la plateforme.[6]

 

Le 5 mars, les membres signataires de l’acte de Genval, qui a donné naissance au Rassemblement de forces politiques et sociales acquises au changement, et signataires aussi de l’accord du 18 octobre 2016, se sont réunis en conclave au siège du Mouvement pour le Renouveau à Kinshasa. Plusieurs d’entre eux sont actuellement ministre du Gouvernement Samy Badibanga, issu de l’Accord du 18 octobre. Ces participants au conclave de Genval et signataires de l’accord du 18 octobre ont demandé au Président de la République Joseph Kabila et au premier ministre Samy Badibanga de suspendre les travaux de bons offices de la CENCO qu’ils jugent de distraction, alimentant un climat d’incertitude inutile dans le pays avec de conséquences économiques néfastes. Ils leur ont demandé aussi l’ouverture de l’actuel gouvernement à quelques responsables de l’opposition et de la société civile non signataires de l’accord de la cité de l’Union Africaine. Ils ont également demandé aux évêques de la Cenco de s’abstenir de toutes discussions avec le Rassemblement devenu, dans sa forme actuelle (avec plusieurs têtes), une vraie nébuleuse. Ils on enfin désigné par unanimité Patrick Mayombe en tant que président du conseil de sages du Rassemblement et Clément Kanku au poste du porte-parole du Rassemblement.[7]

 

Le 6 mars, certains membres du Rassemblement ont déposé à la CENCO les documents portant désignation de Joseph Olenghankoy à la tête du Conseil des sages de cette plateforme politique et, par ricochet, à la présidence du Conseil National de Suivi de l’Accord (CNSA). Leur avocat, Me Tshibangu Kalala, a affirmé que 8 membres du Conseil des sages du Rassemblement, parmi les 11 restés en vie après la disparition de Charles Mwando Nsimba et d’Étienne Tshisekedi, ont validé cette désignation. À la question de savoir qui sont ces 8 membres ayant validé la désignation de Joseph Olengankoy, le président du RCD-N, Roger Lumbala, qui était dans la délégation, a laissé entendre que c’est aux évêques de les dévoiler. Roger Lumbala a aussi estimé que Félix Tshisekedi n’était pas en droit de procéder à la restructuration du Rassemblement: «Félix Tshisekedi est délégué au Dialogue. Il n’est pas membre du Conseil des sages pour procéder à la structuration».[8]

 

Contrairement aux affirmations des anti Félix et Lumbi, selon lesquelles, l’acte de Genval serait signé par 13 fondateurs, Muhindo Nzangi, député national du MSR, parti membre du G7 et du Rassemblement, a démontré noir sur blanc que 9 composantes avaient signé l’acte de Genval créant le Rassemblement. Il s’agit notamment de: l’UDPS, le G7, la Dynamique, l’AR, Le Front du Peuple, la MPP, le G14, la Convention des Républicains et la Société Civile.

Il indique également que toutes les composantes signataires de l’acte de Genval ont validé la désignation de Félix Tshisekedi et de Pierre Lumbi, sauf la Dynamique de l’opposition.

C’est au sein de la Dynamique, dit-il, que s’organisent toutes ces petites frondes.

Selon Muhindo Nzangi, «dans un premier temps, c’est Martin Fayulu qui refuse, mais il revient le lendemain confirmer sa signature. Ensuite c’est le petit groupe de Olengankoy (1 député), Gilbert Kiakwama (1député), Freddy Matungulu (0 député) et Bruno Tsibala, dissident de l’UDPS. Enfin, c’est le tour d’un autre petit groupe, toujours de la Dynamique, autour de Mayombe Patrick, Tingombay et Mishiki, déjà ministres dans le Gouvernement Badibanga. C’est donc autour de la seule Dynamique morcelée en trois groupes qu’on essaye de disloquer le Rassemblement. Heureusement, les évêques catholiques de la Cenco connaissent très bien la classe politique congolaise et ils ne tiendront pas compte de ces petites aventures instrumentalisées. Le Rassemblement tient debout autour de Félix Tshisekedi et de Pierre Lumbi».[9]

 

Dans un communiqué rendu public ce mardi 7 mars 2017, maître Georges Kapiamba aussi, un des signataires de l’acte d’engagement à la conférence de Genval, a rappelé que ce regroupement a été créé par neuf plateformes et non par des individus. Selon Georges Kampiamba, aucun signataire ne l’a fait en son nom propre, mais au nom de la composante à laquelle il appartenait: «L’acte de Genval du 10 juin 2016, matérialisant la création du RASSOP, a été signé par des représentants respectifs desdites plateformes. Aucun signataire ne l’avait fait intuitu personae».[10]

 

Le 7 mars, le ministre Clément Kanku Bukassa, le ministre Fidel Tingombay et le vice-ministre Willy Mishiki ont présenté aux évêques de la Cenco leur document mettant en place les nouveaux animateurs du Rassemblement et devant succéder à Etienne Tshisekedi. Ils ont présenté Patrick Mayombe, ministre de l’Agriculture, Pêche et Elevage, comme nouveau président du Conseil des Sages du Rassemblement. Patrick Mayombe est l’un des signataires de l’acte de Genval ayant créé le Rassemblement de l’opposition.[11]

 

c. Deux expulsions

 

Le 4 mars, le secrétaire général-adjoint de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), Bruno Tshibala Nzenze a été exclu de ce parti de l’opposition. Augustin Kabuya, porte-parole du même parti, a déclaré que «Monsieur Tshibala est exclu de l’UDPS et il ne peut pas engager l’UDPS, ni parler au nom de l’UDPS», en précisant qu’il ne peut plus utiliser la dénomination du parti, ni ses logos et ses insignes. Il a également indiqué que cette décision émane du directoire du parti qui, sur demande de la base, accuse Bruno Tshibala d’avoir pris part, à la réunion d’une frange du Rassemblement de l’opposition (la Dynamique de l’opposition aile Kiakwama), tenue au siège des FONUS, dans la commune de Kasa-Vubu. Les participants à cette rencontre ont rejeté la désignation de Félix Tshisekedi au poste de président du Rassemblement et de Pierre Lumbi, président du MSR, aux fonctions de président du conseil des sages du Rassemblement. Ils ont ensuite désigné Joseph Olenghankoy à la présidence du conseil des sages du Rassemblement de l’opposition.[12]

 

En réaction à son «auto-exclusion» constatée et prononcée le samedi 4 mars 2017 par l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le porte-parole du Rassemblement Bruno Tshibala a rejeté cette sentence contre lui, car il estime que l’UDPS se trouve présentement dans un vide juridique institutionnel, dans lequel personne ne peut statuer, ni prendre une décision qui soit valide. Car «l’intérim de 30 jours du président du parti a expiré depuis le 2 mars sans qu’il y ait eu convocation du congrès extraordinaire électif du nouveau président», a-t-il rappelé.

Pour Bruno Tshibala, la seule chose possible et acceptable ce jour, c’est la création d’une structure collégiale provisoire capable de trancher sur les problèmes internes de l’UDPS, en exerçant le pouvoir qu’aurait exercé normalement le Directoire, conformément à l’article 26 des statuts.

Bruno Tshibala a donc affirmé que, «dans l’attente de cette structure collégiale spéciale, Monsieur Kabund seul n’a pas qualité de gérer le parti, de parler au nom de celui-ci, ni de l’engager en quoi que ce soit. Par conséquent, tout acte et toute décision prise par Kabund n’est donc que nul et de nul effet».[13]

 

Le 7 mars, Raphaël Katebe Katoto et son parti l’Union des Libéraux Démocrates (ULD), ont été radiés de l’Alternance pour la République (AR), plateforme de soutien à la candidature de Moïse Katumbi à la présidentielle.

La décision a été annoncée par le président de l’AR Delly Sessanga après la réunion de la Conférence des présidents de cette plateforme. Les griefs contre l’homme d’affaires ont été formulés par le Secrétaire exécutif de l’AR Jean Bertrand Ewanga. En gros, il est reproché à Raphaël Soriano Katebe Katoto de déstabiliser le Rassemblement en y semant la division et la discorde, en s’alliant auprès de certaines factions d’autres plateformes de l’opposition récupérées par des forces obscures. Ses déclarations médiatiques ont été jugés «vexatoires», «téméraires» et «récidivistes», par la Conférence des présidents de l’AR. Il a violé le droit de réserve alors qu’il était suspendu à titre conservatoire, autre reproche égrené contre lui. Il est aussi coupable d’avoir instrumentalisé certains membres de l’AR, d’après les présidents des partis et associations membres de cette plateforme. Conséquence, en plus de sa radiation, Katebe est déchu de son mandat de représentant de l’Alternance pour la République auprès du Comité des sages du Rassemblement.

Les dirigeants et membres de son parti, l’ULD, n’ont plus également le droit d’engager la plateforme auprès de tiers, a dit Le député Ewanga.

Homme d’affaires, Raphaël Katebe Katoto est rentré à Kinshasa le mardi 21 février dernier. Le président de l’ULD souhaite devenir Premier ministre pour le compte du Rassemblement conformément à l’accord du 31 décembre, contre la volonté de l’AR, qui soutient la candidature de Félix Tshisekedi à ce poste.

Le nouveau président du Rassemblement, Félix Tshisekedi, à qui le leadership de l’AR a remis la décision radiant Katebe Katoto de la plateforme, a avalisé la sanction. «J’ai pris acte de la décision d’exclure le parti ULD et le président Katebe Katoto de l’AR et par ricochet du Rassemblement. Donc, nous allons désormais évoluer sans eux», a explique Félix Tshisekedi. Ainsi, un parti exclu de sa plateforme perd aussi sa qualité de membre du Rassemblement.[14]

 

d. La crise actuelle du Rassemblement vue de l’extérieur

 

Le 1er mars, dans une interview, le Vice président de la CENCO, l’archevêque Fridolin Ambongo, a affirmé que la question du leadership au sein du Rassemblement est un facteur de blocage pour la poursuite des discussions entre la majorité et l’opposition en cours avec la médiation de la Cenco.

À propos du retard constaté dans la finalisation de l’arrangement particulier, Mgr. Fridolin Ambongo a déclaré que «les Évêques de la Cenco essaient de garder contact surtout avec le Rassemblement, car la question de leadership au sein du Rassemblement nous apparaît comme un point essentiel de blocage. Tant que le Rassemblement ne sait pas encore se donner un leadership, c’est très difficile pour nous d’avancer. Nous exhortons les responsables du Rassemblement de se surpasser de leurs intérêts partisans et de voir les intérêts supérieurs de la nation et non seulement ceux du Rassemblement. Comme ils n’arrivent pas à résoudre cette question, ils bloquent indirectement la suite des négociations».[15]

 

Le 3 mars, la majorité présidentielle a insisté sur le fait que la désignation du prochain président du conseil national de suivi de l’accord (CNSA), bien que présenté par le Rassemblement, doit faire l’objet d’un consensus. «Ce n’est pas parce qu’on devient président du conseil des sages du Rassemblement, qu’on est d’office président du CNSA», a déclaré Lambert Mende, délégué de la MP aux discussions du centre interdiocésain. Il a, en outre expliqué qu’il faut un consensus entre les négociateurs pour ce poste du CNSA, comme c’était le cas pour Etienne Tshisekedi: «Je n’ai rien à dire au sujet de la désignation du président du conseil des sages du Rassemblement, je n’appartiens pas à cette famille politique. Mais dire que c’est Pierre Lumbi qui sera président du conseil national de suivi de l’accord parce que devenu président du conseil des sages, là c’est faux car ça doit faire l’objet d’un consensus avec toutes les parties comme c’était le cas pour Monsieur Tshisekedi. Il faut obligatoirement un consensus».[16]

 

Le 7 mars, le Mouvement pour la Libération du Congo (MLC), principal parti du Front pour le Respect de la Constitution, affirme que Pierre Lumbi est «trop proche de Kabila» pour représenter «valablement» l’opposition au poste de président du Conseil des Sages du Rassemblement de l’Opposition. Fidel Babala, cadre de ce mouvement de l’opposition, a affirmé que «Pierre Lumbi peut bien être président du Conseil des sages, ça ne nous concerne pas, on n’est pas membre du Rassemblement. Mais en faire automatiquement président du CNSA, je crois qu’il y a un problème. C’est comme s’il était en train de reconstituer son alliance avec Kabila. Ça c’est inacceptable et il est hors de question que nous avalisions cette décision».

Avant lui, Eve Bazaïba, la Secrétaire générale du MLC et Chef de file du Front pour le Respect de la Constitution avait déjà dénoncé Pierre Lumbi et l’UDPS qui, selon elle, ne peuvent pas occuper les deux postes clés confiés à l’opposition, à savoir: la Primature et la présidence du Conseil National de Suivi de l’Accord du 31 décembre (CNSA).

Même son de cloche du côté de la Majorité Présidentielle qui laisse entendre, par la voix de son Secrétaire général, Aubin Minaku, qu’elle ne reconnaîtra pas Pierre Lumbi comme président du CNSA. «Il y a un problème de consensus», a-t-il dit. La Majorité Présidentielle était la première à contester qu’un successeur d’Étienne Tshisekedi au Rassemblement occupe ce poste, arguant que M. Tshiskedi y a été désigné «à titre personnel» et non comme président du Conseil des sages du Rassemblement.[17]

 

Le 8 mars, la MONUSCO a estimé que la crise actuelle au Rassemblement contribue au blocage de la mise en œuvre de l’Accord politique du 31 décembre 2016. Le responsable de l’information publique de la Monusco, Charles Antoine Bambara, a affirmé que «la scission du Rassemblement paralyse et freine la mise en œuvre de l’accord et le travail de la Cenco».[18]

 

e. Vers une certaine réunification

 

Le 5 mars, le député Jean-Pierre Lisanga Bonganga, un des premiers à sonner la fronde s’est finalement résolu de soutenir Félix Tshisekedi qu’il ne voulait pas voir diriger à la fois le Rassemblement et la Primature. «L’unité de l’opposition est plus importante», a-t-il déclaré.[19]

 

Le 8 mars, le modérateur de la Dynamique de l’opposition / aile Kiakwama, Député national et président national a.i. de la Convention des Démocrates chrétiens (CDC), Gilbert Kiakwama, a rallié le Rassemblement en reconnaissant Félix Tshisekedi comme nouveau président de cette plateforme de l’opposition. «Quels que soient les frustrations, les désaccords, les colères, nous pouvons continuer sur le tronc commun que nous nous étions librement donnés en choisissant Félix Tshisekedi Tshilombo comme futur Premier ministre. Fort de cette légitimité démocratique, il lui revient de ressouder rapidement les cadres du Rassemblement dans la diversité de leurs plateformes, d’indiquer le cap et d’imprimer un rythme. Je l’assure de mon plein soutien», a fait savoir Gibert Kiakwama.[20]

 

Le 9 mars, suite à la restructuration des organes du Rassemblement et à la désignation de ses animateurs, les composantes du Rassemblement de l’Opposition se sont réunies au siège de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) à Limete et sous la présidence de Félix Tshisekedi Tshilombo.

Au cours de cette réunion, les composantes ont procédé à la présentation officielle et solennelle de Messieurs Félix Tshisekedi et Pierre Lumbi, respectivement Président du Rassemblement et Président du Conseil des sages du Rassemblement. Ils ont également ouvert le processus de désignation, par consensus, des autres animateurs aux postes actuellement vacants dans les organes du Rassemblement, notamment les trois postes de Vice-présidents du Conseil des sages du Rassemblement, du Coordonnateur des actions, de ses 4 Adjoints ainsi que de tous les membres de son bureau. Le Président du Rassemblement a été chargé de prendre tous les contacts nécessaires avec toutes les composantes à cet effet.

S’agissant des défis politiques de l’heure, les composantes interpellent le pouvoir en place quant à sa responsabilité dans le blocage de la sortie de crise et le met en demeure de prendre conscience de la gravité de la situation politique actuelle qui conduit le pays inexorablement au chaos.

Le Rassemblement souligne que l’Accord du Centre Interdiocésain est actuellement l’unique source de légitimité des dirigeants de toutes les institutions politiques de la RDC, en ce compris, le Président de la République. C’est pourquoi il exhorte toutes les parties prenantes à l’Accord à œuvrer pour sa mise en œuvre intégrale et rapide et il encourage la Cenco à poursuivre, sans désemparer, sa mission de bons offices. À cette réunion, tous les membres du Rassemblement ont été présents sauf Joseph Olengankoy.[21]

[1] Cf Actualité.cd, 27.02.’17 https://actualite.cd/2017/02/27/rassemblement-eclate-4-instances-dirigeantes/

7sur7.cd, 27.02.’17 http://7sur7.cd/new/le-rassemblement-restructure-aura-2-presidents-et-1-coordonnateur-4-organes-au-total-voici-leurs-prerogatives/

[2] Cf Radio Okapi, 03.03.’17

[3] Cf Alphonse Muderhwa – 7sur7.cd, 03.03.’17

[4] Cf Rachel Kitsita – Actualité.cd, 03.03.’17

[5] Cf Zabulon Kafubu – 7sur7.cd, 03.03.’17

[6] Cf Jacques Kini – Actualité.cd, 03.03.’17

[7] Cf Politico.cd, 05.03.’17; Forum des As – Kinshasa, 06.03.’17

[8] Cf Actualité.cd, 06.03.’17; Jeff Kaleb Hobiang – 7sur7.cd, 06.03.’17

[9] Cf 7sur7.cd, 06.03.’17

[10] Cf Stanys Bujakera – Actualité.cd, 07.03.’17

[11] Cf Stanys Bujakera – Actualité.cd, 07.03.’17

[12] Cf Radio Okapi, 04.03.’17

[13] Cf Will Cleas Nlemvo – Actualité.cd, 07.03.’17

[14] Cf Zabulon Kafubu – 7sur7.cd, 07.03.’17; Stanys Bujakera – Actualité.cd, 07.03.’17; Radio Okapi, 07.03.’17; Alphonse Muderhwa – 7sur7.cd, 08.03.’17

[15] Cf Rachel Kitsita – Actualité.cd, 01.03.’17 https://actualite.cd/2017/03/01/msgr-ambongo-question-leadership-sein-rassemblement-apparait-point-essentiel-de-blocage/

[16] Cf Stanys Bujakera – Actualité.cd, 03.03.’17

[17] Cf Politico.cd, 07.03.’17

[18] Cf Actualité.cd, 08.03.’17

[19] Cf Politico.cd, 08.03.’17

[20] Cf Actualité.cd, 08.03.’17

[21] Cf Jeff Kaleb Hobiang – 7sur7.cd, 09.03.’17